L’empire Disney à la croisée des chemins

Lorsqu’une entreprise veut croître, trois moyens de le faire se présentent à elle. Ladite entreprise peut s’appuyer sur ses ressources et ses compétences afin de développer de nouveaux produits ou d’explorer de nouveaux marchés : on parlera alors de croissance interne. Mais la même entreprise peut également regarder hors de ses murs et chercher soit à s’allier à un concurrent ou à établir un partenariat avec une organisation non concurrente, ou fusionner une partie ou la totalité de ses activités avec une autre organisation. Ces trois modalités de croissance (organique, par alliance ou partenariat, par fusion ou acquisition) ne sont pas mutuellement exclusives, et il n’est pas rare de voir une entreprise travailler au développement de ses capacités stratégiques tout en cherchant à conclure des ententes avec d’autres entreprises.

Une question de gros sous!

À ce sujet, la presse américaine a fait grand cas, au cours des derniers jours, du projet d’acquisition par Disney de certaines activités, notamment cinématographiques, de News Corporation, l’empire médiatique propriété de l’homme d’affaires australien Rupert Murdoch. Comme rapporté par Derek Thompson dans son article[1] publié dans le magazine The Atlantic, la transaction, si elle est approuvée par les autorités gouvernementales américaines, ferait tomber dans le giron de la souris Mickey l’un des joyaux[2] de News Corp, à savoir le studio 21st Century Fox, le tout pour la somme d’environ 60 milliards USD. Cette transaction serait la plus importante acquisition jamais survenue dans le domaine du divertissement.

Deux concepts doivent ici être évoqués afin de mieux saisir les motivations des deux géants à mener à terme cette affaire : consolidation et cœur de métier (core business, dans la langue de Shakespeare). En effet, l’achat de certains des actifs, et plus précisément des studios de cinéma appartenant à News Corp, permettrait à Disney de consolider sa position de leader mondial du divertissement en ajoutant davantage de contenu multimédia (films, séries, etc.) à sa riche collection. Pour Robert Murdoch, l’entente avec Disney permettrait à ce dernier de recentrer les activités de son entreprise sur ce qui a fait son succès d’origine, à savoir l’information. L’homme d’affaires, originaire de Melbourne, se départit ainsi d’actifs au faîte de leur valeur, à un moment où l’industrie du divertissement connaît d’importants chamboulements et où la volatilité du domaine d’affaires pourrait faire chuter cette même valeur.

La télévision et Netflix, la clé pour tout comprendre!

Une lecture fine de la situation permet toutefois de mieux comprendre la logique derrière cette transaction de taille. Le graphique ci-contre permet en effet de constater en un coup d’œil rapide l’évidence, à savoir le déclin rapide et presque inéluctable du petit écran, au profit de la diffusion en continu (streaming). Cette transition technologique d’envergure, incarnée entre autres par Netflix[3] et plébiscitée par les milléniaux et les membres des générations montantes, force donc les mastodontes du divertissement, dont Disney, à revoir leurs manières de faire et de diffuser leurs produits. Ainsi, en obtenant le contrôle total sur le diffuseur en continu Hulu, inclus dans l’entente, Disney prépare minutieusement son entrée dans le streaming, prévue pour 2019, avec des contenus issus de l’univers Disney et qui, combinés à l’imposante filmothèque des studios de News Corp, sauront plaire à toutes les strates de la pyramide des âges!

Seule ombre au tableau, et qui pourrait faire dérailler la transaction souhaitée : la concentration! Si l’acquisition annoncée a effectivement lieu, Disney accaparera alors 40 % des revenus de l’industrie cinématographique américaine et britannique, et 40 % des revenus issus de la télévision aux États-Unis. De quoi faire réfléchir le législateur à ce propos… La transaction Disney-News Corp aura-t-elle lieu? Ne ratez pas la suite, bientôt sur votre écran favori!

[1] Derek Thompson, « Everybody Should Be Very Afraid of the Disney Death Star ». The Atlantic, 15 décembre 2017.
[2] News Corporation est également propriétaire du studio 20th Century Fox, des chaînes de télévision Sky, Fox et Fox News, tout comme du Wall Street Journal, entre autres organisations.
[3] Relire à ce sujet notre article « S’internationaliser, façon Netflix », publié le 25 octobre 2017.

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