Brahim Hasnaoui, entrepreneur, citoyen et homme du monde

J’ai eu l’immense honneur de rencontrer une première fois Brahim Hasnaoui, fondateur et dirigeant du Groupe des Sociétés Hasnaoui, lors d’une conférence tenue à HEC Montréal en septembre 2016. Déjà, à cette occasion, l’homme m’avait vivement impressionné, tant par la profondeur de sa réflexion que par l’acuité de son regard sur le contexte économique et social de son Algérie natale. L’article[1] que j’avais alors tiré de la conférence et de la discussion qui s’en était suivie n’était qu’un prélude à une rencontre plus en profondeur que je me promettais bien d’avoir avec M. Hasnaoui, dans le cadre de mes déplacements fréquents en Algérie. Lors d’un récent séjour de formation organisé par la MDI Business School d’Alger et HEC Montréal à l’intention des gestionnaires de son entreprise, séjour tenu dans la ville de Sid bel Abbès, Brahim Hasnaoui a eu l’amabilité de m’accorder, au terme d’une éreintante journée de travail, quelques précieuses minutes au cours desquelles nous avons discuté de l’entreprise qu’il a créée, de ses visées d’expansion et des défis qui se posent à cette dernière. En voici le compte rendu!

François : M. Hasnaoui, comment envisagez-vous la croissance de l’entreprise dans les années à venir? Songez-vous à étendre vos activités hors de vos domaines d’affaires initiaux? Envisagez-vous d’étendre vos activités hors du pays?

Brahim Hasnaoui : Nous restons concentrés sur deux domaines, à savoir la construction et les matériaux de construction ainsi que le développement agricole. Dans les deux secteurs, les possibilités de développement sont énormes. C’est tout un programme, car il y a tellement à faire. Je ne sais pas si j’aurai la vie assez longue pour lancer tous les projets que j’entrevois! [rires]

François : Si on regarde par exemple le secteur  de la construction, sentez-vous que le contexte algérien est propice au développement des activités du groupe à l’heure actuelle?

Brahim Hasnaoui : La crise financière que traverse actuellement l’Algérie est une très bonne occasion pour les entreprises locales. L’État n’ayant plus les moyens de financer comme il le faisait les entreprises étrangères, il se tourne aujourd’hui vers les entreprises locales. C’est donc une conjoncture favorable pour notre groupe. C’est la même chose pour les matériaux de construction. Comme la valeur de notre monnaie s’est amenuisée, l’État doit se rabattre sur les entreprises d’ici, ce qui représente autant d’occasions d’affaires pour nous.

J’ai toujours dit que le potentiel algérien n’est même pas exploité à 10 % de ses capacités. C’est un chantier immense! Par exemple, j’ai monté, au sein du groupe, une petite unité d’exploitation du marbre, essentiellement pour les besoins du groupe. Je suis allé à la recherche de marbre dans les carrières locales, et je n’ai rien trouvé. J’ai dû importer le marbre, et ça m’est resté en travers de la gorge! J’ai commencé à fouiller, et c’est à ce moment que j’ai constaté l’immensité des possibilités. Car jusqu’à présent, pour ce qui est du granit, l’Algérie n’a pas produit un mètre carré. Et pourtant, nous avons des gisements énormes. En ce qui a trait au marbre, nous avons l’une des régions les plus riches du bassin méditerranéen!

François : Meilleure que l’Italie?

Brahim Hasnaoui : Bien sûr! Il y a une diversité de couleurs qu’on ne peut trouver qu’ici! Du bleu, du vert, du grenade, du blanc… Nous avons également du granit de très bonne qualité, aux couleurs aussi particulières. Aujourd’hui, la solution est simple : d’abord satisfaire les besoins du marché national, et commencer à exporter. Et nous avons notre place en termes d’exportation. Pour le granit, nous avons mis sur pied la première exploitation à l’échelle nationale, et elle entrera en production dès janvier 2018. Rien que dans ce secteur, il y a des possibilités de croissance pour au moins dix ans!

François : Le secteur agricole est également dans votre ligne de mire, si je ne m’abuse…

Brahim Hasnaoui : En termes de développement agricole, le chantier est également immense! Il y a tellement de possibilités…

François : Car l’importation constitue encore un pan important de la politique agricole et alimentaire de l’Algérie…

Brahim Hasnaoui : En effet! Par exemple, nous avons identifié une région au sud, à la frontière malienne, avec des conditions climatiques particulières : des températures qui ne descendent jamais en deçà de 12 degrés Celsius, du soleil toute l’année, pas de vent. On peut produire en plein champ, et même hors saison, des produits qui ne sont disponibles que dans des pays lointains comme l’Afrique du Sud ou l’Amérique latine. Mais dans le domaine agricole, le problème le plus important est relié à la maîtrise de l’eau. On essaie de trouver une solution afin de surmonter ce défi, d’où notre intérêt pour les biotechnologies.

François : Lors de notre dernière rencontre à Montréal, j’avais été impressionné par votre discours d’entrepreneur, mais également par l’intérêt marqué que vous portez à la responsabilité du groupe à l’égard de la société algérienne. Pouvez-vous élaborer à ce propos?

Brahim Hasnaoui : Prenez la construction. Avec une croissance démographique annuelle de 4 %, il va falloir loger au minimum 1,6 million d’habitants par an, d’où la nécessité de changer les techniques de construction. Nous voulons nous distinguer par un type d’habitat adapté. Nous sommes à travailler sur des nouvelles techniques de construction, car nous considérons que l’habitat ce n’est pas seulement que le logement. L’habitat, c’est aussi un cadre de vie, car l’effet de l’habitat est très important sur la santé et de l’éducation, par exemple. Donc, nous voulons nous démarquer en offrant un produit de qualité, au meilleur coût possible.

Aujourd’hui, nous ne courons pas derrière le profit. Je pense que le groupe a atteint une certaine taille, et les objectifs ne peuvent pas être que matériels. Nous voulons réellement participer au développement du pays, ne serait-ce qu’en donnant l’exemple! Je considère que c’est l’une de nos responsabilités, en tant qu’entreprise citoyenne. Et nous nous définissons ainsi!

Le projet immobilier El Ryad, situé à Oran, une réalisation du Groupe des sociétés Hasnaoui. L’ensemble résidentiel a remporté le prix national « Énergies – climats tempérés » du concours britannique Green Building Awards 2016.

François : Si l’on revient à la situation actuelle de l’entreprise, qu’estimez-vous être le plus important défi qui se pose à l’encontre de la croissance du groupe?

Brahim Hasnaoui : Le facteur limitant pour notre groupe, c’est la ressource humaine. Nous avons déjà un centre de formation, mais nous sommes également à construire une université d’entreprise à Sidi bel Abbès, qui ouvrira ses portes l’an prochain. On n’arrive pas toujours à trouver la ressource humaine qui puisse appuyer la croissance du groupe. La meilleure manière de faire, c’est de former nous-mêmes notre encadrement. Je pense que la formation est un passage obligé, si on veut faire du développement. C’est la chose la plus importante, sur laquelle on doit placer tous nos efforts, parce que c’est ça qui va conditionner l’avenir du groupe.

François : Dernière question, posée rapidement! Où voyez-vous l’entreprise dans cinq ans, dans dix ans?

Brahim Hasnaoui : Mon souhait pour l’entreprise, c’est d’aller le plus loin possible et surtout, de préparer la relève afin de prendre en charge tous les projets futurs. Et ils sont nombreux!

[1] Lire « L’entrepreneuriat en Algérie : de courage et d’abnégation ». Gestion. 15 septembre 2016.

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