Une stratégie, c’est pour longtemps?

C’est LA question à laquelle on ne peut répondre de manière finale et définitive! Un an? Deux ans? Cinq ans? Toutes les avenues sont envisageables! On essaie quand même de vous donner des balises plus claires à ce sujet dans ce qui suit.

Une distinction importante

D’emblée, commençons par distinguer deux concepts qui nous aideront à mieux répondre à la question faisant office de titre. La théorie nous enseigne en effet que la tactique sert à gagner une bataille, alors que la stratégie sert à gagner la guerre. C’est un fait que nous avions souligné par ailleurs dans le sixième article de notre série « Sun Tzu a dit… ». On retiendra donc que si les actions tactiques peuvent être envisagées dans une perspective à court terme (quelques semaines, quelques mois tout au plus), les stratégies, pour leur part, doivent davantage s’entrevoir sur le long terme. À cet égard, la norme était jadis d’établir la planification stratégique pour trois ans pour le secteur privé, alors que pour les instances gouvernementales, le modèle du bon vieux plan quinquennal est toujours de mise.

Le « jadis » est ici important, car vous aurez compris qu’à l’aube de la décennie 2020, les choses ont passablement changé. On dit de notre époque qu’elle est VICA, c’est-à-dire volatile, incertaine, complexe et ambiguë. Voilà des qualificatifs qui s’accordent mal avec la réflexion stratégique, qui cherche justement à réduire leurs effets et à mieux baliser le futur pour les dirigeants d’entreprise ou d’organisation. De nos jours, la portée des plans stratégiques tend à se réduire comme une peau de chagrin : il est rare de voir de tels plans s’échelonner au-delà de deux ans. Quant au secteur public, nos gouvernements (du moins en régime parlementaire britannique, propre au cas canadien) continuent de planifier, par tradition doit-on préciser, sur cinq ans. Mais les dirigeants procèdent chaque année à des mises à jour, qui viennent de fait corriger les objectifs antérieurement énoncés ou fixer de nouveaux objectifs à l’exercice quinquennal en cours.

Une question de perspective?

À défaut de réponses claires, nettes et précises à ce sujet, peut-être la question de la durée d’une planification stratégique est-elle entrevue du mauvais bout de la lorgnette? C’est à tout le moins ce que suggère Ken Favaro, dans son billet[1] publié récemment sur le site Internet de la revue strategy+business. Pour ce dernier, la véritable question à l’égard du terme de la stratégie devrait plutôt se formuler ainsi : « Quels sont les changements requis à notre stratégie actuelle, et quel est le temps nécessaire afin d’implanter notre stratégie? ». Donc, plus question, dans cette perspective précise, de se laisser contraindre par une période de temps arbitraire et de tenter de faire « entrer » la nouvelle stratégie imaginée dans ce cadre temporel : « La durée dépend davantage des changements que les dirigeants veulent apporter à leur stratégie, plutôt que de l’état actuel de l’entreprise »[2], précise le consultant Favaro.

Soyons pragmatiques

En somme, affirme Ken Favaro, lorsqu’il est question de durée en matière de stratégie, c’est bien davantage la réalité des choses qui devrait prendre le dessus sur toutes les considérations théoriques à ce sujet. Il cite au passage l’exemple de Microsoft et de son PDG, Satya Nadella, qui, comme nous l’évoquions récemment dans notre article « Microsoft, de retour au sommet! », a amorcé en 2014 une importante restructuration de l’entreprise de Redmond, dans l’État de Washington. L’objectif de Satya Nadella? Faire en sorte que l’infonuagique, et non plus la vente de logiciels, devienne le principal moteur des revenus de l’entreprise. Pas de cadre temporel, pas d’échéancier à moyen ou à long terme! Le grand manitou de Microsoft a indiqué que, compte tenu de l’ampleur des changements en cours, tant sur le plan des produits et des services, des processus d’affaires et même de la culture d’organisation, l’exercice serait long et fastidieux, et que la chose pourrait bien prendre une décennie!

« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », disait Jean de La Fontaine

 

 

 

 

 

[1] Ken Favaro, « Strategy talk: How long should a long-term strategy be? ». strategy+business, 21 mars 2019.

[2] Notre traduction.

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