L’invasion des robots

Mauvais film de série B ou simple constat quant à l’incontournable transformation du monde du travail? N’en déplaise à la furie orangée qui réside au 1600 Pennsylvania Avenue, à Washington, les pertes d’emplois constatées au sein du secteur manufacturier américain, soit 5,6 millions de postes durant la décennie 2000[1], seraient, pour 85 % d’entre eux, le simple résultat de l’automatisation des entreprises, et non le fait du libre-échange et de la mondialisation.

Et ce n’est qu’un début…

Il vaut mieux en effet s’habituer à cette manchette, car elle risque de se répéter assez souvent dans les années à venir. S’il faut en croire les propos d’un récent rapport[2] du McKinsey Global Institute (MGI), les pertes d’emploi à l’échelle du globe se compteront par dizaines, voire même par centaines de millions d’ici 2030. De fait, comme l’affirme MGI, c’est ainsi entre 400 et 800 millions d’emplois qui disparaîtront dans les treize prochaines années. Tendance lourde, avez-vous dit?

En soi, le phénomène n’est pas nouveau, chaque révolution technologique d’importance donnant lieu à une reconfiguration de la main-d’œuvre. MGI rapporte, par exemple, qu’entre 1850 et 1970, la part des emplois reliés à l’agriculture dans la force productive américaine est passée de 60 % à… 5%! Plus près de nous, les emplois manufacturiers aux États-Unis regroupaient un peu plus du quart (26 %) des travailleuses et des travailleurs en 1960; ils ne forment plus que 10 % de la main-d’œuvre américaine aujourd’hui. Il est donc clair que l’automatisation des processus au sein des entreprises a bouleversé, et continuera de le faire, le monde du travail. À ce jeu qui n’en est pas un, il y a déjà des gagnants et des perdants…

Les gagnants

Bien qu’il demeure difficile de quantifier le phénomène, MGI estime que la robotique et l’intelligence artificielle seront bénéfiques pour l’économie mondiale. De fait, les gains en productivité générés par ces deux phénomènes devraient normalement se traduire par des hausses au chapitre des salaires et de la consommation. MGI estime en effet que 23 trillions de dollars pourraient s’ajouter aux statistiques actuelles de la consommation mondiale d’ici 2030, une consommation qui sera majoritairement générée par les populations des pays émergents, et dont les économies avancées profiteront par ricochet.

Par ailleurs, la révolution technologique que nous connaissons actuellement devrait aussi engendrer la création d’environ 350 millions d’emplois spécialisés, ce qui devrait à terme fortement stimuler la croissance des trois secteurs économiques que sont les infrastructures, la construction résidentielle et les énergies vertes.

Les perdants

Mais cette révolution est loin de ne faire que des heureux, on s’en doute bien. Le rapport de MGI souligne qu’environ 375 millions de Terriens seront laissés sur la touche par l’actuelle transition industrielle et devront envisager d’autres occupations professionnelles. Sans grande surprise, les perdants se compteront essentiellement au sein des catégories d’emploi à faible qualification (personnel de bureau, caissiers, manutentionnaires, etc.) et à faible valeur ajoutée. Déjà, l’arrivée, à brève et à moyenne échéance, des véhicules autonomes devrait porter un dur coup à l’industrie du taxi et du transport en général. Et que dire de la restauration rapide et de l’hôtellerie, deux domaines où l’invasion des robots se fait déjà sentir! Un simple exemple : la chaîne de restauration fast-casual[3] CaliBurger vient d’équiper ses 50 emplacements d’un robot, Flippy (to flip se traduit en français par « retourner »), fruit du génie de la firme américaine Miso Robotics, et dont le rôle consiste à confectionner les hamburgers, un exploit technologique dont vous pouvez constater l’existence dans la vidéo ci-bas!

En somme, deux faits sont à retenir du présent texte. Nous sommes sans doute placés devant un constat inéluctable, l’invasion des robots, et la seule solution réaliste pour les laissés-pour-compte de l’actuelle transition technologique rimera avec qualification et requalification. Sans doute plus facile à dire qu’à faire…

[1] Lire à ce sujet l’article de Federica Cocco, « Most US manufacturing jobs lost to technology, not trade ». Financial Times, 2 décembre 2016.
[2] McKinsey Global Institute, « What the future of work will mean for jobs, skills, and wages ». Novembre 2017.
[3] Pour mieux comprendre le concept de restaurant fast-casual, relire notre article « Manger vite, manger mieux », publié en septembre 2017.

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