Le mirage chinois

Peut-être conservez-vous à l’esprit l’image d’une Chine productrice de produits à bas prix et de mauvaise qualité. C’est toutefois une représentation dont il faudra se défaire rapidement. Car en matière de recherche et de développement (R&D), l’Empire du Milieu comble son retard à un rythme soutenu par rapport à son principal rival commercial, les États-Unis.

Un nécessaire rattrapage

« L’arrogance impériale de l’Amérique technologique tire à sa fin » a dit en substance un haut dirigeant de la Silicon Valley, dans un article[1] récent du magazine britannique The Economist. Et les faits sont là pour le prouver. L’intégration de la Chine aux flux commerciaux mondiaux, accélérée depuis l’adhésion de cette dernière à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, a en effet propulsé la Chine dans la cour des grands en matière de R&D. Qu’il suffise de jeter un œil au graphique ci-contre pour s’en convaincre!

Certes, les États-Unis demeurent le pays qui investit le plus massivement en R&D à l’échelle de la planète. Pour l’année 2015, selon des données publiées par le National Science Board américain, les investissements en recherche et en développement ont atteint presque 500 milliards USD, contre près de 410 milliards USD pour la Chine. Mais il faut surtout replacer ces statistiques dans une perspective à long terme. En un quart de siècle, de 1991 à 2015, la croissance annuelle moyenne des investissements en R&D était de 4,79 % chez l’Oncle Sam; pour l’Empire du Milieu, cette croissance annuelle moyenne s’élève à… 17,48%! Ça s’appelle mettre les bouchées doubles!

Parité en vue

Ce rattrapage en termes de R&D n’est que le dernier d’une liste qui continue de s’allonger. La Chine est en effet devenue le premier exportateur mondial en 2007, le premier producteur manufacturier en 2011 et les observateurs intéressés estiment que le PIB chinois surpassera, en valeur absolue, le PIB américain à l’horizon 2030. Par ailleurs, signale l’article de The Economist, la capitalisation boursière des entreprises chinoises œuvrant dans l’Internet et le commerce électronique atteint, pour l’instant, 53 % de celle des entreprises américaines du même domaine d’affaires. Qui plus est, la capitalisation boursière d’entreprises chinoises comme Alibaba ou Tencent se compare aujourd’hui avantageusement à celle des géants que sont Google et Facebook. En ce qui a trait aux entreprises les plus dynamiques, la valeur boursière des licornes[2] (unicorns, en anglais) chinoises s’élève à 69 % de celle de leurs rivales américaines. Notons, en terminant, que le niveau de capitaux de risque investis au sud de la Grande Muraille a atteint, en 2016, 90 % des sommes investies à ce chapitre aux États-Unis.

La Chine, c’est indéniable, est aujourd’hui un joueur de premier plan en matière de recherche et de développement. Et si le retard chinois sera éventuellement comblé à brève échéance, Beijing est déjà à définir les contours de sa position future de leader technologique. Le gouvernement central a en effet annoncé vouloir être le meneur en matière d’intelligence artificielle d’ici une décennie.

Et qui sait? Peut-être que la première place sera atteinte plus rapidement par la Chine. Ils sont plusieurs, au sud de la frontière canadienne, à s’inquiéter non pas de la montée chinoise en matière de R&D, mais du surplace, voire même du recul, américain à ce chapitre, notamment depuis l’accession de la fureur orangée à la Maison Blanche. Le représentant au Congrès Jim Langevin, du Rhode Island, disait récemment « Malgré des efforts notables déployés par le Congrès et le Département de la Défense, d’autres États-nations ont réalisé des avancées importantes dans des domaines technologiques qui mettent en danger, voire même remettent en question, la supériorité technologique américaine. »[3] Le politicien évoque ici, par exemple, le développement des technologies hypersoniques dans le domaine de l’aviation militaire ou les armes cybernétiques, une réalité, dans ce dernier cas, que l’actuel président des États-Unis ne reconnaît que du bout des lèvres…

[1] « How does Chinese tech stack up against American tech? ». The Economist, 15 février 2018.
[2] « Une licorne est une startup, principalement de la Silicon Valley, valorisée à plus d’un milliard de dollars. » (Source : Wikipédia)
[3] Cité dans l’article de Claudia Grisales, « Experts: US lag in tech, national security race against China could worsen under Trump ». Stars and Stripes, 10 janvier 2018.

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