Qui a peur des magasins populaires?

Souvent snobées par une certaine frange de la population, parfois regardées avec une pointe d’amusement et de dédain par les investisseurs, les chaînes de magasins populaires font des affaires d’or et se portent plutôt bien!

Leurs raisons sociales font presque toujours référence, de ce côté-ci de l’Atlantique à tout le moins, aux dollars qu’il est possible d’économiser en faisant ses emplettes chez ces commerçants : Dollarama au Canada, Dollar Tree, Dollar General ou Family Dollar aux États-Unis, pour n’en nommer que quelques-unes. Leur modèle d’affaires, pour sa part, est d’une simplicité désarmante : une tonne de produits d’utilisation courante achetés souvent en Chine, vendus dans un environnement dépouillé avec un service minimal, voire inexistant. Pour ces entreprises qui adoptent une stratégie concurrentielle dite de coûts, l’accent est résolument placé sur la réduction maximale des coûts et des stocks qui tournent très rapidement. Le consommateur est avisé : il en aura pour son argent, mais à un niveau de qualité qui n’atteint pas ce qu’il retrouverait, par exemple, dans les grandes surfaces comme Walmart ou Carrefour, par exemple.

Récession ou pas, ces magasins populaires résistent et croissent, c’est indéniable. Car si l’image de la pauvreté leur colle souvent à la peau, il n’en demeure pas moins que ces enseignes, j’en suis profondément convaincu, ont une utilité sociale, permettant ainsi à une partie de la population moins fortunée de se procurer des produits parfois essentiels à moindre coût. Et on ne pourra guère accuser ces entreprises d’exploiter leurs clients, les marges unitaires dégagées étant petites.

Il n’y a pas de petit profit!

C’est le dicton populaire qui le veut! Même si le profit est minime sur chaque produit vendu, c’est par l’accumulation de ce dernier par la vente quotidienne de centaines de milliers d’articles que les chaînes de magasins populaires sont en mesure de présenter un bilan financier qui, force est de le reconnaître, ferait l’envie de bien des directeurs financiers! Les résultats de deux entreprises témoins, Dollarama et Dollar Tree, présentés dans les tableaux ci-contre, parlent d’eux-mêmes!

Dès lors, la question se pose : comment ces entreprises peuvent-elles envisager la poursuite de la croissance? Réduire davantage les coûts est probablement exclu, l’élastique étant étiré au maximum. Accroître la qualité des produits et exiger un peu plus au chapitre du prix? Une telle alternative remettrait fondamentalement en question le modèle d’affaires gagnant de ces commerces. L’entreprise québécoise Dollarama y est allée, pour sa part, de certaines initiatives intéressantes qui, à ce jour, semblent avoir reçu l’approbation de sa clientèle.

Dans un premier temps, les dirigeants de Dollarama ont décidé d’étendre la gamme de produits pour y inclure des articles vendus à deux, trois ou même quatre dollars, indique Marina Strauss dans son article publié dans le quotidien torontois The Globe and Mail[1]. Dans un second temps, l’entreprise a récemment lancé cette semaine son site de vente en ligne, un fait que rapportait le quotidien montréalais La Presse[2]. Ce site pourrait permettre aux entreprises et aux organisations de se procurer des articles en vrac chez Dollarama, accroissant ainsi le volume de vente de l’entreprise, elle qui ne s’adressait jusqu’à maintenant qu’aux particuliers. Le temps dira si ce double pari de Dollarama sera le bon!

Ralentissement en vue?

Un magasin Oomomo
(source : site Internet de l’entreprise)

Mais il s’en trouve pour douter de la bonne fortune de ce type d’entreprises, et notamment de celle de Dollarama. Des signes inquiétants pointent à l’horizon dans le cas de cette dernière, signalait Julien Arsenault en octobre dernier, toujours dans La Presse[3], alors que certains investisseurs s’inquiètent du nombre stagnant de nouveaux magasins, tout comme du niveau élevé de la dette de l’entreprise. Et voilà qu’un concurrent venu d’Asie, l’entreprise nipponne Oomomo, fait actuellement son entrée dans le marché canadien avec un concept similaire, à savoir des produits vendus à trois dollars et moins, mais dans un environnement certes plus léché que celui offert par le magasin populaire classique. Les Canadiens mordront-ils à la grosse pêche (c’est la signification du nom de l’entreprise en japonais!) venue du pays du Soleil levant?

Les magasins populaires sont là pour de bon, c’est acquis. Mais force est de constater que même pour ces gros du petit prix, la bataille est rude et sans merci!    


[1] Marina Strauss, « Dollarama raises top prices to $4, stresses quality over quantity ». The Globe and Mail, 30 mars 2016.

[2] Lire l’article de Marie-Ève Fournier, « Dollarama lance son site transactionnel ». La Presse, 12 décembre 2018.

[3] Julien Arsenault, « Dollarama visée par un vendeur à découvert ». La Presse, 31 octobre 2018.

Leave a Reply

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: