Jouer pour gagner

Même s’il n’y a rien de plus sérieux que le monde des affaires, certains stratèges en entreprise ou en organisation seraient bien avisés de consacrer un peu plus de leur temps au jeu, paraît-il!

Être de son temps

Les modes existent, et le domaine de la gestion des entreprises n’y échappe pas! À ce titre, la ludification, que l’on peut définir « […] comme l’utilisation des mécanismes du jeu dans d’autres domaines »[1], est sans conteste l’une de ces tendances actuelles. Nombre d’entreprises et d’organisations tablent aujourd’hui sur cette innovation managériale afin de favoriser les apprentissages au sein de leur personnel. On s’en sert parfois, par exemple, lors du recrutement ou de l’intégration de nouveaux employés, un moyen qui semble avoir fait ses preuves à ce jour. Le jeu pourrait-il apporter les mêmes bénéfices pour tous ceux et celles dont le boulot consiste à réfléchir à la stratégie?

Pour Martin Reeves et Georg Wittenburg, aucune doute à y avoir! Les deux experts, dans un article[2] publié sur le site Internet de la Harvard Business Review, ne voient que des avantages à la chose, eux qui ont testé le rôle et les effets du jeu avec de nombreux dirigeants d’entreprise et d’organisation. D’autant que le jeu n’a jamais été aussi populaire au sein de nos sociétés actuelles. Qu’il suffise, pour s’en convaincre, de constater l’essor phénoménal que connaît le jeu électronique (e-sport, en anglais) partout sur la planète auprès des membres de la génération montante.[3] Ce n’était donc qu’une question de temps avant que l’on s’y mette sérieusement dans les organisations.

Des avantages

Quoi qu’il en soit, Martin Reeves et Georg Wittenburg estiment que le jeu a bien des choses à apporter aux stratèges. Qu’ont-ils constaté à cet effet? Voici ce que pensent nos deux savants en la matière :

  • Le jeu permet des apprentissages rapides. En cette ère où l’instantanéité est reine, la rétroaction rapide, voire même immédiate, donnée par le jeu, surtout s’il est de nature électronique et virtuelle, permet l’intégration et la consolidation rapides des expériences vécues, bonnes ou mauvaises. Mieux encore, le jeu permet surtout de tester certaines hypothèses, certaines propositions, sans les conséquences parfois catastrophiques qui peuvent être constatées a posteriori dans la « vraie vie »;
  • Le jeu permet la mobilisation de plusieurs sens, une chose que la lecture d’un bouquin ne permet évidemment pas. La lecture stratégique d’un contexte demande au gestionnaire d’être alerte à tous les stimuli de l’environnement, qu’ils soient de nature visuelle (rapports, études, analyses, etc.) ou auditive (conférences, réunions, discussions, bruits de corridor, etc.). Jouer en collaboration ou en concurrence contre une ou plusieurs autres personnes exige du gestionnaire-joueur de garder constamment ses antennes ouvertes afin d’anticiper, d’agir ou de réagir aux situations qui se présentent à lui.
  • Le jeu permet d’analyser les relations de cause à effet inhérentes aux décisions prises. À l’issue de la victoire ou de la défaite, il devient aisé pour le joueur d’effectuer son parcours à rebours grâce à l’historique de ses actions, question de se remémorer les moments clés, et surtout les hypothèses sur lesquelles le joueur s’est basé pour progresser. Le même exercice réflexif peut aussi être mené pour les décisions de ses adversaires;
  • Le jeu est possible avec un investissement financier minimal, pour un déploiement maximal. Qu’il soit question d’un jeu de société classique ou d’une simulation jouée sur ordinateur ou sur le web, les coûts, on le devine, s’élèvent à une fraction du coût d’une formation quelconque. La simulation virtuelle peut être employée par des dizaines, voire même des centaines, de joueurs, et permet de sortir des quatre murs de l’organisation afin d’inclure des participants de l’extérieur. Par ailleurs, la paramétrisation d’une simulation peut faire revivre le jeu selon des modalités différentes.

Quel jeu jouer?

Excellente question, à laquelle je ne saurais répondre de manière sûre et certaine, en toute méconnaissance de cause! Un seul conseil : trouvez un jeu dont le contexte vous sourira! Vous aimez l’aviation civile et les transports? Pourquoi ne pas essayer Transport Fever, du studio helvète Urban Games! Vous souhaitez conjuguer votre passion pour le football et la stratégie? Football Manager 2018, du studio japonais Sega, est la simulation qu’il vous faut! Vous préférez demeurer dans le monde des affaires?  L’entreprise américaine Enlight vous propose Capitalism Lab, une simulation dont le titre parle de lui-même.

Peu importe le choix du jeu que vous ferez, l’idée est ici de développer des compétences essentielles à tout acteur stratégique, à savoir l’ouverture sur l’environnement, la capacité d’analyse et de réflexion, la propension à la collaboration, et bien d’autres! Gestionnaires et stratèges, placez dès aujourd’hui le jeu à votre agenda!

 

 

 

 

[1] Définition tirée de l’entrée « Ludification », sur Wikipédia.
[2] Martin Reeves et Georg Wittenburg, « Games Can Make You a Better Strategist ». Harvard Business Review, 7 septembre 2015.
[3] Relire à ce sujet notre article « Le jeu, c’est sérieux! », paru en novembre dernier.

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