Manger vite, manger mieux!

La restauration a ses modes, comme bien d’autres domaines d’affaires. Cuisine moléculaire, sushis, cupcakes, cuisine de rue, porc effiloché, fruits de mer biologiques, Fast casuals - tabcocktails non alcoolisés, livraison de repas prêts à cuisiner : tant sur le fond que sur la forme, les tendances vont et viennent, au gré des saisons et des caprices des papilles gustatives des consommateurs. Mais s’il est une tendance lourde que les observateurs attentifs du domaine suivent avec intérêt, et que les consommateurs semblent plébisciter avec enthousiasme, c’est bien celle des restaurants dits fast-casual.

Qui l’aurait cru?

Comme l’indique Tim Carman dans son article publié récemment dans le Washington Post[1], le segment du fast-casual a connu une croissance annuelle des ventes de 3 % à 4 % entre 2011 et 2016. Pour la même période, la restauration rapide et les restaurants offrant le service complet (full-service) ont vu leurs ventes croître de 1,5 % à 2 % seulement. Le graphique ci-bas illustre plus précisément cette même croissance pour deux des meneurs du segment du fast-casual (Panera Bread et Chipotle Mexican Grill), comparée à celle des icônes de la restauration rapide « traditionnelle ». À n’en point douter, la restauration rapide haut de gamme[2] est en voie de s’imposer devant les géants traditionnels de la restauration rapide. Tendance lourde, avons-nous dit!

Fast casualsMille mercis aux milléniaux!

Merci en effet, car c’est sans doute à ces derniers que l’on doit la montée en force de ce type d’établissement. Cette cohorte, dont les membres sont nés entre 1980 et 2000, est aujourd’hui la génération la plus nombreuse aux États-Unis (75,4 millions de personnes), dépassant les baby-boomers (74,9 millions) et les X (63,4 millions). Normal, donc, qu’ils dictent leurs goûts et leurs préférences au marché. Et à ce compte, les entrepreneurs et les restaurateurs qui se sont lancés à l’assaut de la vague du fast-casual ont entendu l’appel des milléniaux. Ces derniers sont aussi pressés, sinon davantage, que leurs prédécesseurs, mais rejettent de plus en plus les calories vides, les gras, le sucre et les aliments transformés, et optent désormais pour des ingrédients plus santé aux repas. Surtout, ils sont prêts à débourser les 3 $ à 4 $ supplémentaires pour se nourrir dans l’une des chaînes fast-casual. Et signe que le segment inquiète et attire à la fois, les chaînes de restauration rapide, telles McDonald’s, Wendy’s ou Subway, sont à revoir leur offre et cherchent à se rapprocher du concept fast-casual, notamment quant à la qualité des ingrédients ou à l’ambiance de leurs restaurants.

Ci-gît la restauration rapide?

Mais le jour est encore loin où l’on annoncera la fin de la restauration rapide, si un tel jour survient! La vague de la restauration rapide haut de gamme semble puissante, mais elle ne sera peut-être pas le tsunami annoncé, s’il faut en croire Leslie Patton, Burger with saladdans son propos publié sur le site Internet de Bloomberg[3]. De fait, si la croissance du segment a été rapide et impressionnante à partir du début de la décennie 2010, la courbe de croissance des ventes des chaînes fast-casual s’est quelque peu affaissée, un fait que notre graphique plus haut illustre bien. L’effet de nouveauté serait-il en voie de s’estomper? Leslie Patton le croit, elle qui constate les premiers signaux d’une certaine saturation du marché dans ce segment prisé des consommateurs. La journaliste signale le fait que les actions inscrites au Bloomberg Fast-Casual Restaurants Index ont perdu 14 % de leur valeur au cours de la dernière année, alors que celles du S&P 500 Restaurant Index ont connu une hausse, minime toutefois, de 0,9 % pour la même période.

Ainsi va la restauration! On applaudira certes à l’effort déployé par ces chaînes afin de nous faire mieux manger. Mais combien de temps durera la vague du fast-casual? Déjà, toujours selon Leslie Patton[4], la prochaine tendance, celle des Mom-and-Pop restaurants, ces établissements indépendants ou regroupés au sein de petites chaînes, connaissent une croissance plus robuste que celle des grandes chaînes… À suivre! Et d’ici là, bon appétit!Signature courte

 

 

[1] Tim Carman, « Fast Casual Nation: The movement that has changed how America eats ». Washington Post, 29 juillet 2017.

[2] Traduction française de fast-casual, selon l’Office de la langue française. Mais c’est un peu long à dire, non?

[3] Leslie Patton, « America’s Fast-Casual Dining Boom Is Over ». Bloomberg, 1er juin 2017.

[4] Leslie Patton, « Mom-and-Pop Joints Are Troucing America’s Big Restaurant Chains ». Bloomberg, 16 mai 2017.

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