L’année 2019 sera difficile…

J’aurais aimé donner un titre plus optimiste à ce premier article en 2019. Mais le stratège et l’observateur attentif du monde des affaires doivent savoir garder la tête froide et dire les choses comme elles sont. L’année qui vient de s’achever nous a fourni sa part de beaux moments, et aussi de moments plus sombres. Quant à la présente année, elle sera, j’en ai bien peur, beaucoup plus difficile. Je vous présente donc, en ces quelques lignes et par l’entremise du modèle d’analyse PESTEL, ce que 2019 pourrait nous réserver.

La variable politique : l’incontournable situation à la Maison-Blanche

Si vous étiez saturés de nouvelles à la sauce trumpienne en 2018, l’année qui débute vous gavera davantage à ce chapitre. Au-delà de l’incroyable et irréelle situation qui prévaut à Washington, force est de reconnaître que la suite des choses pourrait bien causer un tsunami d’envergure planétaire. Le rapport de l’enquêteur spécial Robert Mueller sur les liens entre la campagne et l’administration Trump et la Russie sera fort probablement déposé au printemps. Dès ce dépôt, comme le veut l’adage anglais, all hell will break loose! Difficile de prédire les impacts qu’auront les accusations qui seront, presque à coup sûr, déposées contre le président orangé, tout comme ceux générés par les 16 autres enquêtes qui touchent de près ou de loin l’administration de ce dernier. Mais ils seront d’ampleur! Les États-Unis sont déjà en position de faiblesse, et les régimes autoritaires (Russie, Chine, Brésil, Hongrie, Turquie, Philippines, Arabie saoudite, Iran, etc.) s’engouffrent un peu plus chaque jour dans le vide laissé par les Américains sur l’échiquier mondial. Toute cela n’augure rien de bon. Comme on dit au Québec, attachez vos tuques avec de la broche!

La variable économique : la fin de la récréation?

L’année 2018 a certes été une année de vaches grasses. Cependant, il ne faudra pas s’attendre à une telle performance de l’économie mondiale en 2019 et, une fois de plus, la situation de l’Oncle Sam ne sera pas étrangère à la chose. De fait, les signaux d’alarme retentissent, annonçant la fin prochaine de la récré. Le conflit commercial entre les États-Unis et la Chine, les deux plus puissantes économies de la planète, bat son plein, et les deux protagonistes en ressentiront les contrecoups cette année. La croissance de ces deux économies, selon bien des experts, ralentira à coup sûr. Et tout cela, sans compter sur l’éventualité du Brexit, qui devrait se concrétiser, à moins d’un coup de théâtre parlementaire, dès cette année. Ne perdons pas de vue que le Royaume-Uni, neuvième économie au monde (2,93 T USD) et l’Union européenne, virtuellement deuxième économie au monde (20,85 T USD) sont des acteurs économiques d’importance. Somme toute, comme l’affirme le Fonds monétaire international (FMI) dans son rapport Perspectives de l’économie mondiale publié en octobre dernier, la croissance de l’économie mondiale sera toujours vigoureuse, à 3,7 % pour 2018-2019. Mais ces prévisions sont déjà en deçà de 0,2 % par rapport à celles annoncées en avril dernier. En ces temps troubles, tout va si vite…

La variable sociodémographique : la montée en force des milléniaux

Les membres de la génération Y, dont on situe généralement la naissance entre 1985 et 2000, sont cette année devenus le segment démographique le plus importants aux États-Unis, et le deviendra dans bon nombre de pays occidentaux, si ce n’est déjà fait. Cette génération, comme nous avons eu l’occasion de la souligner à maintes reprises dans certains de nos articles, est en voie de remodeler en profondeur le monde des affaires en imposant ses diktats aux entreprises qui sont bien forcées de revoir, à cet égard, leurs modèles d’affaires.

Mais « l’effet millenial » se fait également, et surtout, sentir au chapitre des valeurs. Plus ouverts quant à la diversité, résolument branchés sur l’univers virtuel, intolérants devant l’intolérance, profondément conscients et à la fois inquiets de la menace environnementale, les Y constituent, à mon humble avis, l’un des solides remparts de la civilisation, devant les assauts répétés de la barbarie que nous constatons tous les jours. Le mouvement #MeToo, la vague démocrate aux élections américaines de mi-mandat de novembre dernier, les manifestations pour sauver la planète : tout cela ne serait rien sans l’impulsion décisive des membres de cette génération. Les milléniaux, où qu’ils soient sur le globe, continueront de s’imposer, pour notre plus grand bien!

