La nouvelle route de la soie

Pendant des siècles, la route de la soie, vaste réseau de pistes reliant la ville chinoise de Xi’an à la ville aujourd’hui turque d’Antioche, a permis le transit de marchandises (dont la soie, vous le devinez!), d’inventions, de découvertes et d’idées entre l’Empire du Milieu et le monde méditerranéen. Les expéditions maritimes du XVe et du XVIe siècle, qui donnèrent lieu à l’établissement de routes navigables plus rapides et plus sûres entre l’Orient et l’Occident, conjuguées aux avancées technologiques dans le domaine du transport, auront néanmoins rapidement sonné le glas de cette antique artère commerciale[1].

Quelque 500 ans après son abandon progressif, voilà que le concept d’une liaison entre l’Est et l’Ouest refait surface et, sans grande surprise, la Chine, dont le dynamisme économique ne cesse de surprendre en cette ère « trumpienne » d’abdication de la présence américaine sur le globe, en est le principal promoteur. La Nature a horreur du vide, paraît-il…

Bien plus qu’une route

Le projet se nomme One Belt, One Road (Une ceinture, une route), et ne manque pas d’ambition. Issu de la volonté du président chinois Xi Jinping, qui a par ailleurs fait encastrer l’initiative commerciale dans la constitution du pays[2], One Belt, One Road peut se définir comme un nouvel espace commercial comprenant 68 pays, près de 4,5 milliards de Terriens et plus de 40 % du PIB mondial. Comme le montre la carte ci-contre, le projet s’appuie sur deux piliers, à savoir une route terrestre qui reprendrait, grosso modo, l’itinéraire de l’ancienne route de la soie, et une route maritime par laquelle les navires seraient amenés à transiter par le Sud-Est asiatique et l’Afrique, deux régions aux économies émergeantes et prometteuses. Déjà, Beijing a consacré 1 000 milliards USD au projet, cette rondelette somme étant essentiellement destinée à la construction ou à la réfection de routes, de voies ferrées et d’installations portuaires. Et question de montrer le sérieux de l’affaire, le gouvernement a crée à la fin 2014 le Silk Road Fund, un fonds d’investissement de 40 milliards USD afin de financer les projets qui feront de cette nouvelle route de la soie une réalité à moyen et à long terme.

Pourquoi maintenant?

Si l’on cherche à savoir pourquoi One Belt, One Road est à l’heure actuelle un sujet d’intérêt et, peut-être aussi, d’inquiétude pour les observateurs intéressés, il faut poser un regard à la fois sur la situation économique de la Chine et sur ses ambitions politiques régionales et mondiales. De fait, cette initiative commerciale d’envergure viserait à contrer le ralentissement économique constaté dans l’Empire du Milieu depuis le début de l’actuelle décennie, un fait attesté par le graphique ci-contre. Devant cette situation économique peu habituelle dans la perspective chinoise récente, la Chine recherche de nouveaux débouchés commerciaux, elle qui est en surproduction, notamment dans l’industrie lourde (acier, aluminium, ciment, etc.). En lançant One Belt, One Road, le président Xi fait d’une pierre deux coups : la Chine lance de grands projets d’infrastructure qui, espère-t-on à Beijing, stimuleront la demande pour de tels produits, et elle ouvre et balise de nouvelles routes commerciales qui lui permettront d’écouler une partie de cette production sur les marchés qui jalonnent la nouvelle route de la soie. D’autre part, on ne doit pas perdre de vue également les ambitions chinoises sur l’échiquier politique mondial. Deuxième économie du globe après celle des États-Unis, la Chine revendique un rôle majeur dans la conduite des affaires mondiales, et One Belt, One Road semble être le véhicule choisi afin de s’affirmer davantage aux yeux de la communauté mondiale. Peut-on l’en blâmer?

La stagnation, voire même le recul de l’Empire américain et du Vieux Continent marqueraient-ils le déplacement progressif du centre de gravité mondial vers l’Orient? One Belt, One Road sera-t-il l’instrument qui relancera l’économie chinoise et qui entraînera vers le haut les nombreuses économies touchées dans son sillage? Le projet cacherait-il tant bien que mal l’impérialisme chinois que certains voient poindre et redoutent? Qu’en pensez-vous?

[1] La route de la soie est inscrite depuis 2014 à la Liste du patrimoine mondial établie par l’UNESCO.
[2] Lire à ce sujet l’article de Wade Shepard, « Why China Just Added The Belt And Road Initiative To Its Constitution », sur le site Internet de Forbes.

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