Quelques leçons de stratégie en provenance de la jungle!

L’analogie est presque devenue un cliché : le monde des affaires est une véritable jungle! Et sans doute plus que jamais en ce début de troisième millénaire, alors que la turbulence et la complexité de l’environnement d’affaires ne cessent de s’accroître et de surprendre.

Fourmis2Les entreprises peuvent-elles améliorer leur résilience au sein de leur environnement d’affaires et éviter de s’inclure dans le lot des perdants devant l’implacable principe de la survie du plus fort? « Oui », répondent Martin Reeves, Simon Levin et Daichi Ueda dans leur article « The Biology of Corporate Survival », publié l’an dernier dans la Harvard Business Review[1]. À condition toutefois de considérer l’entreprise comme un système adaptatif complexe (voir l’encadré) évoluant au sein d’une série d’autres systèmes du même acabit, à savoir l’environnement général (macroenvironnement) et le domaine d’affaires (microenvironnement), un peu à la manière d’une poupée gigogne.

L’adaptation, la clé de la survie!

Les trois auteurs affirment dans leur article que les entreprises n’ont jamais été aussi nombreuses à disparaître. Que ce soit le fait d’une faillite, d’une fusion, d’une acquisition ou pour toute autre raison, l’entreprise de 2017 a une chance sur trois de ne plus exister dans les cinq prochaines années. C’est six fois plus qu’il y a seulement 40 ans! Quelle est la cause de ces décès prématurés? Il faut y voir, selon messieurs Reeves, Levin et Ueda, le résultat d’une mésadaptation à l’environnement. Trop souvent, affirment ces derniers, les entreprises ont tendance à mettre l’accent sur le gain à court terme plutôt que sur la survie à long terme de l’organisation. On ne sera pas trop étonné de la chose!

Si elles veulent éviter de prendre leur place au cimetière des entreprises et les organisations, ces dernières devraient donc adopter les comportements des organismes qui vivent et prospèrent au sein de ces systèmes adaptatifs complexes. Ces comportements sont :

  • L’hétérogénéité. L’évolution est d’abord et avant tout le résultat de la diversité au sein d’une population donnée. Un groupe homogène est plus susceptible de disparaître s’il survient un cataclysme quelconque, une épidémie, par exemple, frappant tous les individus de manière équivalente. La survie de l’entreprise ou de l’organisation sera donc fonction de la diversité des personnes qui y œuvrent, mais aussi des idées qui y sont véhiculées, tout comme des projets qui y sont menés;
  • Adult Male Jackson's Chameleon, MauiLa modularité. En provoquant des feux de forêt contrôlés et en créant des zones de faible combustibilité au sein du domaine forestier, l’Homme donne un coup de pouce à la Nature prévenant les feux de grande ampleur. La connectivité entre les diverses parties d’une organisation est certes souhaitable, mais des liens trop serrés entre les entités permettent la propagation rapide des chocs systémiques;
  • La redondance. Les systèmes adaptatifs complexes reposent sur des composantes diverses pouvant prendre le relais en cas de défaillance de l’une d’elles. Il en va de même pour l’humain qui, à l’encontre des agents pathogènes potentiellement dangereux ou mortels, déploie simultanément plusieurs protections (la peau, les anticorps, etc.) pour combattre le péril. À l’échelle de l’entreprise ou de l’organisation, une rupture de stock chez un fournisseur essentiel peut être contrée par le développement d’un réseau élargi d’autres fournisseurs qui pourront sauver la mise, au cœur de la crise;
  • La vigilance. Le futur est impossible à prédire de manière claire et nette[2]. Pour remédier à la chose, les systèmes adaptatifs complexes déploient des capteurs qui leur permettent de collecter les signaux faibles de l’environnement, souvent préludes à des bouleversements systémiques d’importance. Vos employés sont-ils suffisamment ouverts à ce qui se passe dans l’environnement?
  • La rétroaction. La survie d’un organisme s’appuie sur sa capacité à récolter et à traiter les informations reçues sur l’environnement interne et externe, tout en intégrant à ses processus et à ses procédés celles qui peuvent l’aider à mieux s’adapter. Les organisations dites ambidextres, celles qui gèrent de manière fluide à la fois la conduite courante des affaires et le risque de l’innovation, illustrent bien la chose.

Les métaphores sont de précieux outils qui permettent d’entrevoir une réalité d’un œil nouveau. L’analogie entre les systèmes adaptatifs complexes et le monde des affaires permet de constater que la survie d’une entreprise ou d’une organisation ne dépend pas de sa taille ou de sa puissance, notamment en termes financiers, mais surtout de sa capacité à s’adapter aux circonstances en évoluant sur la base des comportements ci-haut abordés. Votre entreprise ou votre organisation peut-elle y parvenir?Signature courte

 

 

[1] Reeves, M., Levin, S., & Ueda, D. (2016). The biology of corporate survival. Harvard Business Review, 94(1), 46-55.

[2] Lire à ce sujet le tout premier article du blogue, intitulé « L’infini, ou presque… »

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