La variable technologique : la quatrième révolution industrielle se poursuit

On n’arrête pas le progrès, et 2019 ne se placera certainement pas sur son chemin! La quatrième révolution industrielle s’accélère, et ses nombreuses ramifications s’inscrivent peu à peu dans le quotidien de nos entreprises et de nos organisations. S’il est fort probable que nous ne verrons pas de drones de livraison ou de voitures sans chauffeur dans l’année qui vient, nous nous dirigeons résolument et rapidement vers un monde où nous baignerons dans un univers technologique que nous maîtrisons mal, et dans un énorme magma de données dont le contrôle nous échappe toujours. L’arrivée progressive de la 5G, prévue en 2020, sera sans conteste le coup d’accélérateur qui viendra amplifier les effets de la révolution technologique. D’ici là, nous en serons encore à jouer aux apprentis-sorciers, notamment à l’égard de la protection des données personnelles, qui constitue toujours un enjeu parallèle de taille. Parlez-en à Mark Zuckerberg et aux dirigeants de Facebook!

La variable écologique : l’urgence d’agir, la volonté de retour en arrière

Les constats sont troublants, et nous les ressentons chaque jour. Montée des températures moyennes, hausse du niveau des océans, sécheresses, feux de forêt, et j’en passe… À cet égard, la grande question demeure de savoir ce que nos dirigeants feront afin de réduire les causes des dérangements climatiques. Si, d’emblée, vous avez répondu « pas grand-chose! », vous avez probablement raison. Une fois de plus, cette réponse somme toute assez décourageante est à mettre sur le compte de la variable politique, alors que des énergumènes tels Donald Trump et le nouveau président brésilien Jair Bolsonaro, pour ne nommer que ces deux-là, travaillent activement à revenir un siècle en arrière en matière énergétique, l’un en favorisant une industrie charbonnière nationale en phase terminale et l’autre en voulant accélérer l’exploitation de la forêt amazonienne, le poumon de la Terre. Et si l’on ajoute à ces volontés anachroniques les difficultés économiques à prévoir dans les mois à venir, il est clair que les initiatives en matière de responsabilité sociale des entreprises, dont le sort est toujours remis en question en situation économique précaire, seront mises sur la glace en 2019… jusqu’à ce que celle-ci fonde et disparaisse!

La variable légale : la tentation totalitaire

Chaque révolution technologique amène son lot de profonds bouleversements pour l’Humanité, et la révolution numérique, au cœur de laquelle nous évoluons aujourd’hui, ne fait pas exception à la règle. En conséquence, chaque révolution amène également son lot de gagnants et de laissés-pour-compte. Rien de nouveau sous le soleil. Si j’ai une inquiétude à formuler du point de vue légal en 2019, c’est de voir l’État de droit et la démocratie bafoués par les régimes autoritaires déjà en place ou qui ont émergé au cours des mois et des quelques années passées, tablant justement sur le ressentiment de ces laissés-pour-compte et sur des slogans et des solutions faciles. À cet égard, The Economist trace un bilan inquiétant de la situation : plus de la moitié des pays considérés dans le Democracy Index 2017 dressé par la revue britannique ont vu leur score baisser par rapport à 2016. D’autre part, The Economist estime que seulement 5 % de la population mondiale vit dans un régime pleinement démocratique. Inquiétant, surtout lorsque l’on considère le bilan des régimes autoritaires et totalitaires par le passé, tant sur le plan humain que sur le plan économique. Généralement, ça ne se termine pas très bien…

Ne reste plus qu’à souhaiter que je me sois amèrement trompé pour 2019! Et vous, qu’entrevoyez-vous pour l’année à venir?

One thought on “L’année 2019 sera difficile…

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  1. Bon, ma lecture va droite au but dans le sens que; sur le plan technologique le train ne va pas s’ arreter même si nous restons dans des bavures politiques qui causaient souvent des répercutions sur l’économie mondiale et qui engenderaient une sorte de neocolonisation par les puissances de la place. Je souhaite que cette inquiétude dont plusieurs ont déjà soulignés et plus particulièrement vous ne restera pas inchangée.

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