Plus haut, plus loin… et plus nombreux!

Chose rare et exceptionnelle pour le commun des mortels il y a quelques décennies, prendre l’avion est aujourd’hui devenu un fait commun, presque banal, pour une bonne partie de la population. De fait, le trafic aérien mondial est en hausse constante depuis plus de quatre décennies, et ce sont les compagnies aériennes qui s’en frottent les mains. Mais pour les infrastructures aéroportuaires, la pression est évidente et manifeste!

Heureux qui comme Ulysse…

Ils sont en effet de plus en plus nombreux, celles et ceux qui ont fait un beau voyage, pour compléter la strophe du sonnet du poète français Joachim du Bellay. Les statistiques sont formelles à cet égard : tout près de quatre milliards de Terriens ont voyagé par les airs l’an dernier. Et si la hausse du nombre de passagers était déjà relativement bonne entre 1975 et 2010, avec un taux de croissance annuel moyen de 5,29 %, les choses vont en s’accélérant depuis! Entre 2010 et l’an dernier, ce même taux de croissance annuel moyen a grimpé à 6,10 %. En apparence, cela semble peu, mais en absolu, le nombre de passagers à l’échelle mondiale s’est accru d’un facteur de 1,5 au cours de l’actuelle décennie. On peine à imaginer le casse-tête quotidien des propriétaires et des gestionnaires d’installations aéroportuaires!

Et si ce n’était que de ça! Nombre d’aéroports, à la lumière de ce qui vient d’être présenté, ont eu à revoir, ou sont à le faire actuellement, leurs installations afin d’en accroître la capacité, la fluidité et la convivialité. Prenez l’aéroport de Heathrow, en banlieue de Londres, le premier aéroport européen en termes de fréquentation, avec 78 millions de passagers. Comme le rapportait Barry Neild le mois dernier dans son article[1] paru sur le site Internet de CNN, le gouvernement britannique vient d’autoriser les quelque 17 milliards USD nécessaires à l’ajout d’une troisième piste au célèbre aérodrome, non sans de vives protestations de la part des populations habitant à proximité. Les lois du marché sont parfois implacables…

En hausse, mais…

Hausse des passagers, agrandissement des infrastructures actuelles : tout cela semble, en théorie, de bon augure pour les grands aéroports. Certes, signale le Conseil international des aéroports, dont le siège social se situe à Montréal, les revenus des quelque 2 000 aéroports représentés au sein de cet organisme s’élevaient à un peu plus de 161 milliards USD en 2017, un accroissement de 7,4 % par rapport à 2016.      Mais c’est sans compter, rapporte l’hebdo britannique The Economist dans son article[2] publié l’an dernier à ce sujet, les immenses défis qui se pointent aux portes tournantes des aéroports. Et ils sont de taille!

La ventilation des revenus des aéroports est au cœur du problème. À l’heure actuelle, la part des revenus en lien avec les activités aéronautiques (droits et taxes perçus auprès des compagnies aériennes et des passagers) s’élève à 56 % des revenus totaux des aéroports. Les revenus connexes (concessions, stationnement, location d’espaces, publicité), quant à eux, constituent 40 % des entrées d’argent pour les aéroports. Et c’est avec ce dernier type de revenus que le bât blesse, s’il faut en croire l’article de The Economist. En raison de la privatisation d’un nombre important d’aéroports depuis les trente dernières années, la présence accrue de boutiques hors taxes et de commerces divers, un fait que le voyageur récurrent aura constaté sans peine, est vite devenue un impératif. Toutefois, la multiplication de ces hauts lieux du shopping duty free d’un aéroport à l’autre et le pouvoir d’achat moyen à la baisse des passagers, puisque les cieux sont accessibles aujourd’hui à toutes les bourses, font en sorte de remplir les coffres des aéroports moins rapidement. Autre sujet d’inquiétude, la voiture! L’accent placé aujourd’hui sur les transports verts fait en sorte de restreindre les revenus tirés du stationnement et les loyers exigés aux locateurs de voitures, car les passagers optent de plus en plus pour le transport en commun, le taxi ou le covoiturage avec Uber ou Lyft afin de se rendre à leur point de départ.

Se couper les ailes

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les aéroports sont quelque peu coincés entre l’arbre et l’écorce, et l’équilibre entre les considérations écologiques et la rentabilité est difficile à trouver! D’un côté, les améliorations et les agrandissements aux infrastructures actuelles ne feront qu’accroître les niveaux de pollution atmosphérique, le secteur de l’aviation civile étant l’un des plus importants émetteurs de gaz à effet de serre. À ce titre, les gouvernements exigent des aéroports de réduire, autant que faire se peut, ces niveaux. Comme ces derniers ne peuvent restreindre le trafic aérien, les aéroports sont forcés de demander aux passagers d’utiliser des moyens alternatifs pour se rendre à l’aéroport, réduisant d’autant leurs revenus de stationnement… Trouvez l’erreur!

L’économie mondiale dépend, en bonne partie, de l’écoulement harmonieux des flux de personnes et de marchandises, ce à quoi l’aviation civile contribue, pour notre plus grande prospérité. À ce titre, l’amélioration et l’agrandissement des aéroports actuels sont un enjeu majeur, et l’inaction a un prix. The Economist estime que pour le seul cas américain, la congestion et les délais dans les aérogares ont entraîné des coûts de 22 milliards USD en 2012. Ces mêmes coûts passeront à 34 milliards USD d’ici la fin de l’actuelle décennie, et s’élèveront à 63 milliards USD si rien n’est fait d’ici là. Reste à voir si les gestionnaires d’installations aéroportuaires réussiront la quadrature du cercle, car le temps presse!

 

 

[1] Barry Neild, « Heathrow gets go-ahead to become world’s biggest airport ». CNN, 26 juin 2018.
[2] « Airport profits: ready to depart ». The Economist, 12 août 2017.

Leave a Reply

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: