IBM : garder la tête dans le nuage

L’automne dernier, le géant planétaire de services informatiques IBM mettait la main sur l’entreprise Red Hat, société dont l’activité est basée sur le système d’exploitation en code source libre Linux. La transaction, évaluée à 33 milliards USD, est la plus importante jamais réalisée par IBM au cours de son histoire plus que centenaire. En faisant entrer Red Hat dans son giron, International Business Machines (IBM) regarde haut, haut, haut, dans le nuage! Les fusions et les acquisitions sont chose courante dans le monde des affaires, et a fortiori dans celui des technologies de l’information et de la communication, où tout bouge si vite. Il ne faut donc pas s’étonner de voir IBM puiser dans ses goussets afin d’allonger les milliards nécessaires pour ajouter Red Hat à son portefeuille d’entreprises et d’activités. Car même s’il est question de gros sous et de technologie de pointe, c’est bien davantage, indiquent Bala Iyer et Mohan Subramaniam dans leur billet[1] publié sur le blogue de la MIT Sloan Management Review, la valeur stratégique de la transaction qui est à noter.

L’avenir est dans les cieux!

Le tableau des résultats d’IBM au cours des cinq dernières années est sans équivoque : ça dégringole chez IBM! Les revenus de l’entreprise ont chuté de près de 20 milliards USD en cinq années seulement, et ce n’est guère mieux en ce qui a trait aux profits, ceux-ci ayant fondu comme neige au soleil. À qui la faute? IBM a peut-être fait des choix stratégiques prématurés, en misant ses jetons sur sa plateforme d’intelligence artificielle Watson. Le hic, c’est que les entreprises et les organisations sont encore très loin d’avoir adopté l’intelligence artificielle et les innombrables possibilités qu’elle offre. Mais il faut aussi considérer le fait que d’autres joueurs, et non les moindres, se positionnent actuellement avantageusement dans un secteur d’avenir, celui de l’infonuagique et des services qui y sont associés : il est ici question d’Amazon (Amazon Web Services, ou AWS), de Google (Google Cloud Platform) et de Microsoft (Azure).

Ginni Rometty

« Nous sommes à un point d’inflexion », indiquait récemment Ginni Rometty, l’actuelle dirigeante d’IBM et première femme à tenir la barre de l’immense navire qu’est IBM, tel que rapporté par le Wall Street Journal[2]. Point d’inflexion pour l’entreprise, qui met résolument le pied dans l’infonuagique avec l’acquisition de Red Hat, alors qu’elle n’accapare actuellement qu’un maigre 1,9 % des parts de marché de ce domaine d’affaires (Amazon domine avec 51,8 % du marché). Point d’inflexion également dans l’environnement, alors que de plus en plus d’entreprises s’appuient à la fois sur leurs serveurs internes et sur la puissance du nuage pour mener leurs affaires. Les mots clés inhérents à ces nouvelles manières de faire? Dématérialisation et souplesse. Les avantages de l’infonuagique à cet égard sont nombreux : plus besoin d’entretenir de coûteux équipements informatiques dont la désuétude est annoncée, accessibilité en tout temps et en tous lieux, pour n’en nommer que deux.

Coup de chapeau à IBM!

Et Red Hat dans tout ça? Voilà où ça devient intéressant pour IBM! Car pour faire le pont entre l’infrastructure informatiques des entreprises et des organisations et le nuage, des applications (softwares) sont essentielles. Et ces applications sont, pour la très grande majorité d’entre elles, programmées en Linux, le système d’exploitation sur laquelle Red Hat a bâti son succès.

Bref, si IBM entre en retard dans le domaine d’affaires de l’infonuagique, elle compense néanmoins ce retard en mettant la main sur une entreprise, Red Hat, qui deviendra à terme incontournable, à la fois pour les entreprises et les organisations qui adoptent l’infonuagique, mais aussi pour les principaux concurrents d’IBM qui auront à se servir de Linux afin d’établir ces passerelles entre leurs clients et le nuage. Et la chose devrait être payante, puisque IBM prévoit que le domaine de l’infonuagique pourrait générer des revenus annuels frôlant la barre du trillion de dollars américains!

Un coup de maître d’IBM? L’avenir nous le révèlera bien assez vite!

 

 

 

 

[1] Bala Iyer et Mohan Subramaniam, « IBM’s New Battle in the Cloud ». MIT Sloan Management Review, 21 décembre 2018.

[2] Robert McMillan et Jay Greene, « IBM to Acquire Red Hat for About $33 Billion ». The Wall Street Journal, 28 octobre 2018.

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