La NFL, un modèle d’affaires gagnant – Aujourd’hui et demain (3)

Loin devant les meilleures ligues professionnelles de soccer, la NFL est le circuit de sport professionnel qui génère le plus de revenus, et ce à l’échelle de la planète. Qu’est-ce qui fait le succès financier d’une telle ligue? Dans cette série de trois articles, nous présentons, à l’aide du Business Model Canvas de Yves Pigneur et Alexander Osterwalder, certains des éléments clés du modèle d’affaires de la NFL.

Pour le dernier article de cette série, nous posons un regard sur l’état actuel du circuit Goodell et identifions les défis que la ligue doit surmonter afin de continuer sa remarquable croissance.

Nous l’avons mentionné lors des deux articles précédents de cette série, l’un portant sur les revenus et l’autre sur les coûts de la National Football League (NFL), le circuit Goodell a généré environ 13 milliards USD de revenus lors de la saison 2017, dépassant de loin les autres grandes ligues de sport professionnel. En guise de conclusion à cette analyse, attardons-nous sur la proposition de valeur de la NFL, un concept au cœur du Business Model Canvas de Yves Pigneur et de Alexander Osterwalder.

Un produit de qualité, et recherché!

Cette proposition de valeur, on le constatera immédiatement, est largement plébiscitée par les fanatiques de la NFL qui sont nombreux, pour chacun des 16 affrontements de la saison régulière que se livrent les 32 clubs de la ligue, à remplir les stades. De fait, si la NFL, des cinq ligues professionnelles, vient au quatrième rang pour le nombre de partisans s’étant déplacés pour les matchs à domicile (presque 16 millions de fanas en 2017), le nombre restreint de rencontres fait en sorte que la ligue attire, en moyenne deux fois plus d’amateurs par match que le baseball majeur. Et puisque la demande est immense et que l’offre est relativement restreinte, les billets pour les matchs de la NFL sont les plus chers des cinq circuits professionnels : il en coûtait en moyenne 92 USD pour assister à une partie de football en 2016, un prix trois fois plus élevé que pour l’équivalent au baseball (31 USD).

Tom Brady, le quart-arrière des Patriots, au terme du Super Bowl LI.

Par ailleurs, difficile de passer outre la qualité du spectacle offert. Pour ceux et celles qui sont en mesure de bien comprendre les règles et la dynamique du jeu (une chose qui ne va pas de soi, je le concède!), un match de la NFL représente un événement en soi. Une fois de plus, le nombre de matchs joués par chaque équipe (16) et le format à élimination directe pour les séries d’après-saison, auxquelles seulement douze équipes prennent part, font de chaque affrontement un moment crucial. Le Super Bowl, véritable point d’orgue de chaque saison, nous offre, depuis quelques années, des performances exceptionnelles, tant sur le terrain que hors du terrain![1] Lors de trois des quatre dernières éditions de cette classique annuelle, les deux équipes en présence ont livré des duels qui se sont conclus dans les dernières secondes du match. Et que dire du Super Bowl LI, qui a vu les Patriots de la Nouvelle-Angleterre combler un déficit de 25 points sur les Falcons d’Atlanta avec environ 17 minutes à jouer, et remporter le match en période supplémentaire, une première dans l’histoire du Super Bowl! Magique!

Résumons l’esprit de cette présente section par une dernière statistique : sur les vingt émissions les plus regardées de l’histoire de la télé américaine, dix-neuf étaient un match du Super Bowl!

Problèmes en vue?

Cela dit, la NFL n’est pas exempte de certains défis qu’elle devra surmonter si la ligue entend atteindre le plateau des 25 milliards USD en revenus d’ici une décennie, comme le souhaite Roger Goodell, le commissaire du circuit.

Tout d’abord, comme le signale Derek Thompson dans un article publié sur le site Internet du magazine The Atlantic[2], les cotes d’écoute pour l’ensemble des activités de la NFL ont chuté de 17 % depuis 2015. À qui la faute? Certains pointent du doigt des causes conjoncturelles, tandis que d’autres voient dans ce difficile constat le fait de problèmes structurels auxquels il faudra éventuellement remédier.

Colin Kaepernick (7), refusant de se lever durant l’hymne national.

Au chapitre des causes conjoncturelles, il est clair que la politisation du sport a certainement nui à l’image du circuit. Le refus de Colin Kaepernick, le quart-arrière des 49ers de San Francisco, de se lever durant le Star Spangled Banner, et sa décision de poser un genou à terre lors de l’interprétation de l’hymne national américain avant les matchs, ce dernier dénonçant le traitement des Afro-Américains lors d’interventions des forces de l’ordre, n’aura pas aidé à hausser la cote d’amour du circuit.

Mais il faut surtout voir dans ces baisses à l’audimat un effet générationnel, s’il faut en croire les experts. De fait, la NFL serait davantage victime du passage progressif des membres des jeunes générations de la télévision au smartphone, alors que la ligue commence, par l’entremise de Facebook et Amazon Prime, à diffuser quelques-uns de ses affrontements. Ce faisant, la NFL peine à rejoindre cette clientèle cruciale au développement de ses activités. C’est une situation qui sera à coup sûr corrigée lors de la signature, en 2020-2021, des nouvelles ententes de rediffusion des matchs du circuit, qui inclura cette fois-ci les grands joueurs du numérique.

Victime de son modèle d’affaires?

Votre humble serviteur et son fiston Thomas à Foxboro, le domicile des Patriots de la Nouvelle-Angleterre.

Mais pour Derek Thompson, la baisse des cotes d’écoute serait peut-être due, en somme, à la relative parité qui existe à l’heure actuelle dans le circuit Goodell. Le partage des revenus entre les 32 franchises de la NFL, que nous évoquions dans le premier article de cette série, a fait en sorte qu’un bon nombre d’équipes peuvent aspirer à chaque année à la consécration de leurs efforts lors du Super Bowl. Les équipes qui sont les plus populaires, que ce soit en termes d’attachement des partisans, de vente d’articles promotionnels ou de fréquentation du site Internet, ne sont pas nécessairement celles qui se battent pour le haut du classement et pour les grands honneurs, d’où le certain désintéressement constaté à l’égard des activités de la ligue. C’est un fait qu’avait constaté le défunt Art Modell, l’ancien propriétaire des Browns de Cleveland et des Ravens de Baltimore, lui qui disait, à propos du partage des revenus auquel tous ses collègues propriétaires d’équipe ont consenti, que ces derniers étaient « […] une bande de Républicains gras-durs qui sont socialistes quand il est question de football. » Difficile de mieux résumer la chose!


[1] Le spectacle de la mi-temps est offert par un artiste de réputation mondiale. Lors du dernier affrontement final, le Super Bowl LII, c’est à Justin Timberlake qu’a été confiée la mission de divertir les dizaines de milliers de spectateurs présents au match, tout comme les dizaines de millions d’amateurs qui regardaient l’affrontement au petit écran.
[2] Derek Thompson, « Why NFL Ratings Are Plummeting: A Two-Part Theory ». The Atlantic, 1er février 2018.

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