Le livre, mort et enterré? Pas si vite!

Avec l’arrivée des livres numériques, on le croyait tout juste bon pour les oubliettes de l’Histoire! Mais le livre connait, s’il faut en croire les données les plus récentes à ce sujet, un regain de popularité! Sans doute pour la plus grande joie de celles et de ceux pour qui la sensation du papier sur les doigts a encore quelque chose de magique!

De bonnes nouvelles

Les dernières statistiques publiées par l’Association of American Publishers (AAP) le confirment : le livre imprimé se porte plutôt bien. Les ventes américaines de livres, tous formats confondus, ont enregistré en 2017 une hausse de 1,3 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre 7,56 milliards USD. En se référant au tableau ci-bas, et si l’on considère seulement les trois catégories de bouquins que sont le livre relié (hardback book, en anglais), le livre broché (paperback book) et le livre cartonné (board book), le livre physique occupe toujours la première marche du podium, avec plus de trois quarts des ventes l’an dernier au sein du marché américain.

Parallèlement à cette bonne performance du livre tangible, le livre numérique, ou e-book, en arrache! Bien que la part de marché de ce médium approche les 15 %, les ventes de livres numériques sont en baisse, et ce pour une troisième année consécutive, toujours selon l’AAP. Quant au livre audio, les ventes de ce produit explosent (+29,6 % par rapport à 2016), mais ces mêmes ventes demeurent marginales (4,54 %) dans l’ensemble de ce marché, ces dernières s’étant élevées à 343 millions USD l’an dernier.

Autre phénomène qui vient également confirmer la bonne santé du livre physique : les librairies indépendantes, qui semblaient vouées à la disparition avec la montée en force du commerce en ligne, dont Amazon est évidemment la figure de proue, respirent encore! Dans un billet[1] publié sur le site de l’université Harvard, le professeur Ryan Raffaelli nous apprend qu’entre 1995 et 2000, au moment où l’Internet s’imposait progressivement dans notre quotidien, le nombre de libraires indépendants a chuté de 43 %. Une décennie plus tard, ces mêmes établissements indépendants connaissent un second souffle, leur nombre étant passé, entre 2009 et 2015, de 1 650 à 2 200 aux États-Unis, soit une hausse de 35 %! À quoi peut-on attribuer cette renaissance?

Un attachement qui ne se dément pas!

Que tous ceux qui avaient déjà rédigé la notice nécrologique du livre se ravisent! Le livre n’est pas mort, et les causes de sa relative bonne santé se résument à quelques éléments qui tiennent autant de l’émotif que du rationnel.

Comme le mentionne Bob Woods dans son papier[2] publié sur le site Internet de la revue strategy + business, les lecteurs ont encore un profond attachement au livre, à la sensation du papier et à son odeur. Notons également que le fait d’être entourés d’écrans dans nos vies personnelles et professionnelles crée une certaine saturation visuelle : le livre apparaît dès lors comme un soulagement pour nos rétines, qui n’en demandent pas mieux! Et si le livre performe relativement bien auprès des baby-boomers, chose que l’on peut comprendre aisément du fait de l’âge, les milléniaux tendent aussi à adopter le support tangible dans leurs achats de bouquins, eux qui dévorent des séries avec lesquelles ils ont grandi, comme Harry Potter ou Hunger Games.

Par ailleurs, si l’on cherche à expliquer la hausse constatée du nombre de librairies indépendantes, à l’heure où les grandes chaînes de libraires comme Barnes & Noble, la plus grande aux États-Unis, connaissent des difficultés, il faut regarder du côté du positionnement particulier adopté par ces établissements face au rouleau compresseur du commerce en ligne. À cet égard, Ryan Raffaelli, dans l’article cité auparavant, mentionne que ces librairies ont su, en réaction à l’anonymat du commerce en ligne, se distinguer en développant davantage l’ancrage dans leur communauté. Elles ont également placé leurs jetons sur une expérience client accrue, où l’on est en mesure d’aiguiller le lecteur vers des choix moins connus, plutôt que vers les best-sellers. En dernier lieu, les indépendants ont également redonné une seconde vocation à leur commerce, passant d’un modèle de simple librairie à celui de centre culturel. Ces libraires offrent souvent une foule d’activités culturelles connexes (séances de dédicaces avec les auteurs, conférences, lectures publiques, etc.), au plus grand bonheur des bibliophiles qui les fréquentent. Bref, c’est en travaillant davantage dans une optique de niche, plutôt que de masse, que les librairies indépendantes sont encore en mesure de tirer leur épingle du jeu.

Pour ce qu’il représente socialement, culturellement et historiquement pour l’Humanité entière, je crie et j’écris : « Longue vie au livre! » 😉

 

 

 

 

 

[1] Ryan Raffaelli, « How Independent Bookstores Have Thrived in Spite of Amazon.com ». 20 novembre 2017.
[2] Bob Woods, « Gutenberg’s Revenge ». strategy + business, 9 août 2018.

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