Le Japon à l’heure des femmes

Être une femme n’a jamais été chose facile au Pays du soleil levant. Mais les importants problèmes démographiques du Japon, qui pourraient bien remettre en cause la prospérité des entreprises et du pays tout entier, sont en voie de faire changer les choses, et sans doute pour le mieux!

Le contraste nippon

À cheval sur une culture et une histoire plus que millénaires, mais résolument tourné vers la modernité d’un point de vue économique et technologique, le Pays du soleil levant est un pays de puissants contrastes. Et la situation de la femme constitue sans aucun doute le contraste le plus marqué… et le plus troublant. Difficile, en effet, de concevoir que dans un pays aussi raffiné et avancé que le Japon, les femmes soient reléguées, à bien des égards, au rôle de citoyennes de seconde zone, le tout au sein de la quatrième plus importante économie du globe. Les données du Global Gender Gap Report 2018 publiée par le Forum économique mondial sont, à ce sujet, fort éloquentes : le Japon sur classe au 110e rang mondial, sur 149 pays considérés, quant à la parité des genres. Par ailleurs, comme le souligne Bill Emmott dans son billet[1] publié sur le site Internet de la revue strategy+business, la participation des femmes à la population active (personnes en âge de travailler, soit de 15 à 64 ans) frôle 70 %, en deçà de celle de constatée en Europe ou en Amérique du Nord (entre 75 % et 80 %), et loin derrière celle des travailleurs masculins japonais (85 %). Qui plus est, rapporte Bill Emmott, plus d’un tiers des Japonaises travaillent à temps partiel. Triste bilan…

Nécessité fait loi

Toutefois, la réalité démographique du Japon appelle de profonds changements quant à la place de la femme sur le marché du travail et, par ricochet, dans la société nipponne. Le Japon est en effet le pays possédant l’âge médian le plus élevé[2] sur le globe, soit 47,7 ans, traduisant la réalité d’une société vieillissante. Un coup d’œil rapide à la pyramide des âges de la population nipponne, comparée à celle d’un pays très jeune comme la Côte d’Ivoire (nous saluons nos lecteurs ivoiriens!), vous convaincra de la chose.

Les conséquences de cette situation sont, à la fois pour le pays mais également pour ses entreprises, préoccupantes. En effet, les entreprises et les organisations japonaises connaissent d’importants problèmes de dotation. Il n’y a plus assez de travailleurs pour les emplois à combler, un fait par ailleurs confirmé par la situation de plein emploi que connaît le pays, le Japon affichant un taux de chômage de 2,9 %.

Changement culturel en vue?

Dire que les portes de ces entreprises et de ces organisations s’ouvrent toutes grandes pour les Japonaises serait, à ce stade, exagéré. Mais force est de reconnaître que la problématique suscite une sérieuse réflexion, et quelques actions, au sein de la société japonaise. D’une part, le patronat japonais fait actuellement pression sur Tokyo afin d’assouplir les lois relatives à l’immigration, de manière à combler les manques les plus urgents. Dans un pays aussi homogène que le Japon, et au sein duquel la perception de l’étranger demeure souvent négative, ce n’est pas peu. D’autre part, certaines entreprises japonaises, ou établies au Japon, ont décidé de travailler à la source du problème. Celles-ci forment désormais aux rudiments de la gestion les Japonaises qui travaillent en leurs murs plus tôt dans leur carrière, de manière à susciter un plus grand attachement à la firme et à faire en sorte que ces jeunes femmes reviennent efficacement en poste, une fois le congé de maternité terminé. D’autres organisations procèdent à du maraudage de candidats à mi-carrière, une pratique qui était loin d’être répandue au sein d’une société où la fidélité à l’entreprise est presque érigée en dogme. On voit apparaître également au sein des firmes et des institutions japonaises des crèches, une chose avec laquelle nous sommes habitués en Occident, mais qui relevait davantage de l’exception que de la norme au Japon.

Autres temps, autres mœurs… La situation démographique japonaise et ses impacts potentiels sur cette économie d’importance est à suivre de près. Toutefois, les récents efforts des entreprises et des organisations japonaises pour faire davantage de place aux femmes sur le marché du travail démontrent à quel point le capitalisme, et ses implacables lois, est un solvant assez efficace à l’égard des cultures qui apparaissent immuables…

 

 

 

 

[1] Bill Emmott, « Japan’s female future ». strategy+business, 12 mars 2019. L’âge médian est l’âge de la personne se situant au centre de l’échantillonnage considéré.

[2] Source : CIA World Factbook. Dans les faits, le Japon est le second pays quant à l’âge médian le plus élevé, n’étant dépassé en cela que par… Monaco (53,8 ans)!

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