Le début des navets… ou la fin des haricots?

L’immense succès à la billetterie de deux méga-productions hollywoodiennes récentes, Star Wars : The Last Jedi et Black Panther, laisse à penser que l’industrie du cinéma ne s’est jamais aussi bien portée! Mais il s’agit peut-être davantage d’un effet visuel que d’autre chose! Méfiez-vous des apparences!

Une annus horribilis pour le cinéma, à tous points de vue!

L’année 2017 aura en effet été une année horrible pour l’industrie cinématographique. Tout d’abord en raison du producteur Harvey Weinstein, à la tête de la société de production et de distribution de films The Weinstein Company, et dont les comportements sexuels déviants et hautement répréhensibles ont donné naissance au mouvement d’envergure planétaire #MeToo[1].

Mais au-delà de cette tache permanente sur l’image d’Hollywood et sur sa culture machiste malsaine, ce sont également les résultats financiers de l’industrie entière qui suscitent méfiance et désapprobation. Car comme le rapporte Ryan Faughnder dans son article[2] publié dans le Los Angeles Times, environ 1,25 milliard de personnes ont franchi les tourniquets des salles de cinéma en Amérique du Nord en 2017, soit une baisse de 4 % par rapport à 2016. En matière de revenus, comme présenté dans le tableau ci-bas, l’industrie a déclaré une encaisse de 11,15 milliards USD, encore en baisse par rapport à l’année précédente. Bref, rien pour pavoiser sur le tapis rouge…

Des navets et du réchauffé…

La tendance à la baisse, sans être catastrophique, demeure inquiétante. Car la sortie au ciné, qui constituait dans ma prime jeunesse une activité ludique de choix, emballe de moins en moins, et pour cause. À qui la faute? « À Hollywood! », répond sans hésitation Ryan Faughnder qui, dans son papier, signale que l’industrie nous a nourris au cours des dernières années, et particulièrement en 2017, d’une odieuse purée de navets qui ont coûté cher et peu rapporté. On s’entendra pour dire que des productions telles Transformers : The Last Knight, The Mummy ou Baywatch ont peu de chances de rafler un Oscar le 4 mars prochain. Mais ils sont probablement en excellente position pour les Razzies, la récompense remise au pire film de l’année!

Ces trois citrons résument une bonne partie du problème constaté à Hollywood ces dernières années, à savoir le manque d’originalité. Entre les xièmes aventures de Spider-Man, des Avengers, des X-Men ou de Jack Sparrow (Pirates des Caraïbes), ou les reprises franchement ratées de séries télé ou de films d’antan (dont les susnommés The Mummy, Baywatch, sans parler de La Planète des Singes – Suprématie ou de Alien : Covenant), le cinéphile préfèrera sans doute le confort de son foyer, là où il peut s’offrir, pour un prix beaucoup plus bas qu’une entrée en salle, du contenu original présenté par Netflix[3] et ses concurrents.

Des réflexes stratégiques

Lorsqu’une industrie ou un domaine d’affaires connaît des difficultés, on voit généralement certains comportements stratégiques poindre chez les grands joueurs. La concentration est l’un de ces réflexes. La concurrence que présente la vidéo en ligne oblige en effet les entreprises à joindre leurs forces, dans l’espoir de contrer les menaces bien réelles auxquelles ils font face. Nous avons discuté, en décembre dernier, de la fusion possible de Disney et de News Corporation[4], et la seconde chaîne de cinémas chez l’Oncle Sam, Regal Entertainment Group, unira prochainement sa destinée à celle de Cineworld, la seconde chaîne en importance en Europe.

Ces mêmes salles de cinéma en sont également à revoir leur offre et à hausser la qualité de l’expérience offerte aux cinéphiles. On rénove les auditoriums, on ajoute des sièges plus luxueux, on propose une touche de classe à l’offre alimentaire et certains opérateurs offrent même de l’alcool lors des projections. Mais cette montée en gamme a des répercussions immédiates sur le prix du billet d’entrée, une hausse qui pourrait rebuter encore davantage les clients. En somme, pour reprendre une expression du milieu, « On tourne! », mais surtout en rond…

[1] #BalanceTonPorc, en France.
[2] Ryan Faughnder, « Even with ‘Star Wars’ surge, moviegoing could hit 22-year low. Blame bad sequels, rising ticket prices and streaming ». Los Angeles Times, 23 décembre 2017.
[3] Lire notre article « S’internationaliser, façon Netflix ».
[4] Lire également « L’empire Disney à la croisée des chemins ».

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