La sécurité avant tout!

Au sein du domaine de l’aviation civile, on ne rigole pas avec la sécurité. Toutefois, voler à bord d’un appareil d’une ligne aérienne en bonne santé financière est-il davantage une garantie de sécurité? Les résultats d’une étude à paraître sur le sujet pourraient vous surprendre!

Qu’on se rassure!

Tout d’abord, mettons d’emblée les choses au clair! L’avion est, et de loin, le moyen de transport le plus sécuritaire qui existe. Les plus récentes données de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) font état d’un taux de 1,75 accident par million de départs pour 513 décès en 2018, un chiffre ridiculement bas lorsqu’on le compare, par exemple, aux 1,35 million de décès qui surviennent chaque année sur les routes de la planète[1].

Cela dit, parce qu’un accident aérien entraîne d’un coup un nombre important de pertes de vie, on retient davantage la chose que les statistiques annuelles relatives au bilan routier. La nature humaine est ainsi faite…

Profitabilité et sécurité

Toutefois, lorsque vient le temps d’acheter un billet d’avion, certaines considérations viendront naturellement à l’esprit du consommateur : la disponibilité d’un vol en lien avec la destination, le prix du billet et la performance de la ligne aérienne en matière de sécurité. Et même si la performance financière d’une ligne aérienne n’est pas un critère généralement évoqué à l’achat d’un billet, il n’en demeure pas moins que cette donnée trotte sans doute à l’esprit de nombreux voyageurs. Une compagnie aérienne en difficultés financières risque de faire fuir les clients, notamment en raison des doutes qui peuvent surgir à l’esprit de ces derniers quant à la capacité de la ligne aérienne à les mener de A à B en toute sécurité. Ça semble aller de soi.

Toutefois, Henrich R. Greve et Vibha Gaba, dans leur article[2] publié sur le site Internet de la Harvard Business Review, se sont interrogés sur cette corrélation apparente, et leurs conclusions ont de quoi étonner. Les deux professeurs, attachés à l’INSEAD de Paris, ont constaté que lorsqu’un accident survenait avec un modèle particulier d’avion, une ligne aérienne pouvait, afin d’accroître la sûreté de ses opérations et la perception de sécurité chez sa clientèle, procéder à la vente des appareils dudit modèle au sein de sa flotte et remplacer ceux-ci par un modèle jugé plus sûr. C’est d’ailleurs ce que Tewolde GebreMariam, le PDG d’Ethiopian Airlines, envisage de faire à la suite de l’écrasement du Boeing 737 8 MAX qui effectuait la liaison Addis-Abeba à Nairobi, le 10 mars dernier[3]. Écoutez (en anglais) son témoignage à ce sujet.

Les chercheurs ont néanmoins constaté que les lignes aériennes présentant une profitabilité moindre allaient davantage s’engager dans ce processus de vente-rachat, une opération qui s’avère souvent déficitaire, que les lignes aériennes qui affichaient une profitabilité au-dessus de la moyenne. Voilà des résultats qui peuvent surprendre…

L’explication

Pourquoi? Plusieurs hypothèses peuvent être formulées. Mais Henrich R. Greve et Vibha Gaba avancent l’idée que les dirigeants des entreprises en bonne santé financière savent qu’ils peuvent probablement « survivre » à la crise générée par un écrasement, une chose beaucoup moins envisageable dans la perspective d’un dirigeant aux commandes d’une ligne aérienne moins profitable. On pourrait aussi émettre l’hypothèse bien personnelle qu’en situation d’accident, et compte tenu de tout le tapage médiatique entourant ce tragique événement, la sécurité (re)devient le critère d’achat premier d’un billet d’avion. Toute action n’étant pas dirigée vers la conversion des appareils d’une flotte donnée pourrait donc donner lieu à la perception d’une certaine inaction de la part des administrateurs de la compagnie, avec tous les risques que cela encourt… À tester éventuellement.

Évidemment, soulignent les auteurs de l’étude, le concept de sécurité aérienne ne se résume pas qu’au seul modèle d’avion employé. La formation de l’équipage navigant et des équipes d’entretien au sol joue pour beaucoup dans la performance d’une ligne aérienne au chapitre de la sécurité. Mais il est quand même rassurant de constater que même en période de difficultés financières, les avionneurs ne tournent pas les coins ronds et investissent, parfois à perte, là où ça compte vraiment!

 

 

 

 

[1] Lire à ce sujet le rapport « Rapport de situation sur la sécurité routière dans le monde 2018 », publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

[2] Henrich R. Greve et Vibha Gaba, « Research: Why Struggling Airlines Spend More on Safety ». Harvard Business Review, 21 mars 2019.

[3] Sur la suite et les conséquences de ce triste accident, relire notre article « L’excuse comme seule stratégie possible », publié en mars dernier.

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