Michelin : innover pour définir le pneu du futur

De prime abord, l’association entre l’innovation et les pneumatiques qui équipent nos véhicules ne va pas de soi. Pour la grande majorité des profanes que nous sommes, un pneu demeure… un banal pneu! Mais il est une entreprise qui, dans ce domaine d’affaires, a su judicieusement conjuguer ces deux éléments et ce, depuis fort longtemps. Je veux ici parler de Michelin, le second plus important manufacturier de pneumatiques sur la planète!

L’innovation, l’une des clés de la croissance et de l’avantage concurrentiel

La théorie nous enseigne qu’en stratégie d’entreprise, se distinguer et se démarquer de ses concurrents peut se faire de deux manières : en réduisant ses coûts et, par la même occasion, ses prix, ou en proposant au consommateur un élément de différenciation pour lequel l’entreprise pourra exiger un prix plus élevé pour ses produits ou ses services. Rien de nouveau sous le soleil, pour l’entreprise de Clermont-Ferrand, dans l’Auvergne française. Forte de ses 128 années d’existence, Michelin a l’innovation bien inscrite dans son ADN, et ne compte plus les produits novateurs qu’elle a développés au bénéfice de tous ceux et celles qui roulent : pneu démontable (1891), pneus jumelés (1908), pneu à carcasse radiale (1946), pneu vert (1992), etc. Et nous ne sommes plus très loin du jour où nous verrons peut-être les véhicules rouler sur des Michelin Vision, le pneu expérimental développé par l’entreprise, et qui se caractérise par une structure en alvéoles inspirée par certains designs naturels, par une bande de roulement pouvant être modifiée par procédé d’impression en 3D et, dans un dernier temps, par un haut degré de connectivité avec le véhicule, permettant au conducteur d’obtenir en temps réel l’information relative à l’usure du pneu. Jetez un œil à la vidéo pour voir ce que l’avenir nous réserve, peut-être!

Put your money where your mouth is!

Force est de reconnaître qu’en matière de recherche et de développement, Michelin n’a jamais hésité à injecter les ressources nécessaires afin de demeurer en tête de peloton. L’entreprise affecte environ 6 % de son personnel, soit 6 600 employés, à la recherche et développement et environ 3 % de ses revenus annuels, donc environ 660 millions EUR, sont consacrés à l’innovation.

Mais le succès de Michelin ne se résume pas qu’aux seules ressources humaines ou financières. L’entreprise et ses dirigeants ont compris qu’il revient au sommet stratégique de l’organisation d’insuffler l’esprit d’innovation chez ses employés et de faire en sorte que le développement technologique soit partie intégrante de la culture de l’organisation. À cet effet, comme le relatent Jean Philippe Deschamps et Beebe Nelson dans leur volume Innovation governance: how top management organizes and mobilizes for innovation[1], Michelin a décidé, au début de l’actuelle décennie, de remanier sa structure organisationnelle en haut lieu, de manière à notamment faire aboutir plus rapidement sur le marché les idées qui germent dans les labos de l’entreprise. Sous l’impulsion du grand manitou de l’entreprise, Jean-Dominique Senard, une structure revue et remaniée, le Corporate Innovation Board (CIB) fut mise sur pied en 2012, avec deux objectifs avoués : définir les orientations de recherche et de développement pour le groupe (une prérogative auparavant largement laissée au département de la R&D chez Michelin) et faire en sorte de répondre plus rapidement aux besoins futurs du marché.

Le même Jean-Dominique Senard, tel que cité dans le livre de Deschamps et Nelson, a dit : « L’engagement et l’implication directs et personnels du PDG dans l’innovation… Voilà ce qui vient de changer avec la création du CIB! » En somme, et c’est là le cœur de mon propos, lorsque la haute direction s’implique activement dans le changement, quelle qu’en soit la nature, les choses bougent généralement plus vite! Et dans un domaine d’affaires aussi innovant et concurrentiel que celui du pneumatique[2], une telle attitude ne peut que se traduire en succès financier, comme on peut le constater dans le tableau ci-contre.

Pour les entreprises du pneumatique, l’innovation est donc plus qu’une question de profitabilité, c’est surtout une question de survie! Car si Michelin entend bien définir ce que sera le pneu de demain avec le pneu Vision, ses plus proches poursuivants ont aussi les mêmes visées. Jugez-en par l’étonnant Eagle-360, le pneu sphérique imaginé par Goodyear, présenté dans la vidéo plus bas!

Cap sur l’innovation, et pas de répit pour Michelin et les manufacturiers de pneus!

[1] Deschamps, J. P., & Nelson, B. (2014). Innovation governance: How top management organizes and mobilizes for innovation. John Wiley & Sons. Lire en particulier le chapitre 12, intitulé « Getting started: How Michelin has Rethought its Governance Model ».
[2] Le meneur du domaine d’affaires est l’entreprise japonaise Bridgestone, qui détient seulement (!) 14,6 % du marché mondial. Michelin est le second joueur d’importance (14,0 %), suivi de l’américaine Goodyear (9,0 %).

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