En attendant le prononcé du divorce…

La stratégie d’entreprise et l’incertitude, c’est comme l’eau et le feu : ça ne va pas bien ensemble! Comment les entreprises mondiales établies au Royaume-Uni, ou y faisant affaire, composent-elles avec la perspective du retrait de cette puissance mondiale de l’Union européenne?

En fait d’incertitude, les Britanniques ont été choyés depuis le référendum du 23 juin 2016 qui, par une courte majorité (51,9 % contre 48,1 %), confirmait la volonté de ces derniers de quitter l’Union européenne. Toutefois, depuis cette date, rien n’est moins sûr, les membres du Parlement britannique ayant rejeté trois projets d’accord de séparation soumis aux voix par la première ministre Theresa May. La perspective d’un Brexit « dur », d’une sortie du Royaume-Uni de l’Europe sans accord avec cette dernière, jugée par plusieurs comme la pire des éventualités, est de plus en plus plausible…

Un contexte volatile

Le Royaume-Uni constitue la neuvième économie en importance du globe, alors que l’Union européenne représente un bloc économique d’importance, le PIB combiné de ses 28 membres s’élevant à 20,9 trillions USD, le second en importance après la Chine et avant les États-Unis. Le Brexit est donc à prendre au sérieux. Le problème, justement, c’est que depuis la publication des résultats de la consultation de juin 2016, les choses n’ont jamais été aussi incertaines et personne ne sait réellement sur quel pied danser, comme l’affirment Mark McNamee et Athanasia Kokkinogeni dans leur billet[1] publié sur le site Internet de la Harvard Business Review. À ce titre, les mêmes auteurs, dans un billet précédent[2], présentaient les résultats d’un sondage mené par la Confederation of Business Industry indiquant que 60 % des entreprises britanniques avaient un plan d’urgence en prévision du Brexit, et que seulement 40 % des entreprises sondées avaient amorcé l’exécution de ce plan. Trop peu, trop tard?

Quoi qu’il en soit, Mark McNamee et Athanasia Kokkinogeni estiment que les entreprises britanniques, du fait de l’incertitude, sont en voie de tomber dans des pièges faciles :

  • À défaut d’avoir l’information la plus complète possible, les entreprises britanniques sombrent dans un attentisme qui pourrait se révéler dommageable à brève et à moins brève échéance;
  • Pour palier ce manque d’information, ces entreprises se basent sur des données historiques qui, on le devine, n’ont rien à voir avec l’ampleur et l’importance de la situation actuelle;
  • Elles ont, du coup, beaucoup de difficultés à prévoir ce que l’avenir leur réserve et à planifier leurs activités en fonction des différents scénarios envisageables.

D’innombrables ramifications

Ce dernier point est évidemment d’une importance capitale. Certains impacts sont aisés à entrevoir. Par exemple, la monnaie britannique, la livre sterling, a perdu environ 25 % de sa valeur par rapport au dollar de l’Oncle Sam depuis 2014, traduisant une confiance elle aussi en chute libre envers l’avenir du Royaume-Uni. Certes, la chose a du bon pour le tourisme anglais, mais ce sont les Britanniques qui, pour l’instant, paient la facture puisque les prix à la consommation ont conséquemment grimpé. Le pouvoir d’achat des habitants du Royaume-Uni ayant décru, ces derniers sont moins enclins à dépenser, affectant du coup les revenus des entreprises. On en voudra pour preuve, comme le signalent Mark McNamee et Athanasia Kokkinogeni, la hausse de 30 % des fermetures d’entreprises anglaises pour le premier trimestre de 2018…

Et que dire des investissements étrangers dont l’économie du Royaume-Uni dépend, comme bon nombre d’économies au demeurant? L’incertitude appelant à la prudence, beaucoup d’entreprises mettent leurs plans d’investissement en sol britannique sur la glace pour l’instant, quand elles ne sont tout simplement pas à réaffecter les sommes prévues à d’autres projets hors du Royaume-Uni. Paul Maidment, dans un article[3] publié une fois de plus sur hbr.com, mentionne le cas des manufacturiers Honda, Nissan et Toyota, qui emploient plus de 60 000 travailleurs dans leurs usines et leurs salles d’exposition britanniques. À titre d’exemple, Honda avait annoncé en 2015 un investissement de 263 millions USD à son usine de Swindon. Mais citant l’incertitude due au Brexit, Honda fermera plutôt ladite usine en 2021 et rapatriera la production de celle-ci à la maison, au Japon. Le résultat? Une perte nette de 3 500 emplois pour l’économie britannique.

Le vent de droite et d’extrême-droite qui s’abat sur l’Occident continue de faire bien des victimes collatérales. En soufflant sur les braises de la peur de l’étranger et d’un anachronique nationalisme, certains démagogues britanniques comme Boris Johnson et Nigel Farage, qui ont fortement milité pour la sortie anglaise de l’Europe, ont joué avec le feu, et avec la prospérité des Britanniques…

 

 

 

 

[1] Mark McNamee et Athanasia Kokkinogeni, « How Multinationals Should Be Planning for Brexit ». Harvard Business Review, 15 mai 2018.

[2] Mark McNamee et Athanasia Kokkinogeni, « Not Enough Companies Are Ready for Brexit, No Matter What Happens Next ». Harvard Business Review, 15 mai 2018.

[3] Paul Maidment, « Brexit and How Japanese Companies Are Navigating Its Uncertainties ». Harvard Business Review, 21 mars 2019.

Leave a Reply

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d bloggers like this: