Sun Tzu a dit… (1)

Il fut le premier à réfléchir à la guerre, aux manières de la conduire avec succès, tout comme il fut le premier à formaliser sa pensée à ce sujet dans un ouvrage, L’Art de la guerre, écrit au Ve siècle avant Jésus-Christ. Le philosophe et général chinois Sun Tzu (-544 à -496, dates incertaines) a inspiré des générations d’étudiants en polémologie, la science de la guerre et des conflits. La stratégie d’entreprise puisant d’abord et avant tout à la conception originale de la stratégie (du grec ancien στρατός, « stratos », l’armée; et αγειν, « ageîn », conduire), Sun Tzu continue, directement et indirectement, d’inspirer aussi des générations d’étudiants en administration des affaires.

À ce titre, les précieux enseignements tirés de L’Art de la guerre sont toujours d’actualité, plus de 2500 ans après la disparition du premier des grands stratèges. Les principes énoncés par Sun Tzu sont simples, mais ô combien pertinents, même une fois transposés dans le complexe domaine des affaires. Je veux donc ici, par cette chronique mensuelle, vous faire découvrir quelques-uns de ces enseignements, en prenant évidemment bien soin de transposer la réflexion du général chinois à notre réalité contemporaine.

Les cinq éléments à maîtriser

D’emblée, Sun Tzu nous invite à porter notre attention sur les cinq éléments qui sont l’essence même de la stratégie. Chaque campagne militaire entreprise en dépit de la juste connaissance et de la bonne maîtrise de ces derniers est vouée à une issue plus qu’incertaine : « […] jetez les fondements de votre science militaire sur les cinq principes que je viens d’établir. La victoire suivra partout vos pas : vous n’éprouverez au contraire que les plus honteuses défaites si, par ignorance ou par présomption, vous venez à les omettre ou à les rejeter », prévient l’homme de guerre chinois.

fffffQuels sont ces éléments? La doctrine est le premier de ceux-ci, et le socle sur lequel se construit la stratégie. Sun Tzu indique que « La doctrine fait naître l’unité de pensée; elle nous inspire une même manière de vivre et de mourir, et nous rend intrépides et inébranlables dans les malheurs et dans la mort. » Nous aurons ici aisément reconnu dans les propos du général le concept d’intention stratégique propre à la stratégie d’entreprise, concept qui englobe la mission, la vision, les valeurs et les objectifs de l’organisation. Il y aurait beaucoup à débattre quant à la sincérité des énoncés d’intention formulés par nos entreprises et nos organisations… Poudre aux yeux? Engagement véritable auprès des parties prenantes? Quoi qu’il en soit, l’intention stratégique a le grand mérite de vouloir créer une cohésion, « l’unité de pensée » qui saura par la suite guider les employés dans leurs actions quotidiennes.

Le stratège, nous dit Sun Tzu, serait également bien avisé de posséder la connaissance fine du temps et de l’espace. Si l’auteur fait référence ici aux notions de climat et de territoire, nous pouvons les traduire, dans notre langage d’affaires contemporain, par la connaissance de l’environnement. Le climat est dynamique et changeant, le macro-environnement dans lequel évolue l’entreprise ne l’est pas moins. Et tout comme nous subissons davantage la météo que nous ne la commandons, les entreprises et les organisations subissent également les aléas de l’environnement général, sans vraiment pouvoir en influer le cours. Quant à l’espace, on aura reconnu l’analogie avec le domaine d’affaires ou le micro-environnement, véritable champ de bataille sur lequel les entreprises s’affrontent, et dont le plan doit constamment être à l’esprit du dirigeant qui aspire à la victoire.

George Washington Statue
George Washington (1732-1799), général de l’Armée continentale et premier président des États-Unis (1789-1797).

Sun Tzu termine sa nomenclature des cinq atouts victorieux en abordant la nécessité du commandement et de la discipline. En cela, il fait référence au difficile rôle de meneur d’hommes qui doit jouer à la fois sur les tableaux de l’émotivité et de la rationalité. En effet, le leader doit d’une part démontrer « […] l’équité, l’amour pour ceux en particulier qui nous sont soumis et pour tous les hommes en général. » C’est ce qu’il définit comme le commandement. D’autre part, la discipline exige du stratège de « […] n’ignorer aucune des lois de la subordination et [de] les faire observer à la rigueur. » En stratégie, le commandement et la discipline se marient habilement et prédisposent à la victoire : « Admirateurs de vos vertus et de vos capacités, les officiers généraux placés sous votre autorité vous serviront autant par plaisir que par devoir », affirme Sun Tzu.

L’information, le nerf de la guerre

Bien connaître ses propres intentions, bien connaître l’état de l’environnement, et bien se connaître sur les plans de l’émotion et de la raison… Si on a coutume de dire que l’argent est le nerf de la guerre, on peut affirmer que l’information l’est tout autant! Plus riche est l’information, meilleures seront les hypothèses que l’on échafaudera afin de terrasser l’adversaire! « Considérez qu’avec de nombreux calculs on peut remporter la victoire. Redoutez leur insuffisance. Combien celui qui n’en fait point a peu de chances de gagner! », rappelle Sun Tzu. Sages paroles d’outre-tombe!

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2 thoughts on “Sun Tzu a dit… (1)

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  1. Merci pour votre article! Concernant le management, on est loin d’avoir des soldats sous ses ordres. La notion de vision est très intéressante pour stimuler nos employés et palier à la rigueur des armées. Elon Musk en fournit un très bon exemple, ne pensez-vous pas?

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