ABBA : « Money, Money, Money »

Il a été au pinacle de la musique populaire planétaire au cours de la folle décennie 1970. Le ridicule des accoutrements des membres du groupe n’avait d’égal que le talent brut de ces derniers et, surtout, leur capacité à produire des hits à répétition. Le quatuor pop suédois ABBA s’est inscrit dans l’univers musical de centaines de millions de jeunes et de moins jeunes, et plus de 35 ans après la dissolution du groupe, le succès, notamment financier, est toujours au rendez-vous!

Plaisir coupable…

Nous avons tous un plaisir coupable, un truc qui nous rend heureux mais que l’on n’ose avouer à quiconque! Pour ma part, ABBA est l’un de ces plaisirs coupables (il y a d’autres, mais je garde le secret!). Pour certains, la formation suédoise incarnait le comble du kitsch, mais pour d’autres, ABBA représentait l’ultime one-size-fits-all, avec une musique et un look qui transcendait à la fois les différences culturelles et les classes sociales. À ce titre, ABBA est bien plus qu’un groupe : c’est aujourd’hui une institution qui, avec 500 millions d’albums vendus à ce jour, fait toujours l’objet d’un culte, tout en continuant à piquer aussi la curiosité de certains scientifiques qui ont étudié le phénomène[1].

Si la courte carrière du quartette (1972-1982) fut sans conteste profitable aux membres, et ce à tous les points de vue, c’est surtout l’après-ABBA qui s’est avéré le plus payant pour Agnetha Fältskog, Anni-Frid Lyngstad, Benny Andersson et Björn Ulvaeus. Comme le mentionne Joe Berkowitz dans son récent article[2] publié sur le groupe dans Fast Company, les troubadours suédois ont réussi, depuis leur séparation, à maintenir la flamme et à engranger des sommes faramineuses, sans même écrire une seule chanson et sans même apparaître une fois sur une scène! Il y a sans doute là de bonnes leçons stratégiques à retenir!

Demeurer fidèle à soi-même

Comment y sont-ils parvenus? D’abord, la psychologie des membres d’ABBA aide à comprendre les raisons de leurs accomplissements passés, actuels et mêmes futurs. Tous quatre sont issus de milieux modestes et ont vécu, indique Andrew Harrison dans son article[3] publié sur le site Internet de la BBC, des moments difficiles dans leur jeunesse et leur vie de jeune adulte. Après avoir largement sécurisé leur avenir financier durant leurs années actives, les membres du groupe n’étaient pas prêts à se lancer dans quelque folle aventure au nom du profit : « Nous avons été très, très méticuleux sur ce que nous faisons. Nous n’avons jamais permis que notre musique soit utilisée pour une publicité, par exemple. […] Nous disons non à environ 90 % des offres qui nous sont faites », explique Björn Ulvaeus, dans l’article de Joe Berkowitz. Imaginez! Le magazine Business Insider rapporte même qu’en 2000, le groupe a reçu l’offre de revenir sur scène pour une série de cent spectacles[4]. Le montant du cachet pour ce retour espéré? Un milliard de dollars! « C’est une sacrée masse d’argent, mais nous avons décidé que ce n’était pas pour nous! », dira simplement Benny Andersson. J’admire le détachement! 😊

Garder le contrôle du produit musical

Découlant de ce qui précède, ABBA a fait le choix sensé de préserver jalousement ce qu’il a de plus précieux, à savoir les chansons. C’est là une constante à laquelle les membres du groupe n’ont jamais dérogé d’un iota. À ce titre, les dollars accumulés depuis l’éclatement du groupe, et ils se comptent en dizaines de millions, l’ont été en exploitant la même formule que celle qui avait fait leur gloire dans les années 1970, et tout cela sans composer une note de plus! « […] Nous aimerions que les gens se souviennent de nous comme nous étions à l’époque : jeunes, exubérants, pleins d’énergie et d’ambition », avouait Björn Ulvaeus dans une entrevue accordée en 2008. Pas question, donc, d’étirer la sauce sur scène comme certains autres groupes (les Rolling Stones, par exemple). ABBA s’est associé à des projets bien choisis, à l’intérieur desquels la musique parlerait d’elle-même. La comédie musicale Mamma Mia!, dont le scénario très léger est davantage un prétexte aux chansons du groupe, a connu un succès planétaire. Lancée en avril 1999, Mamma Mia! a été vue par plus de 60 millions de personnes dans 440 villes, et a généré des revenus de plus de deux milliards USD. Rebelotte avec la transposition de la comédie musicale au grand écran en 2008, avec des recettes au box-office qui s’élèvent à plus de 600 millions USD. Et combien pensez-vous que la suite du film, Mamma Mia! Here We Go Again, qui vient tout juste de paraître, rapportera? Réfléchissez à cela en regardant la bande-annonce, ci-dessous!

Ajoutons à cela deux restaurants thématiques à Londres et à Stockholm, Mamma Mia! The Party et un musée, situé dans la capitale suédoise, et vous comprendrez pourquoi les membres du groupe n’ont pas à s’inquiéter de leurs factures de fin de mois!

Plus de trois décennies après leur divorce, les membres d’ABBA ont compris que c’est en s’effaçant au profit de leur musique et en s’assurant de faire tourner celle-ci sur des médias judicieusement sélectionnés que l’intérêt pour le produit, artistique dans ce cas-ci, peut être maintenu et même accru! À méditer, en fredonnant Dancing Queen!

 

 

 

 

[1] Lire Broman, P. F. (2005). “When All is Said and Done”: Swedish ABBA Reception during the 1970s and the Ideology of Pop. Journal of Popular Music Studies, 17(1), 45-66, ou encore Burnett, R. (1992). Dressed for success: Sweden from Abba to Roxette. Popular Music, 11(2), 141-150.
[2] Joe Berkowitz, « Mamma Mia! ABBA’s Bjorn Ulvaeus reveals how the band keeps growing its empire ». Fast Company, 20 juillet 2018.
[3] Andrew Harrison, « Why are ABBA so popular? ». BBC, 21 octobre 2014.
[4] Lire l’article de Frank Pallotta, « Why ABBA Turned Down $1 Billion To Reunite In 2000 ». Business Insider, 9 juillet 2014.

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