Les entreprises sont-elles prêtes à affronter les changements climatiques?

D’emblée et sans surprise, je vous annonce que la réponse à la question posée en guise de titre est non! Reste à savoir maintenant le constat que le monde des affaires établit à l’égard de cette menace d’envergure planétaire et, surtout, les actions tangibles que les entreprises entendent mettre de l’avant afin de contrer les impacts du dérèglement climatique.

Le milieu des affaires, et plus particulièrement celui des grosses affaires, traîne une réputation de conservatisme et de court-terminisme. Rien de neuf là-dedans! Mais devant l’évidence même, les entreprises peuvent-elles encore faire l’autruche? Les manifestations des changements climatiques sont là, sous nous yeux, et tous, tant les citoyens que les dirigeants d’entreprises, en constatent à chaque jour les effets retors, qu’il soit question de l’ouragan Maria qui a dévasté le territoire américain de Porto Rico à l’automne 2017 ou des incendies qui ont rasé près de 4 000 kilomètres carrés de forêt en Californie l’été dernier, pour n’identifier que ces deux catastrophes parmi tant d’autres.

Words are cheap!

Les mots ne coûtent rien, mais les actions, elles, sont bien concrètes et impliquent de la part des entreprises et des organisations des ressources humaines, financières et matérielles. À ce titre, comme le rapporte le magazine britannique The Economist dans un récent article[1], les pilotes de nos entreprises et de nos organisations semblent toutefois présenter une inquiétude de façade lorsqu’il est question du dossier environnemental. L’un d’eux, haut dirigeant d’une entreprise européenne versée dans le pétrole, se disait même davantage inquiet de la quantité de neige en vue de ses vacances à la montagne que de la sécurité de ses plateformes de forage en haute mer. C’est tout dire…

Et pourtant! Les participants au tout dernier sommet du Forum économique mondial, tenu dans la ville suisse de Davos, s’accordent et s’entendent sur le fait que les changements climatiques sont LA priorité à attaquer de front. De fait, comme l’illustre la planche ci-contre, trois des cinq plus grands risques identifiés par les participants à ce sommet sont de nature environnementale.

Et ces risques sont quantifiables et quantifiés. The Economist, dans l’article cité auparavant, pointe vers une étude de la firme de gestion d’actifs britannique Schroders, étude qui signale que les changements climatiques pourraient entraîner une perte de valeur de l’ordre de 2 à 3 % pour l’ensemble des 11 000 entreprises considérées. Pour certaines autres organisations, notamment celles œuvrant dans le domaine des services publics et de l’énergie, cette perte de valeur pourrait même grimper jusqu’à 4,5 %. Pire encore, soulignent les auteurs de l’étude, la plupart des entreprises et des organisations sondées n’ont aucune idée de l’impact potentiel des changements climatiques sur leurs affaires et, in fine, sur leurs revenus futurs. Témoignant du comportement d’autruche des dirigeants d’entreprise dans l’article de The Economist, Bjorn Haugland, vice-président de DNV GL, une entreprise norvégienne de gestion de risques environnementaux, dira même que « Tous les conseils d’administration le moindrement raisonnables devraient se poser ces questions [relatives aux impacts environnementaux sur leur entreprise]. »

La gêne environnementale?

Certaines le font, et ont évalué ces risques pour leurs activités futures. Mais pour la très grande majorité des entreprises, dévoiler les impacts relatifs au déchainement des éléments constitue probablement un plus grand risque que les catastrophes elles-mêmes. Selon la firme S&P Global, seules 15 % des entreprises inscrites à l’indice boursier S&P 500 avaient rendu public l’impact des aléas climatiques sur leurs gains, et seulement 5 % de ces mêmes entreprises avaient chiffré ces impacts. Pourquoi une telle gêne? Sous le couvert de l’anonymat, The Economist rapporte les propos de certains dirigeants, qui estiment qu’exposer au grand public leur vulnérabilité devant ces événements ne ferait que pénaliser leur entreprise à la bourse. Par ailleurs, d’autres estiment que les investissements nécessaires afin de se prémunir des retombées écologiques ne seront envisageables que lorsqu’il existera une masse critique d’entreprises qui iront dans le même sens. Court-terminisme, comme toujours…

Qu’est-ce qui fera bouger les conseils d’administration devant la menace climatique? Les actionnaires qui constateront la chute de leurs parts? Les compagnies d’assurances qui hausseront le coût de la couverture des risques environnementaux? Un harmonieux mélange de tout cela? En espérant que la réponse des dirigeants d’entreprises et d’organisations ne vienne pas trop tard…

 

 

 

 

 

[1] The Economist, « Business and the effects of global warming ». 21 février 2019.

Leave a Reply

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: