Le paradoxe de l’innovation ouverte

L’innovation constitue souvent le socle de l’avantage concurrentiel des entreprises. Toutefois, de plus en plus d’entreprises et d’organisations tablent sur l’innovation ouverte afin de se démarquer de leurs concurrents. Quels bénéfices peut-il y avoir à exposer ses processus de recherche et de développement aux quatre vents?

Commençons par définir ce concept qui peut paraître, à première vue, contradictoire. L’innovation ouverte (open innovation) est le fait du professeur Henry Chesbrough, de l’Université de Californie à Berkeley. Dans un ouvrage[1] publié sur le sujet, le principal intéressé définit l’innovation ouverte comme « […] un processus d’innovation réparti, fondé sur des flux de connaissances gérés de façon ciblée au-delà des frontières organisationnelles, en utilisant des mécanismes pécuniaires et non pécuniaires conformes au modèle d’affaires de l’organisation. » Voilà pour la théorie. Mais qu’en est-il dans la réalité des entreprises et des organisations qui adoptent une telle manière de faire en matière d’innovation?

Comme indiqué dans la définition présentée précédemment, l’innovation ouverte suggère d’abord et avant tout une certaine perméabilité des frontières physiques et virtuelles des organisations qui la mettent en place et la pratiquent. Ces frontières poreuses, comme le précise le prof Chesbrough dans un article[2] publié sur le site Internet de la revue Forbes, permettent bien évidemment aux idées et aux technologies présentes dans l’environnement externe de l’organisation d’être intégrées aux processus innovants déjà en place. Mais, en contrepartie, les idées et les technologies qui ne se concrétisent pas au sein de la firme en produits ou en services, ou pour lesquelles la firme n’entrevoit pas d’utilisation à moyen ou à long terme, sont aussi rendues disponibles à tout un chacun.

Une telle manière de faire tire son origine d’un simple constat : au sein de cette société du savoir dans laquelle nous évoluons aujourd’hui, alors que la somme d’informations se calcule désormais en exabits et en zettabits, aucune entreprise, aucune organisation ne peut innover de manière efficace et efficiente par elle-même. Le recours à l’externe est donc, dans ce contexte, devenu une quasi-nécessité, s’il faut en croire les propos de Henry Chesbrough. Et, affirme l’universitaire, l’innovation ouverte a le potentiel de générer les bases d’un solide avantage concurrentiel en réduisant le coût des processus innovants au sein de l’organisation, en accélérant la mise en marché des produits ou des services, en accroissant le degré de différenciation de ces derniers, et peut même donner naissance à de nouvelles occasions d’affaires.

Un exemple

L’entreprise mondialement connue IBM a, pour sa part, compris depuis longtemps les avantages de l’innovation ouverte. Le géant américain est en effet à l’origine de l’InnovationJam, un concept d’innovation ouverte que nous expliquent Erwan Boutigny et Sophie Renault dans leur article[3] publié dans la Revue française de gestion :

« Le Jam, version IBM, trouve son origine dans le développement de la jam vocale ou instrumentale. Cette dernière « ouvre » la scène aux amateurs désireux de chanter en public, mêlant dans une ambiance festive chanteurs amateurs et professionnels du jazz, touristes curieux et copains admirateurs, habitués de la nuit et passionnés du jazz ». Cette pratique musicale, conjuguant amateurisme et professionnalisme, se caractérise par l’amour de la musique, le plaisir d’échanger et de pratiquer avec d’autres musiciens. Revu et corrigé par IBM, le Jam désigne un brainstorming en ligne rassemblant un cyber essaim de spécialistes d’un sujet ou de parfaits néophytes. La pratique s’appuie sur un forum de discussion (une Jam session) ouvert un temps limité [généralement deux ou trois jours] sur une ou plusieurs thématiques spécifiques ayant pour objectif de mettre à profit la créativité des échanges du groupe de jammers pour faire germer des idées. »

La vidéo qui suit explique en détail le fonctionnement d’un tel processus d’innovation ouverte.

Depuis près de deux décennies, l’InnovationJam réunit virtuellement des dizaines de milliers de personnes qui, collectivement, cherchent à résoudre des problématiques d’affaires, mais aussi sociales et environnementales, profitant ainsi de l’effet cumulé des talents, des intérêts et du dynamisme des jammers partout sur le globe.

Comme quoi l’abattement des murs des labos peut aussi contribuer à la construction d’un monde meilleur!

 

 

 

 

[1] Chesbrough, H., & Bogers, M. 2014. Explicating open innovation: Clarifying an emerging paradigm for understanding innovation. In H. Chesbrough, W. Vanhaverbeke, & J. West (Eds.), New Frontiers in Open Innovation: 3-28. Oxford: Oxford University Press, p. 17

[2] Henry Chesbrough, « Everything You Need to Know About Open Innovation». Forbes, 21 mars 2011.

[3] Erwan Boutigny et Sophie Renault, « Le Jam : analyse et enjeux de l’outil crowdsourcing d’IBM ». Revue française de gestion, 7 (2013): 49-66.

Laisser un commentaire

Powered by WordPress.com.

Up ↑

%d blogueueurs aiment cette page :