Le goût doux-amer de l’industrie du chocolat

Le congé pascal est l’occasion toute rêvée d’aborder la situation d’une délicieuse industrie, celle du chocolat! Une industrie dont les produits s’avèrent doux au palais, mais qui laisse quand même une certaine amertume pour ceux et celles qui s’échinent à recueillir jour après jour les précieux grains de cacao…

La planète est chocolat!

D’abord, attardons-nous sur les quelques statistiques disponibles sur le domaine d’affaires. Selon les plus récentes données fournies par l’International Cocoa Organization, basée à Abidjan, la métropole de la Côte-d’Ivoire, la production mondiale de fèves de cacao a été multipliée par 1,6 depuis le début du nouveau millénaire, passant de près de 2,9 millions de tonnes à plus de 4,6 millions de tonnes l’an dernier. En soi, il s’agit d’une croissance annuelle de près de 3 % (2,86 %, pour être précis), un pourcentage fort honorable pour cette industrie. Notons au passage que le principal produit dérivé de la fève, le cacao broyé, connaît lui aussi une hausse similaire. Par ailleurs, le cabinet Technavio prédit que cette croissance annuelle de la production d’environ 3 % devrait se maintenir jusqu’en 2021. Cette hausse de la production de cacao est en phase avec la demande mondiale, qui croît elle aussi de manière importante.

D’une perspective mondiale, le marché planétaire du chocolat était estimé, pour l’année 2015, à 101 milliards USD. Ce sont les Européens qui sont les plus grands consommateurs de chocolat, ceux-ci engloutissant 43,7 % de la production mondiale. Parmi ceux-ci, les Allemands les Italiens, les Français, les Espagnols et les Britanniques ont, dans l’ordre, la dent la plus sucrée! Les Amériques sont responsables de 35,5 % de la consommation mondiale de chocolat, suivies de l’Asie-Pacifique (14,6 %) et de la région Moyen-Orient et Afrique (6,2 %). La hausse du niveau de vie dans des économies émergentes comme celles de la Chine et de l’Inde font de l’Asie-Pacifique la région qui connaîtra la croissance de la demande la plus soutenue, soit environ 4,3 %, d’ici 2021. Beaucoup de douceurs, donc, pour les Chinois et les Indiens, et à coup sûr des visites plus fréquentes chez le dentiste…

L’amertume du chocolat

Mais les dommages causés par le sucre sont sans doute le moindre des maux pour les grands joueurs de l’industrie, qui ont déjà à faire face à des défis de taille. D’un point de vue strictement économique, le prix du cacao est en chute libre depuis la mi-2014, alors que la tonne se négociait alors à près de 3 400 USD; elle se négocie aujourd’hui sous la barre des 2 000 USD. La raison d’un tel effondrement? La surproduction dans les principaux pays producteurs, concentrés en Afrique de l’Ouest. De fait, la Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Nigéria et le Cameroun produisent, à eux quatre, plus de 70 % des fèves consommées sur Terre. On comprendra donc que pour les quelque 5,5 millions d’habitants de ces contrées qui se consacrent à la culture du cacaoyer, la hausse mondiale de la consommation de chocolat est loin de se traduire par une amélioration du niveau de vie. L’organisme de protection environnementale Mighty Earth estime qu’au cours de la décennie 1980, 16 % de la valeur d’une tablette de chocolat tombait dans les proches des producteurs. Ce pourcentage, 30 ans plus tard, a chuté à moins de 7 %, un fait confirmé dans l’infographie ci-contre. Mighty Earth signale au passage que la très grande majorité des cultivateurs de cacao vivent avec moins d’un dollar par jour.

Par ailleurs, la culture du cacaoyer ne va pas sans de furieux débats quant aux impacts environnementaux générés par cette dernière. Le rapport L’amère déforestation du chocolat de Mighty Earth met en lumière les dommages causés à la forêt équatoriale africaine, en termes de déforestation (voir l’image ci-contre) et de protection des habitats pour de nombreuses espèces, dont les chimpanzés et les éléphants. Ce sont ainsi des centaines et des centaines d’hectares qui ont été rasés afin de faire place à la culture du cacao. Le lobby environnemental estime en effet que la Côte-d’Ivoire a perdu plus de 90 % de son couvert forestier, tandis que le Ghana a rasé 7 000 km2 de forêts depuis 2000. Tout cela, sans compter sur les effets néfastes du réchauffement climatique, un phénomène qui aura un impact assuré sur le cacaoyer, un arbre réputé très sensible aux variations de température.

De l’espoir!

Signe que les choses sont toutefois en voie de changer dans cette industrie, une douzaine de grands joueurs de l’industrie, à l’initiative du prince Charles, se sont entendues au début de l’année 2017 sur un plan d’action afin de mettre un terme à la déforestation en Afrique occidentale, comme le rapporte le quotidien britannique Financial Times[1]. Nul doute que les pressions des amateurs de chocolat pour des produits équitables et qui respectent les droits à une juste rémunération des cultivateurs africains et le respect de l’environnement, une tendance de consommation qui touche aussi ce domaine d’affaires, y est pour quelque chose dans cette conscientisation des géants de l’industrie.

À méditer, donc, lors de votre prochaine envie de chocolat!

[1] Emiko Terazono, « Chocolate makers and cocoa groups vow to end deforestation ». Financial Times, 16 mars 2017.

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