La révolution Netflix

S’il faut en croire les données rendues publiques par Netflix au cours des derniers jours, plus de 80 millions de personnes auraient visionné le suspense apocalyptique Bird Box, mettant en vedette la comédienne Sandra Bullock. Le phénomène Bird Box en cache un autre, celui de l’irrésistible montée en force du diffuseur en continu, dont la seule évocation du nom remplit ses concurrents d’effroi. Netflix serait-elle en voie de redéfinir Hollywood et tout l’univers cinématographique et télévisuel? Plusieurs le pensent…

La une du magazine américain Variety d’août dernier ne laisse guère de doutes quant à la chose. De fait, l’entreprise californienne, comme le rapporte Cynthia Littleton dans l’article[1] qu’elle signe à ce sujet, toujours dans Variety, distance rapidement ses poursuivants. Comment une entreprise comme Netflix, qui vient à peine de souffler ses vingt bougies, peut-elle tenir tête à Disney, la plus grande entreprise de divertissement au monde?

Une vision prémonitoire… et payante!

La force de Netflix et de ses dirigeants, c’est d’avoir rapidement saisi, alors que l’Internet n’en était qu’à ses premiers balbutiements, que les technologies de l’information et de la communication seraient le vecteur par lequel transiterait une bonne partie des productions cinématographiques et télévisuelles dans un avenir rapproché. Aujourd’hui, la chose nous paraît certes banale. Mais en 1997, à la création de l’entreprise, le pari de Reed Hastings et Marc Randolph, les deux pères de Netflix, était d’une audace sans bornes. Vous parlez d’une bonne idée! Deux décennies plus tard, Netflix revendique plus de 117 millions d’abonnés sur la Terre, un chiffre que l’entreprise espère voir passer à 140 millions d’ici la fin de l’actuelle décennie.

C’est Jessica Reif Cohen, analyste des médias chez Bank of America Merrill Lynch, qui l’affirme, dans l’article de Variety : « Il y a cinq ans, personne ne pensait que les gens regarderaient autant de contenu sur leurs téléphones intelligents. La consommation du contenu médiatique est désormais mobile, non linéaire et à la demande » (notre traduction). Un rapide effort de réflexion nous fera réaliser que ces trois caractéristiques, rendues possibles par l’accroissement de la vitesse de transmission des réseaux cellulaires, constituent essentiellement les bases de l’avantage concurrentiel de Netflix, par l’entremise de son modèle d’affaires tablant sur la diffusion en continu (streaming).

Le contact direct, encore et toujours!

Par ailleurs, l’originalité du modèle d’affaires de Netflix réside également dans la suppression des intermédiaires, un élément que les grands de l’univers du divertissement traînent comme un boulet à leurs pieds. Hollywood s’est en effet bâti au fil des décennies, et fonctionne toujours en tablant sur la séquence producteur-distributeur-client, un modèle que Netflix a balayé du revers de la main. Cynthia Littleton, dans son papier, résume bien la situation : « Pendant que les studios de cinéma se disputaient avec les câblodistributeurs à propos des droits de distribution et des ententes de retransmission, une entreprise avec ses racines hors du courant hollywoodien mettait de l’avant les plus grandes innovations en matière d’expérience télévisuelle » (notre traduction). Avec Netflix, plus de distributeur! L’entreprise propose directement son vaste catalogue partout sur le globe, à toute heure du jour et pour une somme mensuelle ridiculement basse. Voilà l’essence du succès de Netflix!

Par ailleurs, force est de reconnaître que ce modèle d’affaires est en parfaite symbiose avec l’évolution récente des mœurs et une réalité propre aux nouvelles générations montantes, à savoir le déclin du temps d’attention. Ben Weiss, dans son article[2] publié sur le site du Hollywood Reporter, l’a aussi constaté. L’analyste signale que le modèle Netflix redonne aux cinéphiles le contrôle total de leur activité préférée : ceux-ci peuvent faire une pause pour aller se restaurer, pour discuter du film ou de la série avec leurs amis près d’eux ou réfugiés dans l’univers virtuel. Au cinéma, de telles choses ne sont pas possibles. Et, comme l’affirme avec justesse Ben Weiss, dès que vous donnez le contrôle du produit ou du service aux clients, il est difficile, voire même impossible, de le leur retirer!

Hollywood est-il en voie de vaciller, pour s’écrouler bientôt? Certes, les géants des médias préparent, avec quelques années de retard, leur réplique. Est-il déjà trop tard pour ces derniers? La réponse viendra bien assez vite!

 

 

 

 

[1] Cynthia Littleton, « How Hollywood Is Racing to Catch Up With Netflix ». Variety, août 2018.

[2] Ben Weiss, « Why Netflix May Build the World’s Most Valuable Movie Business ». The Hollywood Reporter, 23 août 2018.

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