L’Islande et le football : « Small is beautiful! »

Si vous suivez quelque peu le football et que vous n’avez pas entendu parler de l’extraordinaire saga de l’équipe nationale d’Islande, c’est que vous vivez probablement dans un patelin de très haute montagne… ou dans un village perdu au fond d’un fjord! Le minuscule État insulaire (340 000 habitants seulement!) a en effet réussi l’incroyable et unique exploit de se qualifier à la phase finale de l’actuelle Coupe du monde de la FIFA. Du jamais vu! Comment l’Islande y est-elle parvenue?

David contre Goliath

Belle leçon de stratégie, que celle donnée au monde entier par la Knattspyrnusamband Íslands (KSI), la Fédération islandaise de football. Terre de glace oubliée des dieux, confinée au milieu de l’Atlantique Nord, battue par les vents et le froid, l’Islande a confondu les sceptiques, experts et profanes, partout sur la planète football. Occupant le 112e rang du classement mondial FIFA/Coca-Cola au début de la présente décennie, l’Islande s’est hissée en un éclair vers le sommet du football mondial, elle qui a les crampons bien campés sur le 22e échelon à l’heure actuelle. Strákarnir okkar (« Nos garçons », en islandais, est le surnom de l’équipe nationale) peuvent aussi se targuer de quelques exploits inattendus, dont un mémorable 2-1 contre le géant anglais en huitièmes de finale de l’Euro 2016 et, bien entendu, sa qualification au printemps dernier pour le grand tournoi qui se conclura dimanche prochain.

Reconstruire par la base

Grimper de 90 rangs en huit années seulement tiendrait-il du prodige? Non! Mais une stratégie aux objectifs clairs et ambitieux, des moyens bien ciblés, un peuple entier qui pousse avec ses joueurs et, comme dernier ingrédient, une pincée de chance : voilà qui pourrait bien expliquer le miracle islandais!

Au départ, il y eut donc une volonté bien ferme de la KSI de remonter le classement mondial. Pour les administrateurs de la fédé, le premier obstacle était de taille : la météo! Qu’à cela ne tienne, la KSI, avec l’appui du gouvernement et profitant d’une conjoncture économique favorable, s’est lancée en 2000 dans la construction d’une série de terrains couverts et climatisés (il en existe treize aujourd’hui à travers le pays), permettant la pratique du sport toute l’année. Mieux encore, comme le mentionne Sean Gregory dans son article[1] publié sur le site Internet de la revue Time, la KSI aura eu l’intelligence d’acheter des terrains adjacents à de nombreuses écoles, le tout afin d’y construire environ 150 terrains extérieurs, dont plusieurs sont dotés d’un système de chauffage au sol permettant la fonte de la neige. Quoi de mieux pour donner la piqure à la génération montante?

Une fois les infrastructures en place, la KSI s’est attelée à la tâche la plus ambitieuse de son programme de reconstruction, à savoir la formation des entraîneurs. Alors que le pays ne dénombrait, en 2000, aucun entraîneur possédant une licence A ou B[2] émise par l’Union européenne de football association (UEFA), le pays possède aujourd’hui plus de 700 entraîneurs qualifiés! Ce contingent fait de l’Islande l’un des pays possédant le plus d’entraîneurs dûment accrédités par habitant, soit un entraîneur pour 825 joueurs. Même la puissante Angleterre est loin du compte, avec un entraîneur… pour 11 000 joueurs! Ce faisant, la KSI s’est dotée d’un arsenal d’entraîneurs professionnels, bien rémunérés, laissant ainsi dans les gradins les parents et les bénévoles qui, pourtant bien intentionnés, maîtrisaient souvent mal les subtilités techniques du jeu.

Une jeunesse qui passe beaucoup de temps sur des terrains de football dernier cri, bien encadrée par des entraîneurs compétents et qualifiés : tous les morceaux étaient en place pour qu’une véritable culture du football se mette en place, dans un pays où ce sport cédait le pas au handball il y a à peine deux décennies! Au sein de ce pays à la culture nationale forte et où tout le monde se connaît (ou presque!), l’attachement des Islandaises et des Islandais à leur équipe nationale n’est pas surprenant! Lors du match contre l’Angleterre lors de l’Euro 2016, 99,8 % de la population était devant le petit écran pour regarder l’affrontement, un pourcentage qui ferait baver d’envie le dictateur nord-coréen Kim Jung-un! Et l’accueil qu’a reçu l’équipe au retour de cet Euro 2016 fut extraordinaire! Comment ne pas frissonner en regardant ces 10 000 fanatiques venus accueillir leurs joueurs à l’aéroport avec le désormais célèbre thunderclap islandais!

Et on estime que lors de la présente Coupe du monde, 30 000 nationaux, soit environ 10 % de la population du pays, se seraient déplacés en Russie afin d’encourager les leurs! Incroyable!

L’équipe nationale d’Islande ne sera pas de la finale de cette Coupe du monde 2018, qui mettra aux prises la Croatie et la France, le dimanche 15 juin prochain. Mais peu importe! La KSI et le peuple islandais ont montré à la Terre entière que ce n’est pas la taille qui compte. Bien davantage, la volonté ferme d’atteindre l’objectif fixé, le refus du compromis ou de la demi-mesure dans l’allocation des ressources et l’appui inconditionnel des parties prenantes peuvent mener à de grands miracles! Que les entreprises et les organisations de petite et de moyenne taille prennent notent de la chose!

Et quant à ce fameux match ultime à venir, je n’ai qu’une chose à dire : ALLEZ LES BLEUS!!!!!!!!

 

 

 

 

[1] Sean Gregory, « How Iceland Became the World Cup’s Ultimate Underdog ». Time, 7 juin 2018.

[2] « […] l’UEFA approuve toute une série de licences (Pro, A, B, juniors Élite A, A gardiens et B de futsal). Ces licences sont délivrées par des associations membres dont les cours répondent aux critères et standards minimums fixés par l’UEFA. » (Source : https://fr.uefa.com/insideuefa/football-development/technical/coach-education/index.html)

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