Santander, ou faire les choses autrement!

Puisque le capital ne connaît pas de frontières, il surviendra un moment où toute banque d’importance songera à étendre ses activités hors de ses frontières nationales. Certaines le font avec plus d’aisance que d’autres, mais à cet exercice d’expatriation et de mondialisation, une institution financière a particulièrement bien relevé le défi. J’ai ici nommé la banque espagnole Santander.

La différence? Le client!

Historiquement, les institutions financières ont développé deux modi operandi pour développer leurs affaires à l’étranger, révèle The Economist dans un article[1] publié en février dernier à ce sujet. D’aucunes ont choisi de « saupoudrer » quelques succursales dans une poignée de pays, et de concentrer leurs efforts vers les grandes entreprises œuvrant dans ces contrées. D’autres ont opté pour un modèle de banque d’affaires, en s’établissant très prudemment dans les grands centres financiers que sont New York, Londres ou Hong Kong. Dans un cas ou dans l’autre, vous aurez sans doute remarqué que ces institutions que le client, le simple citoyen, est bien loin des préoccupations de ces géants de la banque et de la finance. Santander, pour sa part, a choisi de faire autrement et, dans le cadre de son aventure internationale, a misé sur ce même citoyen, souvent ignoré et délaissé par les autres…

(Source : rapport annuel 2017)

Déjà, l’énoncé de mission de la banque, basée à Santander, dans la région espagnole de la Cantabrie, révèle l’importance du client au sein du modèle d’affaires : « Aider les gens et les entreprises à prospérer » (et non l’inverse!). Et à ce titre, Santander peut se targuer d’être la banque qui possède le plus de clients sur la planète, excluant les deux géants démographiques que sont la Chine et l’Inde : la banque compte plus de 133 millions de déposants, qui se répartissent en Europe et, surtout, en Amérique latine.

Le risque de l’international

Étendre ses activités à l’international comporte, on le devine aisément, une bonne dose de risque. Et le risque, Santander connaît! Plutôt que de cantonner dans les services financiers offerts aux grandes entreprises, la banque espagnole s’est lancée, au début de la décennie 2000, dans un processus d’expansion au sein d’économies nationales dont la solidité et la performance demeurent à être prouvées. Le plus important marché de Santander se situe au Brésil, dont l’économie vacille depuis cinq ans. Le Mexique est le second marché en importance au sein des Amériques, mais la croissance de l’économie du pays demeure modeste, et est sujette aux sautes d’humeur du président américain qui souhaite renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA). Le Royaume-Uni est certes économiquement plus solide que ces deux derniers pays, mais les Britanniques se sont engagés sur la voie de l’incertitude en plébiscitant, de justesse faut-il le rappeler, le Brexit. Et ne perdons pas de vue que l’Espagne, base opérationnelle de Santander, est loin de posséder l’économie la plus vigoureuse. Ces quatre pays, rappelle The Economist dans l’article cité antérieurement, génèrent tout près de 80 % des profits de Santander.

Comment, avec ces bulletins économiques nationaux plus ou moins encourageants, Santader tire-t-elle son épingle du jeu? Par un volume immense et des taux intérêts un peu plus élevés que la moyenne des institutions du secteur. L’équation gagnante est, en somme, assez simple. Avec ses quelque 133 millions de clients répartis au sein d’économies établies et, surtout, émergentes, il est clair que la banque court un plus grand risque financier que ses concurrentes. Et de fait, Santander a cumulé 139 milliards USD de mauvaises créances au cours de la dernière décennie, ne cédant le pas à ce triste chapitre qu’aux banques américaines Citi et Bank of America. Toutefois, Santander compense en exigeant de ses clients des taux d’intérêt plus élevés sur les prêts que la moyenne du secteur. Toujours au cours de la dernière décennie, les prêts de Santander ont généré un rendement de 8 %, alors que le même rendement pour l’ensemble des quinze plus importantes institutions financières n’était que de 6 %. Combinez cela avec une gestion efficace et efficiente des actifs et des ressources, et vous obtenez une banque à l’envergure mondiale qui peut se targuer d’un bénéfice d’exploitation cumulé de 261 milliards USD depuis 2008, plus imposant que celui des deux banques américaines les plus importantes,  JPMorgan Chase et Wells Fargo.

À n’en point douter, devant le défi de l’internationalisation, Santander a réussi la quadrature du cercle!

[1] « The Santander experiment ». The Economist, 22 février 2018.

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