WW : le passage obligé, du poids au mieux-être

En cette époque où il est difficile de suivre le rythme des publications scientifiques ayant trait à l’alimentation, le consommateur en vient presque à perdre son latin. Alimentation cétogène, régime Atkins, régime paléolithique, diète low carb high fat (LCHF) : pas une semaine sans qu’on ne vante les mérites d’une méthodologie, et qu’on dénonce cette dernière la semaine suivante! Pour sa part, l’entreprise américaine WW, anciennement connue sous le vocable de Weight Watchers, a peut-être trouvé la manière de voler au-dessus des turbulences alimentaires!

Un changement salutaire

Changement de nom, pour l’entreprise fondée il y a plus d’un demi-siècle, mais surtout changement de vocation également, question de coller davantage aux intérêts et aux préoccupations du segment démographique le plus important chez l’Oncle Sam, à savoir les milléniaux. Ces derniers, s’il faut en croire les propos de l’article[1] publié cette semaine par le magazine britannique The Economist sur son site Internet, ont troqué l’incessante lutte contre les calories pour un concept plus englobant et, surtout, plus positif, le mieux-être. À cet égard, laissons à WW le soin d’expliquer sa nouvelle orientation, telle que décrite sur son site web : « Le nom WW reflète le fait que nous devenons le partenaire du monde quant au mieux-être. Nous demeurerons toujours le leader mondial dans le domaine de la perte de poids, mais maintenant WW accueille toute personne souhaitant développer des habitudes saines – que cela signifie manger mieux, bouger plus, développer un état d’esprit positif, se concentrer sur le poids…ou tout ce qui précède! »

Les éléments qui ont fait la renommée de l’entreprise y sont toujours, mais revampés : un système de points est toujours en place afin de quantifier la valeur nutritive des aliments, et les rencontres (il y en a plus de 30 000 par semaine!) ont toujours lieu. Mais l’accent sur la traditionnelle pesée est, sans mauvais jeu de mot, beaucoup moins lourd qu’autrefois.

Un dynamisme tout féminin

Mais il serait naïf d’associer la justification du changement plus haut décrit qu’aux seuls milléniaux. De fait, rapporte The Economist dans son article, WW avait un pied dans la tombe en 2014-2015, alors que l’entreprise était en sérieuses difficultés, ayant ignoré la vague technologique qui déferlait dans le domaine de l’alimentation, notamment par l’entremise des applications compte-calories et des moniteurs d’activité physique comme ceux proposés par Fitbit. Il aura fallu l’arrivée de deux femmes afin de renverser la vapeur et de donner une impulsion verticale à la valeur de l’action de l’entreprise. La première, l’animatrice et productrice de télé Oprah Winfrey, a donné à l’entreprise une bonne dose de crédibilité et de publicité lorsqu’elle a mis la main, en octobre 2015, sur 10 % des actions de WW.
La seconde, Mindy Grossman, tête dirigeante de WW depuis juin 2017, a complètement revu les priorités stratégiques du navire dont elle a aujourd’hui la charge. En voici les grandes lignes :

  • WW, ce n’est plus Weight Watchers, mais Wellness that works (le mieux-être qui fonctionne). L’idée est ici d’aller au-delà du pèse-personne et de promouvoir le bien-être général de l’individu. À cette fin, WW vient d’annoncer récemment un partenariat avec l’entreprise Headspace, qui propose des applications dédiées à la méditation et à la pleine conscience. Voilà une vision qui continuera de plaire aux femmes, largement majoritaires au sein de la clientèle de WW, mais qui recèle un certain potentiel afin d’accrocher au passage les hommes;
  • Le système de points, joliment appelé PointsFutés, s’applique toujours aux aliments, mais inclut désormais l’exercice;
  • Des partenariats technologiques sont aussi à prévoir dans les mois à venir, afin de permettre à WW de rattraper son retard à cet égard.

Embouteillages en vue?

Aussi méritoires que soient ses efforts afin de replacer WW sur la voie du succès financier, l’entreprise pourrait bien être emportée, à moyen ou à long terme, par la vague du mieux-être, sur laquelle elle tente de surfer à l’heure actuelle. Comme le signale le Global Wellness Institute, les dépenses mondiales des consommateurs en produits et en services reliés au mieux-être se sont élevées en 2017 au montant astronomique de 4,7 trillions USD! Flairant le pactole et constatant une croissance marquée du domaine d’affaires d’environ 6 % chaque année, les géants technologiques, Apple et Amazon, pour ne pas les nommer, seraient également à mettre sur pied leurs plateformes consacrées au mieux-être… Voilà qui n’augure rien de bon pour WW. Les années de vache maigre poindraient-elles à l’horizon? Histoire à suivre!

 

 

 

 

[1] « Weight Watchers rebrands itself for an anti-diet era ». The Economist, 20 octobre 2018.

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