L’exemple du géant

Si vous croyez que les multinationales ne pensent qu’aux profits et que le changement souhaité vers une économie plus respectueuse de l’humain et de l’environnement n’est pas leur affaire, l’exemple de Danone, ce géant de l’alimentation, pourrait bien vous faire changer d’avis.

Emmanuel Faber

Il suffit souvent d’un homme ou d’une femme, d’une conviction et d’une impulsion afin de voir éclore les vrais changements. L’homme, dans le cas de Danone, c’est Emmanuel Faber, le dirigeant de l’entreprise française qui célèbre cette année son centenaire. La conviction, c’est celle que les choses ne peuvent plus se faire comme avant. Comme le dirigeant le mentionnait dans un article[1] publié l’an dernier dans les pages de la revue britannique The Economist, « [l]es gens abandonnent les marques qu’ils consomment depuis des décennies. Les milléniaux en particulier ne pensent pas que leur système alimentaire fonctionne et magasinent localement, favorisant les petits producteurs et achetant des produits biologiques, végétaux ou sans OGM. » Quant à l’impulsion, c’est le virage marqué qu’Emmanuel Faber est en voie de faire prendre à cet immense paquebot (25 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et à son équipage (environ 100 000 matelots) afin de faire du groupe un incontournable vecteur de changement.

Walking the talk

Reconnaissons à Emmanuel Faber et au groupe dont il dirige les destinées depuis décembre 2017 de ne pas avoir froid aux yeux. Car les ambitions sont à la mesure de Danone, c’est-à-dire gigantesques! « Le but de cette entreprise, ce n’est pas de créer de la valeur pour les actionnaires. Il s’agit plutôt d’amener des aliments sains à un maximum de bouches, ce qui profite à tous, des fournisseurs aux consommateurs et aux propriétaires », martèle le capitaine du navire, dans l’article de The Economist. À ce titre, Danone est passée de la parole aux actes (« walk the talk », dit-on dans la langue de Shakespeare) en se délestant de certaines activités qui ne correspondaient plus aux visées futures de l’entreprise. Exit, donc, les biscuits, le chocolat et la bière. Même l’une des marques les plus emblématiques de Danone, l’eau embouteillée Evian, doit se plier à la volonté du président. En 2020, Evian sera la première marque du groupe à atteindre la neutralité carbone et d’ici 2025, toutes les bouteilles d’eau Evian seront entièrement fabriquées à partir de plastique recyclé, embrassant du coup les principes de l’économie circulaire (relire à ce sujet notre article « Adidas, les deux pieds dans l’économie circulaire »). Une excellente initiative, quand on connaît les méfaits du plastique pour l’environnement.

Le grand pari

Mais l’engagement de Danone à l’égard des gens et de la planète ne s’arrête pas là. Pour faire en sorte que l’entreprise fasse de sa promesse un engagement pérenne qui lui survivra, Emmanuel Faber a résolument aligné Danone vers l’atteinte d’un ambitieux objectif, à savoir l’obtention de la certification B Corporation. Comme nous l’expliquions dans un article précédent (voir l’encadré ci-contre), ce label impose aux entreprises, au terme d’un volumineux cahier de charges, le respect de la triple performance : profitabilité, respect des personnes et respect de l’environnement. Ne devient pas B Corp qui le veut, puisque seules 2 500 entreprises possèdent ladite certification sur le globe à ce jour et Danone, lorsqu’elle sera 100 % certifiée, deviendra la plus importante entreprise à accoler à son nom la précieuse reconnaissance.

Afin d’atteindre cet objectif, Danone met les bouchées doubles. Le plus récent rapport annuel de l’entreprise signale que onze entités du groupe sont B Corp et qu’environ 30 % de son chiffre d’affaires, soit 7,5 milliards d’euros, résulte d’activités déjà conformes à la certification. Par ailleurs, en avril 2018, l’entreprise annonçait, non sans fierté, que ses filiales Danone North America et Danone Canada ont obtenu le label B Corp, et ce deux ans avant l’échéance fixée par le groupe. Remarquable!

Les plus sceptiques ne pourront s’empêcher de sourciller à la vue d’un tel engagement de la part de ce géant qu’est Danone, et n’y verront peut-être qu’un bel exemple d’opportunisme. Pour ma part, je salue l’audace d’Emmanuel Faber et de Danone qui, par l’importance de cette multinationale dans un domaine aussi important que celui de l’alimentation, fait en sorte que les choses changent peu à peu, et pour le mieux!

 

 

 

 

[1] « Danone rethinks the idea of the firm ». The Economist, 9 août 2018.

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