Le thé, un domaine d’affaires fumant!

Le monde des affaires est traversé de toutes parts par les modes. Certaines passent, certaines durent et perdurent… S’il en est une qui semble vouloir s’accrocher, c’est bien l’engouement pour le thé. Fini, l’image de la vieille Anglaise prenant le five o’clock tea accompagnés des traditionnels sandwiches au concombre et de scones. Le thé, c’est maintenant in! Une balade dans les artères commerciales de Montréal, ou de tout autre agglomération digne de ce nom, permettra de constater la chose. Il y a deux décennies, à peine, l’achat d’un thé de qualité relevait de l’exploit, le consommateur devant la plupart du temps se rabattre sur le thé industriel en sachet, un produit au goût et à la qualité plutôt douteux. Autres temps, autres mœurs : les membres des générations montantes, soucieuses de leur alimentation et bien au fait des vertus pour l’organisme de la boisson tirée de la décoction des feuilles du camellia sinensis, ont contribué à démocratiser cette boisson qui, paradoxalement, est la plus bue sur la Terre! Et les entrepreneurs ont rapidement senti les effluves du profit, entremêlés à ceux d’une bonne tasse de thé! Les boutiques spécialisées, telles Camellia Sinensis ou Un Amour des Thés, pour ne nommer que ces exemples montréalais, ont poussé comme des champignons, les salons de thé se sont multipliés et on a même assisté à la naissance d’une chaîne de magasins pancanadienne (et américaine également), David’s Tea.

Une popularité croissante

Voir le thé gagner en popularité partout sur le globe a de quoi réchauffer le cœur de l’amateur! C’est ce que confirme par ailleurs la Food and Agriculture Organization (FAO), l’organisme des Nations Unies responsable des questions alimentaires, dans un rapport[1] présentant les plus récentes données relatives à la production, à l’exportation et à la consommation de thé à l’échelle de la planète. Comme en fait foi le tableau ci-bas, on constatera que la production mondiale de thé a crû de près du tiers (30,3 %) entre 2008 et 2013 seulement, soit une croissance annuelle moyenne de 5,4 %. La courbe relative à la consommation mondiale de thé affichant sensiblement la même pente, l’accroissement global de cette même consommation, tout comme la croissance annuelle moyenne, sont du même ordre.


Par ailleurs, la Chine et l’Inde sont les principaux bénéficiaires de cette hausse de la popularité, les deux pays produisant (61,7 %) et consommant (54,0 %) conjointement plus de la moitié, et bien plus, des précieuses pousses vertes. Certes, les pays occidentaux ont contribué à cette hausse de la consommation et de la production de thé, mais la FAO signale que c’est justement chez ces deux géants démographiques que sont la Chine et l’Inde qu’ont été constatées les hausses les plus spectaculaires. De fait, entre 2008 et 2013 seulement, la consommation de thé en Chine a bondi de 867 000 tonnes à 1,61 million de tonnes (+ 86,2 %), tandis que celle de l’Inde est passée de 786 000 tonnes à un million de tonnes, soit une hausse de 27,2 %. L’explication quant à ces surprenantes données? La FAO attribue la chose à l’amélioration du pouvoir d’achat des Chinois et des Indiens, eux qui évoluent au sein de ces économies émergentes.

 

Un domaine traditionnel?

Même si les origines du thé remonteraient, si l’on se fie à la légende, autour du XXVIIe siècle avant notre ère moderne et que le thé est donc de notre quotidien depuis plus de 4 700 ans, on peut légitimement se demander si un tel domaine d’affaires est appelé à se renouveler. Car le thé demeure… du thé, et on conviendra que les avancées technologiques dans ce domaine d’affaires ne sont pas légion. Certes, de nouveaux modèles d’affaires (le cas de David’s Tea en étant un) ou de nouveaux produits dérivés (thé glacé, desserts, etc.) sont apparus. Mais la palme de l’innovation la plus intrigante et la plus intéressante appartient sans doute à l’entreprise californienne Pique Tea, qui a mis au point un thé en cristaux! Tel que le relate Elizabeth Segran dans son article[2] publié sur le site Internet du magazine Fast Company, l’entreprise a mis point un procédé qui combine l’infusion à froid et de basses températures afin d’un arriver à un produit final qui conserve tous les nutriments du thé, en plus de fournir à l’organisme six fois plus d’antioxydants qu’un thé infusé de manière traditionnelle. Vous déchirez l’emballage sous vide de cristaux de thé, vous versez dans une tasse d’eau chaude et hop!, vous voilà prêt à déguster immédiatement (sans temps d’infusion) votre thé préféré! Le résultat, aux dires de la journaliste, est à s’y méprendre!

Voilà donc le thé dépoussiéré… et renouvelé, n’en déplaise aux puristes! Shocking!, dirait notre vieille Anglaise!

[1] Food and Agriculture Organization (2015). World tea production and trade: current and future development.

[2] Elizabeth Segran, « Tea-Brewing Hasn’t Changed In 100 Years. These Tea Crystals Could Change That ». Fast Company, 16 février 2018.

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