Automobile : la fin d’un rêve?

Nous sommes témoins, à tout le moins en Amérique du Nord, d’un changement de paradigme majeur quant à un objet culte, la voiture. Je m’explique. Lorsque j’étais plus jeune (et certainement plus naïf et insouciant!), à l’aube de la vingtaine, un rêve nous habitait, mes amis et moi : posséder une voiture! Neuve ou usagée, rouge ou rose, familiale ou sportive : l’important était d’avoir dans les mains un volant, et dans la tête l’illusion de liberté que les grands constructeurs automobiles s’acharnaient à nous vendre à coup de campagnes publicitaires bien ciblées. C’était jadis…

Autres temps, autres mœurs

Mais les choses ont bien changé, depuis cette décennie 1980 de mon adolescence! Car ces envies de posséder un véhicule automobile sont en voie de passer, s’il faut en croire l’excellent papier de l’éditorialiste en chef du quotidien montréalais La Presse, François Cardinal (lire « Posséder une auto? Tellement XXe siècle… »), publié dimanche dernier. Le journaliste met en lumière un phénomène d’importance que tous les grands constructeurs automobiles suivent d’un œil à la fois intéressé et inquiet, à savoir le manque d’intérêt grandissant des 16-24 ans pour la conduite automobile et, in extenso, l’achat d’un véhicule. On en voudra pour preuve ces données de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), qui montrent que depuis le début du présent siècle, le pourcentage des jeunes de cette tranche d’âge titulaires d’un permis de conduire, en proportion de la population totale possédant le précieux document, est en déclin. La pente négative, sans être abrupte pour autant, révèle à tout le moins la présence d’un signal faible[1] en provenance de l’environnement général. Bref, quelque chose pointe à l’horizon…

Ce quelque chose, François Cardinal, que je me permettrai de citer ici, met le doigt directement dessus : « […] les jeunes ne voient tout simplement plus l’auto comme un objet de désir et de liberté. […] Et ils n’en ont plus besoin pour marquer l’entrée dans la vie adulte puisque le cellulaire joue ce rôle. […] Ils veulent leur liberté, autrement dit, non pas un symbole de liberté. »

La route vous appartient… et les mensualités également!

Car au-delà du mitraillage publicitaire où l’on nous vend les grands espaces accessibles en voiture et la liberté de partir où et quand on le souhaite, la réalité est souvent toute autre! De fait, rien ne rend moins libre que la voiture! Pensez aux mensualités, aux pannes imprévues, au coût du carburant, à celui des assurances, au stationnement… Et tout ça, pour un objet dont la valeur ne fait que se déprécier dès le moment où vous quittez le concessionnaire automobile avec votre véhicule neuf, et que vous n’utiliserez qu’environ 5 % du temps! Rien de trop logique là-dedans!

De la possession au partage

Si le besoin de se déplacer à bord d’un véhicule existera toujours, la manière de le combler, quant à elle, est en voie de changer du tout au tout. Nous assistons en effet au passage progressif, à l’esprit des membres des générations montantes, de la possession de la voiture à l’utilisation ponctuelle de celle-ci. Le succès croissant d’entreprises d’auto en libre-service telles Communauto ou Car2Go au Québec n’est pas étranger au phénomène. Un tel modèle est d’ailleurs en voie d’être repris à leur manière par les constructeurs. General Motors a mis de l’avant son service Maven (voir la vidéo ci-bas), les entreprises nippones sont aussi entrées, avec un peu de retard, dans la danse : Nissan propose (pour le marché japonais seulement) e-share mobi et Toyota s’est associée avec la firme Servco afin de développer une application permettant d’utiliser ses véhicules de manière ponctuelle.

Et tout cela, sans parler des avancées technologiques prévues à l’horizon 2030, comme la voiture autonome qui viendra combler à merveille ce besoin de se déplacer à faible coût et sans attaches financières, tout en rentabilisant le temps que l’utilisateur passait autrefois à conduire!

La pointe de l’iceberg

Cette transition de la possession d’une auto à son utilisation n’est aussi que le prélude à de profonds bouleversements de nos espaces et de nos modes de vie. Comme le signale François Cardinal, les villes nord-américaines ont été conçues et planifiées en fonction de la voiture : routes et autoroutes, stationnement, gestion de la pollution, etc. Imaginez un peu! Davantage de partage et davantage de voitures autonomes sur les routes pourraient signifier moins de pertes de temps et de productivité, moins d’accidents, moins de pollution, et une reconfiguration d’ampleur, et sans doute plus verte, de nos espaces urbains… On en vient presque à souhaiter que le futur soit là, demain matin!

[1] Pour quelques éclaircissements à propos du concept de signal faible, relire notre article « Sun Tzu a dit… (3) ».

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