L’entreprise B : vers un meilleur monde des affaires?

Vous buvez du café équitable? Vous travaillez dans un édifice LEED? Vous mangez bio? Bravo! Toutes ces activités, qui font l’objet d’une stricte certification, font de vous un citoyen plus consciencieux! Mais que diriez-vous de travailler dans une entreprise dont l’ensemble des activités est également soumis à une certification semblable?

Les entreprises B, ou B Corporations, se comptent aujourd’hui par centaines. La plupart sont de petite ou de moyenne taille, et ne sont pas très connues. Mais certaines autres, dont le fabricant de vêtements d’extérieur Patagonia, le glacier Ben & Jerry’s ou le site de vente en ligne de créations personnelles Etsy, sont plus imposantes et, par conséquent, plus familières au grand public. Mais quoi qu’il en soit, toutes les entreprises B ont en commun l’objectif ambitieux de redéfinir la réussite en affaires en présentant un bilan positif au chapitre du triple bottom line[1].

Un mouvement croissant

Dans la foulée des certifications évoquées en début d’article, le label B Corporation n’est pas une création ex nihilo, mais bien le résultat de la volonté d’une poignée d’entreprises et d’entrepreneurs, bien déterminés à faire leur marque, tant sur le plus financier que sur le plan social. Lancée en 2006, la certification B Corporation est aujourd’hui le fait de plus de 2 500 entreprises éparpillées au sein d’une cinquantaine de pays, et regroupées dans plus de 130 domaines d’affaires. Comme on peut s’en douter, l’obtention d’une telle accréditation n’est pas un processus aisé, et celle-ci s’obtient au terme d’un rigoureux audit qui s’attarde aux éléments du triple bottom line de l’entreprise qui souhaite devenir une entreprise B. Mais les entreprises qui s’en sont données la peine n’y trouvent que des avantages!

C’est en effet ce que révèlent la professeure Suntae Kim et ses acolytes, dans un article[2] paru en 2016 sur le site Internet de la Harvard Business Review. Les universitaires, dans leur étude des motivations à devenir une B Corporation, ont identifié le fait que les entreprises et les organisations qui s’engagent dans cette voie le font évidemment par bonne conscience, mais elles le font également pour se démarquer de leurs concurrents et des autres organisations en général qui se drapent d’une vertueuse étoffe de responsabilité sociale de l’entreprise et qui claironnent haut et fort leurs réalisations à ce chapitre, sans que l’on puisse réellement s’assurer de la véracité de leurs dires. Ce phénomène d’écoblanchiment, appelé greenwashing en anglais, peut amener le consommateur à douter. Rien de mieux alors que l’appellation « Certifiée Entreprise B » pour rassurer ce dernier de l’engagement de l’entreprise ou de l’organisation à mener son activité commerciale de manière responsable, et ce à tous les points de vue.

L’effet interne

La certification B Corporation a donc des avantages indéniables en matière de distinction à l’égard des concurrents et d’établissement d’un avantage concurrentiel. Mais la chose a aussi ses avantages à l’interne. Dans son commentaire[3] publié également sur le site Internet de la Harvard Business Review, Richard Stammer, un dirigeant de la Cabot Creamery Cooperative, une coopérative laitière du Vermont, explique que le laborieux processus d’obtention de la certification B Corporation a permis à son organisation de revoir de fond en comble ses manières de faire : « La certification B Corporation fut un moyen abordable de tout revoir, de l’utilisation de nos sources d’énergie à celle de l’eau, en passant par l’impact de nos activités sur notre communauté, jusqu’à l’utilisation de nos produits nettoyants », précise le gestionnaire. Pour d’autres entreprises, et Patagonia est de celles-là, la possession d’une telle appellation permet évidemment d’attirer, et surtout de retenir, des candidats de qualité, séduits à la fois par les valeurs mises de l’avant par l’organisation et le climat de travail qu’on y retrouve.

Et si la norme B Corporation devenait, dans une décennie ou deux, une condition sine qua non à l’exploitation d’une activité commerciale? On peut bien rêver un peu! 😉

[1] Le triple bottom line, ou triple performance en français, exige des entreprises d’obtenir des résultats positifs au chapitre de la profitabilité, mais également à l’égard du traitement des personnes (les employés, les clients et les parties prenantes) et du respect du milieu de vie. Le vocable « 3 P », pour people, profit, planet, est parfois aussi employé pour désigner le même concept.
[2] Suntae Kim, Matthew J. Karlesky, Christopher G. Myers et Todd Schifeling, « Why Companies Are Becoming B Corporations ». Harvard Business Review, 17 juin 2016.
[3] Richard Stammer, « It Pays to Become a B Corporation ». Harvard Business Review, 6 décembre 2016.

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