Huawei : gare à l’effet domino?

Les récentes sanctions américaines à l’encontre du géant chinois des télécoms Huawei visent à affaiblir l’entreprise et son pays d’origine. Mais risquent-elles de faire des victimes collatérales au passage?

Nombreux sont ceux qui, en effet, croient que les sanctions à l’encontre de Huawei pourraient, à moyen terme et à long terme, faire bien des dommages, et pas seulement pour la firme chinoise. C’est à tout le moins ce que l’excellent magazine britannique The Economist rapporte dans un récent article[1]. Car il faut bien comprendre que cette action tactique de la part du président américain, nommément l’interdiction pour les entreprises américaines de faire affaire avec la firme de Shenzhen, a amorcé un effet domino dont l’issue est difficile à prévoir, tant les rouages sont nombreux et complexes. Mais ne reculant devant rien, et à la demande de M. Maurice Madiba qui nous écrit du Burkina Faso, Échec et Strat tente de vous expliquer les tenants et aboutissants de la situation!

Action…

À l’origine de cet interdit de transaction, il y a la volonté de rétablir la balance commerciale entre les deux pays, une balance largement en faveur de la Chine. À ce titre, Huawei était donc la victime toute désignée pour subir les foudres de l’administration Trump. Tout d’abord d’un point de vue symbolique, puisque le nom Huawei peut vaguement se traduire par « excellence chinoise » : il y a de ces sarcasmes qui ne s’inventent pas! Mais plus sérieusement et plus concrètement, Huawei est la plus importante firme technologique de Chine. Ses revenus la placeraient en 28e position du Fortune 500 des plus importantes entreprises américaines, frôlant de près les revenus de Microsoft. Par ailleurs, l’entreprise est le plus important manufacturier d’équipements de télécommunications sur la planète et détient des brevets clés relatifs à la norme de téléphonie cellulaire 5G (pour lire notre article à ce sujet, cliquez sur l’image) qui commence tout doucement à être implantée en Occident, et notamment aux États-Unis.

De prime abord, les sanctions américaines visent donc à « affamer » le géant chinois, et la menace à court terme est bien réelle. Certains experts, comme le rapportent Sijia Jiang et Josh Horwitz dans leur article[2] publié sur le site Internet de l’agence Reuters, prédisent une plongée des ventes de téléphones intelligents Huawei pouvant aller jusqu’à 25 % pour l’année en cours, un coup qui serait ressenti durement pour celle qui est troisième au chapitre de la vente mondiale de smartphones. La Nature ayant horreur du vide, il va de soi que le ralentissement des ventes de Huawei ne pourra que profiter à ses concurrents directs, dont une certaine entreprise américaine nommée Apple. Tiens donc…

…et réaction!

Mais toutefois, Huawei n’évolue pas en vase clos, bien au contraire! Comme le souligne l’article de The Economist mentionné auparavant, l’interdépendance est plutôt la norme entre les géants des télécoms et leurs sous-traitants. Par exemple, Qorvo, une entreprise américaine basée en Caroline du Nord et offrant du travail à 8 600 personnes, génère 15 % de ses revenus annuels à partir des ententes conclues avec Huawei. De fait, les partenaires américains de Huawei constituent le tiers des sous-traitants de l’entreprise chinoise, et cette liste inclut des fabricants de semiconducteurs solidement établis et reconnus comme Qualcomm, Xilinx, Broadcom et Texas Instruments. C’est l’évidence même : ces entreprises souffriront invariablement du dernier épisode de la guerre commerciale que se livrent les deux premières puissances économiques du globe. Il est bien sûr trop tôt pour évaluer l’ampleur des dommages, mais un récent rapport[3] de l’Information Technology and Innovation Foundation (ITIF) prévoit que la restriction des exportations américaines de technologie pourrait faire perdre aux entreprises concernées des revenus plus de 56 milliards USD et menacer près de 75 000 emplois au cours des cinq prochaines années.

À sortir l’artillerie lourde, le président américain pourrait bien se brûler avec le feu de ses propres canons…

 

 

 

 

[1] « Huawei has been cut off from American technology ». The Economist, 25 mai 2019.

[2] Sijia Jiang et Josh Horwitz, « Huawei shipments could fall by up to a quarter this year: analysts ». Reuters, 24 mai 2019.

[3] Stephen Ezell et Caleb Foote, « How Stringent Export Controls on Emerging Technologies Would Harm the U.S. Economy ». Information Technology and Innovation Foundation, 20 mai 2019.

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