L’industrie laitière : le bonheur est-il encore dans le pré?

En cette époque où les principes d’une saine alimentation s’imposent désormais dans le discours public, le lait et les produits laitiers sont souvent pointés du doigt. L’industrie laitière mondiale doit-elle s’inquiéter de cette tendance lourde?Comme le révélait Philippe Teisceira-Lessard dans le quotidien montréalais La Presse en début d’année[1], Santé Canada s’apprêterait à faire disparaître de la prochaine mouture du Guide alimentaire canadien l’un des quatre piliers traditionnels de la publication, à savoir la catégorie « Lait et substituts »[2]. Ladite catégorie serait fondue (sans mauvais jeu de mots!) dans une catégorie plus large, les aliments protéinés, avec pour tête d’affiche les légumineuses. Les produits laitiers cèdent donc l’avant-scène…

La chose, on le devine bien, n’aura pas manqué de provoquer une onde de choc dans le milieu agricole et aussi dans la population en général, compte tenu de l’importance et de l’attachement des Canadiens et des Canadiennes aux produits laitiers, un fait qui peut aussi s’étendre à bien des populations sur la planète. À la lumière de ces faits d’importance, l’un de nos plus fidèles lecteurs, M. Ray Daher, nous a fait la suggestion (oui, oui, vous pouvez le faire!) d’écrire un article sur l’état des lieux et les perspectives de croissance de l’industrie laitière. Excellente suggestion, et nous nous empressons de le satisfaire dans les lignes qui suivent.

Des goûts et des attentes qui changent

Les temps changent, les préoccupations des consommateurs également. Au sein des pays industrialisés, le gras et le sucre sont au banc des accusés, et ce sont le lait et les produits laitiers qui écopent indirectement. À cela, précise le cabinet Deloitte dans une publication[3] récente sur l’industrie laitière mondiale, il faut ajouter une série de facteurs conjoncturels qui sont dernièrement venus bouleverser la chaîne de valeur de l’industrie, du producteur laitier jusqu’au consommateur, en passant par le transformateur et le distributeur. Ainsi, avance Deloitte dans son analyse, la demande à la baisse au sein du marché chinois, les sanctions économiques imposées à la Russie après son intervention dans la péninsule de Crimée en 2014 et la levée récente des quotas de production dans l’Union européenne ont provoqué une surcapacité qui s’est traduite, on le devine, par une certaine volatilité des prix du lait. Rien pour rassurer les producteurs laitiers…

D’autre part, la pression des consommateurs occidentaux fait en sorte de modifier les principaux facteurs clés de succès de l’industrie laitière, une évolution qui force les producteurs, les transformateurs et les distributeurs à revoir leurs manières de faire. Si, jadis, le consommateur se souciait davantage du prix de son litre de lait, du goût du produit ou de son accessibilité en étalage, la valeur est aujourd’hui à trouver dans les bienfaits sur le plan nutritionnel, dans la sécurité du produit et dans l’empreinte environnementale réduite associée à la production et à la transformation du lait et de ses dérivés. Ces nouvelles préoccupations des amateurs de produits laitiers ont pour principale conséquence de forcer les acteurs de la chaîne de valeur de cette industrie à se renouveler, avec des coûts supplémentaires à prévoir pour ces derniers.

Malgré ces nécessaires adaptations, il n’en demeure pas moins que l’industrie laitière, considérée à l’échelle planétaire, continuera sa croissance. Depuis le début de la décennie 1960, la production annuelle mondiale de produits laitiers a certes doublé, passant de 314 millions de tonnes à plus de 650 millions de tonnes. Mais, si l’on se fie aux données de la Food and Agriculture Organization (FAO), la croissance annuelle moyenne au cours de ces quelque six décennies a été modeste, s’établissant à environ 1,30 %. Toutefois, dans son rapport, Deloitte estime que cette demande pourrait croître plus rapidement dans les années à venir, encouragée en cela par le mouvement mondial d’urbanisation et la croissance des économies émergentes. Bref, l’herbe est encore verte dans le pré!

 

 

 

 

[1] Philippe Teisceira-Lessard, « Les produits laitiers largement écartés du nouveau Guide alimentaire ». La Presse, 4 janvier 2019.

[2] Les trois autres catégories d’aliments identifiés dans le Guide sont les fruits et les légumes, les produits céréaliers et les viandes et leurs substituts.

[3] Deloitte, « Global Dairy Sector – Trends and opportunities ». Janvier 2017.

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