Du plomb dans l’aile pour l’A380?

L’excitation était grande, tout aussi grande que l’envergure (80 mètres!) de ce géant des cieux lors du lancement du projet. Et pourtant, dix années après sa mise en service, l’avenir de l’Airbus A380, le plus gros avion de ligne au monde, n’a jamais paru aussi incertain…

D’où provient ce vent de pessimisme? Du golfe Persique, et tout particulièrement du Dubai Air Show, qui vient de se conclure la semaine dernière avec une annonce plutôt décevante pour le consortium européen Airbus, le fabricant du mastodonte volant. En effet, le plus important client d’Airbus en ce qui a trait au A380, la ligne aérienne Emirates, a renoncé, à la surprise générale doit-on signaler, à une commande grandement attendue de 36 appareils, d’une valeur estimée à 16 milliards USD. De quoi venir renflouer les coffres du constructeur basé à Toulouse (France) qui, malheureusement, ne verra jamais le vert de ces dollars tant espérés. Et, pour couronner le tout, Emirates annonçait du même souffle, toujours au même salon aéronautique, une entente avec Boeing, le principal concurrent d’Airbus, pour la livraison de 40 appareils 787 Dreamliner, le dernier-né du constructeur américain basé à Seattle, dans l’état de Washington. Cette commande initiale, d’une valeur de 15 milliards USD, constitue un véritable camouflet à Airbus de la part de son principal client et partenaire d’affaires. Bref, un salon à oublier pour Airbus…

Des ventes qui, elles, ne décollent pas!

Malgré l’empressement d’Airbus à « pousser » la vente de son avion mythique, cette commande tombée à l’eau à Dubai constitue sans conteste la dernière d’une longue liste de mauvaises nouvelles pour l’entreprise et son A380. Comme le mentionne Michael Goldstein dans son dans son article[1] publié à ce propos sur le site Internet du
magazine Forbes, l’entreprise européenne est confrontée à un impossible dilemme, essentiellement financier, à l’égard de son A380. Emirates, qui n’a pas définitivement fermé la porte à ladite commande, lie en effet cette dernière à l’engagement d’Airbus à poursuivre la production de l’appareil pour au moins une décennie, voire même quinze années. Le hic, c’est que la rentabilité est loin d’être au rendez-vous pour Airbus avec le A380, qui se détaille à 440 millions USD pièce. L’entreprise a englouti, depuis le lancement du programme A380 en 1988, pas moins de 25 milliards USD dans la conception et la production de l’oiseau géant. Les rumeurs veulent par ailleurs que l’entreprise n’ait atteint le seuil de rentabilité de l’appareil que l’an dernier, soit 28 ans après le début de l’aventure! Et pour maintenir cette rentabilité, Airbus doit minimalement vendre 30 avions A380 par année. Toutefois, les transporteurs aériens ne se bousculent pas à la caisse. La dernière nouvelle commande, à savoir trois appareils destinés à la ligne aérienne All Nippon Airways, date de l’an dernier. Rien depuis…

Une symbiose néfaste?

Pourtant, les perspectives mondiales quant aux déplacements aériens n’ont jamais été aussi bonnes. Néanmoins, l’erreur stratégique d’Airbus aura peut-être été de mettre tous ses œufs dans le même panier en développant un partenariat serré avec Emirates, ce dont témoigne le tableau ci-contre. Le président de la ligne aérienne émiratie, Tom Enders, ne pourrait mieux résumer la relation qui prévaut entre les deux entreprises : « Emirates has become synonymous with the A380, and the A380 with Emirates », a-t-il dit en substance[2]. Quand les choses vont bien, tout le monde en profite. Mais quand la situation de l’un ou de l’autre partenaire devient difficile, une telle relation peut facilement tourner au vinaigre. Comme le rapporte Richard Aboulafia dans son papier[3] également publié sur le site de Forbes, Emirates a connu l’an dernier la première baisse annuelle de ses revenus en une décennie, et il est clair que le transporteur n’ira pas en accroissant le nombre de places disponibles à bord de ses appareils…

N’en déplaise aux amateurs de ces fantastiques engins volants, dont je suis, il faudra peut-être se faire à l’idée éventuelle de la mise au rencart du A380 dans les années à venir.

[1] Michael Goldstein, « Does Lack Of A Deal In Dubai Mean The End For A380 Jumbo Jet? ». Forbes, 16 novembre 2017.
[2] Cité dans l’article de Benjamin D. Katz et Benedikt Kammel, « Drama in the Desert: How Airbus’s A380 Deal in Dubai Evaporated ». Bloomberg, 17 novembre 2017.
[3] Richard Aboulafia, « Airbus A380: The Death Watch Begins ». Forbes, 6 juin 2017.

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