Le BRICS est mort! Vive les Next Eleven!

Au regard de la performance quelque peu poussive des économies occidentales, les nations émergentes font écarquiller bien des paires d’yeux, par les perspectives économiques qu’elles offrent aux investisseurs de tout acabit. Les nations du BRICS avaient la cote au début du présent millénaire : elles cèderaient aujourd’hui le pas à un autre groupement de pays à surveiller, les Next Eleven. Qu’en est-il réellement?

Le BRICS à bout de souffle?

Elles étaient le point de mire il y a une décennie à peine. Les nations du BRICS, avec pour membres le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud (South Africa, en anglais), portaient en effet les espoirs économiques et politiques de près de 32 % de la population mondiale, elles qui contribuent aujourd’hui à près de 42 % des biens et des services produits sur la Terre. Après une décennie ascendante, notamment au chapitre de la croissance de leurs économies respectives, les nations du BRICS ont subi, à l’instar de nombre de pays, le ressac de la crise financière de 2007-2008, dont elles se sont difficilement remises depuis. Un coup d’œil au graphique ci-bas vous confirmera le fait.

Malgré une sortie de crise honorable, force est de constater que le BRICS n’a jamais repris l’élan d’avant 2007, la Chine et l’Inde faisant office de locomotives pour les quatre autre pays dont la croissance du PIB vivote entre 1 et 2 %. La situation n’étonne certes pas Ruchir Sharma, de la banque Morgan Stanley, qui, dans une entrevue[1] accordée au magazine Forbes, avouait n’avoir jamais cru dans cet ensemble d’économies à ses yeux bien artificiel. « Il s’agit d’un regroupement hétérogène de différents pays qui se dirigent dans des directions différentes. […] Nous devons encore porter plus d’attention aux histoires individuelles et ne pas parler des marchés émergents comme un tout homogène », affirme l’expert. Signe des temps, même la banque Goldman Sachs, dont l’économiste en chef d’alors, Jim O’Neill, avait été le premier à employer et à publiciser le terme « BRICS », a décidé il y a trois ans de fermer son fonds consacré aux pays du BRICS, faute d’un rendement suffisant. Il y a des signes qui ne trompent pas…

Entrée en scène des Next Eleven

Et puisque le BRICS, c’est aussi un puissant concept de marketing, il fallait bien lui trouver un remplaçant digne de ce nom! Voici donc les Next Eleven, cet assemblage encore ici hétéroclite de onze économies qui regroupe, en ordre alphabétique, le Bangladesh, la Corée du Sud, l’Égypte, l’Indonésie, l’Iran, le Mexique, le Nigéria, la Turquie, le Pakistan, les Philippines et le Viêtnam. Les Next Eleven n’en imposent sans doute pas autant que le BRICS, regroupant seulement près de 20 % de la population mondiale et 13,4 % du PIB de la planète, mais les perspectives présentées par ce bloc économique sont fort intéressantes. Dans une récente lettre ouverte[2], le même Jim O’Neill signale que le PIB combiné des Next Eleven a crû en moyenne de 4,0 % lors de la décennie 2000-2010, et se maintient autour de 4,5 % depuis. Les ingrédients à la base de cette bonne performance économique : une population respective d’importance (en moyenne 130 millions d’habitants pour chaque pays) et en croissance constante, témoignant de l’émergence d’un solide marché national, et la présence d’infrastructures industrielles tout aussi solides.

Mais avant de placer vos deniers dans les fonds d’investissement consacrés aux Next Eleven, certaines facteurs sont à considérer. Nous le signalions plus haut, les Next Eleven forment un ensemble fort disparate. D’abord en termes de taille de la population, puisque l’Indonésie abrite une population de 261 millions d’habitants, contre 51 millions pour la Corée du Sud. Le niveau de développement économique est également loin d’être uniforme d’un pays à l’autre. À ce chapitre, la Corée du Sud est dans une classe à part, tandis que des pays tels la Turquie, l’Iran, le Mexique et le Nigéria peuvent véritablement prétendre au titre de pays émergent. Quant aux autres pays, et nonobstant le potentiel qu’ils présentent, ils demeurent en voie de développement. Par ailleurs, la performance économique du bloc des Next Eleven pourrait être amoindrie par la dépendance de certains de leurs membres au pétrole : l’Iran est le cinquième producteur mondial d’or noir, le Mexique (12e producteur mondial), l’Indonésie (22e rang) et le Viêtnam (32e rang) dépendent également des cours du pétrole. En dernier lieu, l’instabilité politique est toujours à considérer pour ces pays, le Mexique et la Corée du Sud offrant sans conteste les meilleures garanties de stabilité de l’ensemble du groupe.

BRICS… Next Eleven… Peu importe, du moment que l’ensemble de ces nations émergentes, et toutes celles qui les suivent sur la voie ardue du développement, puissent cheminer vers la prospérité et la démocratie, pour le plus grand bonheur de leurs populations… et des nôtres!

 

 

 

 

[1] Chris Wright, « The Death Of Brics ». Forbes, 25 novembre 2015.

[2] Jim O’Neill, « How the “Next 11” Countries Could Power the World Economy ». Barron’s, 28 avril 2018.

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