De la synergie dans votre panier d’épicerie!

C’était sans doute le secret le moins bien gardé du monde financier québécois : l’épicier Metro a annoncé la semaine dernière son intention de mettre la main sur les actifs du Groupe Jean Coutu, la seconde plus grande chaîne de pharmacies au Québec. La transaction, d’une valeur de 4,5 milliards CAD, fera ainsi passer les 418 établissements de Jean Coutu (principalement situés au Québec, mais aussi au Nouveau-Brunswick et en Ontario) dans le giron de Metro.

Un mariage de raison

Coutu
Le patriarche Jean Coutu (90 ans!), président du conseil d’administration de Jean Coutu, Éric R. La Flèche, PDG de Metro et Francois J. Coutu, PDG de Jean Coutu. (Photo : Graham Hugues/Presse canadienne)

Les bans étant donc publiés, il reste à connaître les raisons qui ont poussé ces deux marques emblématiques du paysage commercial québécois à unir leurs destinées.

Pour les observateurs du domaine du commerce de détail, la chose n’étonnera pas, tant les activités des deux entités apparaissent complémentaires. De fait, tous les consommateurs qui ont mis les pieds dans un Metro ou un Jean Coutu savent à quel point il est facile de trouver à la fois des produits alimentaires et des produits pharmaceutiques chez l’un et chez l’autre. À ce titre, donc, des économies d’échelle seront inévitablement réalisées. Le communiqué conjoint émis par les entreprises concernées révèle que « […] des synergies représentant 75 millions de dollars sont prévues d’ici trois ans », ce qui est bien peu en regard du montant total de la transaction. Il faut donc probablement regarder ailleurs quant aux véritables motivations justifiant cette acquisition d’importance.

La concurrence, toujours…

PJCPersonne ne sera surpris d’entendre que ça joue rude dans le domaine d’affaires du commerce de détail! C’est un refrain que l’on a entendu à satiété au cours des dernières années. Considérons seulement le modeste marché canadien (35,6 millions d’habitants). En réaction à l’accroissement de la concurrence, on a assisté au cours des cinq dernières années à un vigoureux mouvement de consolidation dans ce domaine d’affaires. En juin 2013, le géant des Maritimes Sobeys, deuxième épicier d’un océan à l’autre, avait lancé le bal en acquérant les quelque 200 établissements canadiens de la chaîne américaine Safeway, situés pour l’essentiel dans l’ouest du pays. Cette transaction s’était élevée à 5,8 milliards CAD. À peine un mois plus tard, c’est le colosse ontarien Loblaw, le plus gros joueur canadien du secteur de l’alimentation au détail, qui allongeait 12,6 milliards CAD pour acheter les 1 200 établissements de Shoppers Drug Mart (Pharmaprix au Québec), le plus important réseau de pharmacies au Canada. L’achat de Jean Coutu par Metro est donc le plus récent épisode de ce mouvement de concentration au sein du marché canadien.

À surveiller : les géants américains!

metro carCette vague de consolidation que l’on vient de décrire devrait néanmoins s’essouffler, les grands joueurs ayant complété leurs emplettes et les proies potentielles n’étant plus aussi nombreuses qu’il y a une décennie. Cette pause devrait sans doute permettre à ces mêmes marchands canadiens de fourbir leurs armes en vue de la véritable bataille, celle qui les mettra aux prises avec les géants américains que sont Costco, Walmart et Amazon. Déjà, Walmart a donné le coup d’envoi il y a de cela quelques années, faisant plus de place à l’alimentation et aux produits et aux services pharmaceutiques dans ses nouveaux « supercentres ». Et comme nous le mentionnions dans un article récent[1], l’acquisition par Amazon de Whole Food Market ne laisse personne indifférent, voire même inquiète, lorsqu’on connaît le sérieux, le dynamisme et l’avant-gardisme de Jeff Bezos et de son entreprise basée à Seattle[2].

Outre les économies d’échelle annoncées, reste à voir jusqu’à quel point les deux entreprises pourront dégager les sacro-saintes synergies que l’on espère toujours, en situation de fusion ou d’acquisition. Metro et le Groupe Jean Coutu sont deux poids lourds du commerce de détail au Québec. À ce titre, ils pourront certainement mettre tous deux à profit leur excellente connaissance du marché et des consommateurs d’ici. Cela sera-t-il toutefois suffisant pour résister à l’assaut des représentants de l’empire américain? Qu’en pensez-vous?

Signature courte

[1] Lire « La marche des géants », publié sur Échec et Strat.

[2] Lire également « Jeff Bezos, le disrupteur en chef », toujours sur Échec et Strat.

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