Viêtnam : le nouveau tigre asiatique

Une croissance prévue du PIB à 6,8 %, une population nombreuse et jeune, une balance commerciale positive : tous les ingrédients sont là pour faire du Viêtnam le prochain success story de la planète! Pas mal, pour un pays qui était parmi les plus pauvres du globe voilà à peine trois décennies!

À bien des égards, le parcours du Viêtnam ressemble à celui de son voisin chinois qui, il y a de cela quelques décennies, constituait en quelque sorte le parc industriel de l’Occident. Peu à peu, le niveau de vie des Chinoises et des Chinois s’est accru, le pays a intégré les grands circuits commerciaux mondiaux et la Chine est aujourd’hui la puissance économique mondiale que l’on connaît. Ainsi en va-t-il du Viêtnam, dont la meilleure santé économique a fait de ce pays côtier un réservoir de main-d’œuvre aujourd’hui recherché par les grandes multinationales de l’électronique ou du textile, pour ne nommer que ces deux secteurs d’affaires.

À quoi peut-on attribuer ce « miracle vietnamien »? Dans son article[1] publié sur le site du Forum économique mondial, Peter Vanham identifie trois facteurs expliquant les récents succès du Viêtnam, à savoir la libéralisation du commerce avec l’étranger, les réformes internes et l’accent placé par le gouvernement de Hanoï sur le développement du capital humain et physique du pays. Voyons ce qu’il en est.

Les bienfaits du libre-échange

On pourrait débattre longuement à la fois des effets bénéfiques et néfastes du libre-échange, il n’en demeure pas moins que dans le cas du Viêtnam, l’ouverture du pays aux courants économiques mondiaux n’aura eu que du bon pour le pays. L’adhésion successive du pays à l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 1995 et à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2007 a forcé le pays à abaisser ses barrières commerciales, accélérant du coup le volume de ses importations et de ses exportations. À ce titre, comme en fait foi le tableau ci-contre, les investissements étrangers affluant vers le Viêtnam ont pris la forme d’un tsunami! Ces investissements étrangers, qui se chiffraient à environ deux milliards USD à l’adhésion du pays à l’OMC en 2007, ont été multipliés par sept et atteignent aujourd’hui plus de 14 milliards USD. Pas de doute, ça s’appelle un décollage!

Faire place nette en ses frontières

Toutefois, une telle ouverture à l’étranger devait s’accompagner d’une série de nécessaires réformes internes, au sein d’un pays toujours officiellement socialiste et dont l’administration publique est encore et toujours sclérosée par la corruption[2]. Néanmoins, un grand ménage a été réalisé par le gouvernement, toujours dans la foulée de l’admission du pays à l’OMC, afin d’assainir la législation en place et de favoriser, une fois de plus, la facilité à développer et à mener des affaires au pays. De toute évidence, l’initiative a fonctionné puisque le Viêtnam a fait un bond prodigieux de 35 échelons au classement Doing Business du Groupe de la Banque mondiale, un classement qui, comme le précise l’organisation, « […] mesure la réglementation des affaires et son application effective dans 190 économies et certaines villes au niveau infranational et régional. » De fait, le Viêtnam est passé du 104e (2007) au 69e rang mondial (2019) de ce classement en un peu plus d’une décennie seulement!

Miser sur l’humain

On ne saurait également passer sous silence l’exceptionnelle performance du pays quant à l’amélioration du niveau de vie de sa population et du niveau de qualification de ses forces productives. Le pourcentage de la population vivant sous le seuil de la pauvreté a chuté brutalement, passant de près de 60 % à 11 % en un quart de siècle seulement. De plus, Hanoï a compris que la vigueur et l’attractivité d’une économie, ça se réalise essentiellement par la formation de la main-d’œuvre. Le gouvernement consacre environ 6,3 % du PIB à l’éducation, soit 2 % de plus que la moyenne des pays en voie de développement, et fait aussi valoir aux investisseurs potentiels l’âge médian relativement bas de sa population (30,9 ans et deux mois, contre 42,4 ans pour le Canada). Le résultat est là, puisque le pays est, à l’instar de la Chine, en voie de se constituer une classe moyenne, signe que la richesse tend à être mieux distribuée.

Tout n’est pas rose cependant, et si le Viêtnam peut aujourd’hui se targuer d’une économie vigoureuse et croissante, la question des droits de l’homme et de la liberté de parole est toujours une tache au dossier du pays, solidement maintenu en bride par le Parti communiste vietnamien, seule formation politique autorisée. À n’en point douter, le Viêtnam sera un joueur à surveiller dans les années à venir!

 

 

 

 

 

[1] Peter Vanham, « The story of Viet Nam’s economic miracle ». Forum économique mondial, 11 septembre 2018.

[2] Selon le Corruption Perception Index 2018 publié par l’organisation Transparency International, le Viêtnam présente un indice de corruption de 33/100, le plaçant au 117e rang mondial sur 180 pays considérés. À titre comparatif, le Canada a un score de 81/100 et occupe le neuvième rang de ce classement.

Laisser un commentaire

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d blogueueurs aiment cette page :