Le mal du nouveau siècle

On en parle de plus en plus, et c’est une excellente chose! Les problèmes de santé mentale au travail affectent un nombre croissant de travailleuses et de travailleurs, et frappent sans discrimination. Nonobstant la souffrance des personnes qui ont à vivre avec une ou plusieurs problématiques de santé mentale, les entreprises et les organisations doivent, à l’égard de cette dure réalité, assumer des pertes de tout acabit, qu’elles soient financières, humaines ou liées à la productivité. L’importance accordée à la santé mentale en organisation, et les actions qui en découlent, serait-elle l’avantage concurrentiel de demain?

Un bilan inquiétant

Hier, au Canada, se déroulait d’un océan à l’autre la journée Bell Cause pour la cause, visant à mettre un terme à la stigmatisation de la santé mentale. Si l’une des plus grandes entreprises de télécommunications au pays s’investit à fond dans cette cause, c’est qu’il y a urgence en la demeure! Au Canada seulement, souligne la Commission de la santé mentale du Canada, les coûts inhérents aux problèmes de santé mentale surpassent annuellement la barre des 50 milliards CAD, soit l’équivalent d’environ 1 400 dollars par habitant. Les entreprises et les organisations canadiennes pâtissent également de la situation, puisqu’elles doivent absorber des pertes estimées à six milliards de dollars dues à l’absentéisme, au présentéisme, au roulement de personnel et aux baisses de productivité. À l’échelle planétaire, une étude[1] récente menée par le docteur Dan Chisholm et six collègues, pilotée par l’Organisation mondiale de la santé, signale qu’en 2010, on estimait les pertes attribuées aux problèmes mentaux, neurologiques et reliées à l’abus de drogues ou de médicaments entre 2,5 et 8,5 trillions USD. Ce chiffre astronomique devrait par ailleurs doubler au terme de la décennie 2020, à défaut d’une conscientisation accrue et de la mise en œuvre rapide de moyens afin de contrer ce qui constitue, à bien des égards, le mal du nouveau siècle.

Nos employés sont notre plus grande force!

Combien de fois avons-nous lu ou entendu cette phrase entre les quatre murs de nos organisations? Heureusement, et tenant compte du bilan qui vient d’être établi plus haut, la chose est de moins en moins une phrase creuse et commence à se concrétiser davantage par des paroles et des gestes. Dans son billet[2] publié sur le site de la Harvard Business Review, Barbara Harvey pointe vers trois initiatives que peuvent prendre les entreprises et les organisations afin de prendre, à l’encontre des problèmes de santé mentale, le taureau par les cornes.

  • Reconnaître l’importance du problème. L’exemple vient du haut! Un gestionnaire ou une personne en autorité qui s’ouvre sur son vécu ou qui affirme ou réaffirme la volonté de l’organisation de s’attaquer à la problématique de la santé mentale accroît les chances de cette dernière d’en amoindrir les impacts. Toutefois, signale Barbara Harvey, une enquête qu’elle a menée révèle que seulement 14 % des répondants ont entendu leurs supérieurs aborder la chose;
  • Former, encore former, toujours former. Ce ne sont pas les outils ni les moyens qui manquent aujourd’hui afin de sensibiliser et d’équiper à la fois les employés et les gestionnaires pour mieux lutter contre les problèmes de santé mentale. Ce faisant, les efforts déployés par les entreprises et les organisations s’imprègnent dans la culture de ces dernières, favorisant l’établissement d’un climat de travail plus sain et in fine plus productif;
  • L’Internet, source de savoir et de réconfort. Votre entreprise ou votre organisation n’a peut-être pas les ressources humaines et financières suffisantes pour supporter vos employés. Qu’à cela ne tienne, il existe une pléthore de sites qui présentent des diagnostics, des fiches d’informations et une foule d’autres outils qui permettent, encore ici, d’accroître la sensibilisation et l’acceptation du phénomène.

La prévention, une bonne affaire!

Le problème est immédiat, et s’y attaquer dès maintenant pourrait rapporter gros à terme! L’étude du docteur Dan Chisholm et de ses complices nous apprend qu’il faudrait casquer, à l’échelle de la planète, 147 milliards USD d’ici 2030 afin de contrer les effets délétères de la dépression et des troubles anxieux. Toutefois, les chercheurs soulignent que les gains potentiels dus à une meilleure qualité de vie se chiffreraient, quant à eux, à plus de 300 milliards USD. Les entreprises et les organisations seront-elles tentées par ce retour sur l’investissement de 100 %? C’est aujourd’hui qu’il faut s’y mettre!

Assez parlé! Devant les problèmes de santé mentale, bougeons maintenant!

 

 

 

 

[1] Chisholm, D., Sweeny, K., Sheehan, P., Rasmussen, B., Smit, F., Cuijpers, P., & Saxena, S. (2016). Scaling-up treatment of depression and anxiety: a global return on investment analysis. The Lancet Psychiatry, 3(5), 415-424.

[2] Barbara Harvey, « What Companies Can Do to Help Employees Address Mental Health Issues ». Harvard Business Review, 18 décembre 2018.

One thought on “Le mal du nouveau siècle

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  1. Joli article. Merci d’avoir abordé le sujet.
    Mais vous m’évoquez pas les causes de ces maladies mentales. Surtout naissent-elles de notre activité professionnelle ?! Aussi au delà du ROI financier, il y a aussi l’impact social qui devrait être abordé. Car les entreprises, au delà de leurs finances, sont de plus en plus responsabilisées sur leur contribution au bien-être social.

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