WWE : Le ridicule ne tue pas, il rapporte!

Ils sont à la fois les gladiateurs et les bouffons des temps modernes. Les athlètes de la World Wrestling Entertainment (WWE) génèrent un large spectre d’émotions : admiration, mais aussi (et probablement davantage!) rires, sarcasme et même dégoût! N’empêche, la WWE est devenue, au fil des ans et des décennies, une puissante machine multimédia et un modèle en matière de marketing. Portrait de cette entreprise qui n’a pas peur du ridicule, et qui le cultive même, pour son plus grand profit!

La WWE n’a rien inventé en soi, dans la mesure où les empereurs romains exploitaient déjà, il y a deux millénaires, les plus bas instincts du peuple lors des jeux du cirque, et ce pour leur plus grande gloire. En ce sens, la recette demeure essentiellement la même, les fauves et les combats à mort en moins! Mais force est de reconnaître que l’entreprise fondée il y a plus de 67 ans a toutefois su tabler sur la révolution numérique afin de faire connaître et de diffuser son « produit » aux quatre coins du globe. Et ça fonctionne, pour le plus grand bonheur de Vince McMahon, le fils du fondateur de l’entreprise qui, à 73 ans bien sonnés, continue d’apparaître sporadiquement lors des événements de la WWE.

Une authenticité payante

Les plus âgés se souviendront peut-être que le nom original de l’entreprise, la World Wrestling Federation (WWF) a été abandonné en 2002, devant la menace de poursuites judiciaires entamées par le World Wide Fund for Nature, qui utilisait également les mêmes initiales comme marque de commerce. Cet épisode en apparence banal marqua toutefois le début d’une ère nouvelle pour l’entreprise du Connecticut qui, du jour au lendemain, évacua le F pour le remplacer par un E pour entertainment (divertissement). Du coup, la WWE assumait sa véritable nature, ne voulant même plus qualifier ses activités de « sportives » : l’entreprise affirme, à la toute première phrase de son rapport annuel, qu’elle est désormais « […] une entreprise intégrée de médias et de divertissement »[1]. Et tant pis pour celles et ceux qui croyaient encore à la véracité de la chose…

Quoi qu’il en soit, la WWE accumule victoire après victoire depuis. Par l’entremise de ses deux séries d’événements diffusés en direct, RAW et SmackDown Live, et des autres productions télévisuelles, la WWE rejoint une moyenne hebdomadaire de neuf millions de fanatiques pour le seul marché américain! De fait, près des deux tiers des revenus (64 %) sont le fait de la seule télédiffusion de ces spectacles sportifs, tandis que la billetterie (19 %) et la vente de produits dérivés (14 %) constituent l’essentiel du dernier tiers des revenus de l’organisation. Ces mêmes revenus continuent de s’accroître de manière régulière, les profits également et les actionnaires de l’entreprise, contrôlée majoritairement par la famille McMahon, bombent le torse de fierté, l’action de la WWE se négociant autour de 86 dollars à Wall Street.

Une croissance toute en muscles!

« Diversification » sera sans conteste le mot pour qualifier la croissance future de l’organisation. La WWE table sur l’énorme potentiel du marché mondial, consciente de la stagnation de la portion américaine (environ 75 %) de ses revenus depuis trois ans. L’Europe (notamment le Royaume-Uni, le second marché en importance de l’entreprise) génère environ 16 % des recettes de l’entreprise. Pour sa part, l’Asie-Pacifique ne contribue qu’à hauteur d’environ 7,5 % des revenus de la WWE. Mais dans la perspective des dirigeants, les marchés émergents de la Chine et de l’Inde sont les prochaines cibles à exploiter.

Mais la croissance de la WWE ne passe pas que par une diversification géographique de ses marchés. L’entreprise se lance également dans le développement d’un nouveau produit, cette fois-ci à saveur footballistique, la XFL. Pas question ici d’attaquer de front la toute-puissante National Football League (NFL), la ligue de sport professionnel générant le plus de revenus sur la planète[2]. La WWE propose plutôt aux amateurs un « football repensé » (football reimagined, disent-ils) avec moins de temps morts, plus d’action et une abondance de technologie. Reste à voir si les amateurs de football américain mordront à l’appât, dès le printemps 2020!

On aime ou on déteste, mais la WWE est désormais à prendre au sérieux!

 

 

 

 

[1] Notre traduction. « WWE is an integrated media and entertainment company. ». Rapport annuel 2017.

[2] Voir à ce sujet notre série « La NFL, un modèle d’affaires gagnant ».

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