La renaissance perse

On croyait l’Iran affaibli, à genoux et exsangue depuis les sanctions reconduites et renforcées par Washington en 2013. Mais la levée partielle de ces restrictions économiques et commerciales en janvier 2016, dans la foulée de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, aura redonné au pays et à ses quelque 82 millions d’habitants un nouveau souffle.

Car au-delà du jeu politique régional dans lequel est fortement engagé Téhéran, un jeu qui ne va pas sans susciter de nombreuses controverses dans le monde arabe, une réalité parfois mal perçue est bien présente : celle d’un pays moderne qui veut prendre sa place sur l’échiquier économique et politique régional, voire même mondial. Rien de plus normal pour cette économie, la seconde en importance au Moyen-Orient.

Un joueur régional d’envergure

Construite sur les fondations du mythique empire perse, la République iranienne a grandement souffert depuis la révolution islamique de 1979, et tout particulièrement lors du sanglant conflit avec le voisin irakien (1980-1988), qui fera entre 200 000 et 600 000 victimes militaires et civiles du côté de l’Iran, sans parler du coût financier de l’affrontement, estimé à 500 milliards USD. Les relations difficiles entre le régime des ayatollahs et l’Occident n’aidant en rien, le pays s’est, plus souvent qu’à son tour, retrouvé au ban de la communauté internationale, le tout accentué par le développement rapide et, dans une certaine mesure, inquiétant du programme nucléaire iranien. La situation géopolitique se présentant sous de meilleurs auspices depuis le parafe de l’accord mentionné en début de texte, le peuple iranien peut donc espérer intégrer pleinement le cercle des nations, avec les avantages économiques qu’une telle situation engendre.

Open for business!

Car le potentiel est réel! Pays jeune, ce dont témoigne la pyramide des âges présentée ci-contre, l’Iran possède des atouts certains, d’un point de vue du commerce intérieur et extérieur. Cette population jeune affiche un taux de scolarisation élevé. Les yeux rivés sur les écrans de leurs smartphones, les jeunes Iraniennes et les Iraniens sont bien au fait du niveau de vie de leurs semblables occidentaux, un désir qui, s’il n’est pas restreint par les autorités politiques, peut éventuellement se traduire en occasions d’affaires pour certaines entreprises d’ici et d’ailleurs.

Par ailleurs, la dépendance du pays à l’or noir, la vente à l’étranger de pétrole contribuant à près de 40 % du PIB national, demeure importante. Certes, l’accès aux marchés d’exportation pour le pétrole iranien, à nouveau accordé par les principaux acteurs de la communauté internationale, a déjà contribué à hausser la croissance de l’économie du pays, un fait rendu de manière éclatante par le pic de la courbe que l’on constate pour l’année 2016. Mais les têtes pensantes de la politique économique iranienne sont également bien au fait de la nécessité de diversifier l’économie de l’Iran, en cette période de bas prix historiques pour cette commodité. Déjà, le tissu industriel iranien possède des valeurs sûres, telles l’aéronautique, les mines, l’agriculture, l’éducation et les technologies de l’information et de la communication (TIC). Mais ces secteurs souffrent d’un manque chronique d’investissements. La reconnexion du pays au système bancaire et financier mondial devrait partiellement remédier à cet état de fait dans les années à venir.

Le revers de la médaille

Mais l’Iran, ce n’est pas que des lendemains qui chantent… Le chômage des jeunes demeure très élevé (environ 13 % selon les données officielles, mais probablement davantage dans la réalité) et la pauvreté hors des grands centre urbains (Téhéran, Mechhed, Ispahan) est une réalité bien tangible. Démarrer une entreprise et la maintenir en vie est un défi en soi en Iran, la République se classant au 124e rang (sur 190 pays), selon le classement Doing Business du Groupe de la Banque mondiale. Quant à la corruption, le pays ne fait guère mieux, affichant un piètre 131e rang sur 176 pays au Corruption Perception Index de l’organisme Transparency International.

Quoi qu’il en soit, si l’Iran et ses dirigeants peuvent tempérer leurs élans belliqueux dans la région et prendre appui sur le nouveau contexte économique favorable depuis la signature de l’Accord de Vienne afin de poursuivre les nécessaires réformes économiques, le pays est, on l’espère, promis à un bel avenir…

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