Quelles sont les qualités d’un bon stratège?

J’avais envie d’autre chose aujourd’hui! Nulle question, dans ce présent billet, de la stratégie d’une entreprise donnée ou de l’évolution du macroenvironnement! Je voulais tout simplement soumettre à votre examen, chères lectrices et chers lecteurs d’Échec et Strat, une question toute simple : quelles sont les qualités essentielles au stratège en entreprise? J’ai ma petite idée là-dessus, et peut-être avez-vous aussi la vôtre!

La question à un million de dollars!

C’est une question à laquelle je suis invariablement amené à répondre, que ce soit dans le cadre de mes cours à HEC Montréal ou des formations que je donne, toujours pour cette institution. Et la réponse à cette interrogation ne vient pas facilement, tant les éléments qui contribuent à l’exercice efficace du métier de stratège en entreprise sont nombreux. Mais qu’à cela ne tienne, j’ai tenté le coup et couché sur papier cinq caractéristiques qui m’apparaissent essentielles à la présence d’une véritable pensée stratégique. À vous de confirmer ou d’infirmer mes intuitions!

Trouver l’information, et la bonne!

Les dernières estimations évaluent la quantité annuelle d’informations transitant sur le web à environ deux zettaoctets (1021 octets), soit l’équivalent de 76 000 années d’écoute vidéo en haute définition! Dans ce magma d’informations, comment faire en sorte d’extirper de l’Internet la substantifique moelle dont votre organisation aura besoin afin de préparer et de mettre en œuvre les stratégies de demain? À cet égard, la connaissance et l’utilisation de sources d’information fiables et de solides bases de données sont un facteur clé incontournable du métier de stratège. Et celles-ci, justement grâce à l’Internet, sont de nos jours facilement accessible, mais demandent en retour de porter une attention toute particulière à la qualité de ces sources. Les fake news ne sont jamais bien loin aujourd’hui!

La culture générale

Une bonne dose de culture générale ne nuira certainement pas à l’acquisition d’une solide pensée stratégique. Certes, une base technique relative aux activités de votre entreprise ou de votre organisation ne nuira pas. Mais de plus en plus d’organisations recherchent des profils plus versés dans l’étude des sciences humaines, révèle Yoni Appelbaum dans son article[1] publié sur le site du magazine The Atlantic. La montée de la droite en Occident, la puissance chinoise qui se déploie sur le globe, les nouvelles générations, les changements démographiques et tutti quanti : impossible de comprendre ce qui se passe sur la planète sans une bonne connaissance de l’histoire, de la géographie, de la sociologie, de la politique et de toutes ces sciences dites « molles », mais qui contribuent à établir les solides fondations d’une stratégie bien réfléchie.

Le doute raisonnable

Le philosophe grec Aristote affirmait que « le doute est le commencement de la sagesse », et les stratèges en entreprise seraient bien avisés de suivre son sage conseil! La stratégie d’entreprise n’est pas, et ne sera jamais, une science exacte! Voilà qui excusera bon nombre de personnes qui espèrent et visent la perfection en ce domaine. Comme j’ai coutume de dire en classe, la stratégie est faite par des humains, destinée à des humains et mise de l’avant par des humains. À ce titre, elle sera aussi imparfaite que l’être humain peut l’être. Donc, méfiance! Méfiance à l’égard des consommateurs et des marchés, car un imprévu est si vite arrivé! (Personne n’a pu prévoir la crise financière de 2007-2008, sauf peut-être quelques initiés, dont l’histoire est relatée dans le film The Big Short : Le casse du siècle). Méfiance aussi à l’égard de soi-même et des conclusions auxquelles notre cerveau parfois biaisé peut parvenir (relire à ce sujet notre article « Lâcher prise »).

La capacité d’analyse et de synthèse

La compréhension des divers phénomènes qui ont émergé, émergent ou émergeront dans l’environnement est évidemment un atout inestimable dans la construction d’une stratégie que l’on espère gagnante. À ce titre, il n’existe pas des milliers de solutions afin de parvenir à cette compréhension tant souhaitée : la réflexion! Savoir déconstruire la réalité, puis la reconstruire par la suite; trouver des liens de cause à effet pour expliquer les résultats ou les tendances; se référer à des situations antérieurement vécues dans l’histoire de l’organisation, ou même dans celle de l’Humanité : voilà à coup sûr des compétences à cultiver et sur lesquelles les stratèges d’entreprise sauront s’appuyer lors de l’élaboration de stratégies bien fondées.

Le temps long

Corollaire à la précédente proposition, une stratégie d’entreprise digne de ce nom ne saurait se construire dans la hâte et l’empressement. Bien au contraire, puisque la stratégie d’entreprise est, en somme, un tout bien ficelé qui comprend un nombre impressionnant de variables, d’hypothèses et de constats, il s’avère essentiel de prendre tout le temps nécessaire afin de faire en sorte que l’édifice stratégique ainsi érigé ne se lézardera pas quand viendront les premières secousses, les premiers doutes (et ça viendra, c’est sûr!). Alors, comme le suggérait l’homme de lettre français Nicolas Boileau dans L’Art poétique, « vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage »!

Et vous? Lequel de ces cinq éléments vous semble essentiel à l’acquisition d’une pensée stratégique? Peut-être avez-vous en tête un élément qui n’apparaît pas dans cet essai? N’hésitez pas à nous le laisser savoir, dans la boîte prévue à cette fin, à la toute fin de l’article!

 

 

 

 

 

[1] Yoni Appelbaum, « Why America’s Business Majors Are in Desperate Need of a Liberal-Arts Education ». The Atlantic, 28 juin 2016.

4 thoughts on “Quelles sont les qualités d’un bon stratège?

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    1. Oui, car la stratégie d’entreprise, c’est aussi d’allouer des ressources et faire des choix. En ce sens, il faudra toujours négocier à l’interne! Merci de votre commentaire! :0)

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