Le pire investissement qui soit

L’achat d’une voiture constitue sans conteste le pire investissement qu’une personne puisse faire, d’un strict point de vue économique. Heureusement, l’actuelle révolution numérique et la montée en force de l’économie du partage ont donné lieu à l’émergence de nouveaux modèles d’affaires qui pourraient corriger un tant soit peu cet état de fait.

L’expression anglaise convient tout à fait pour décrire la situation : la voiture est un money pit (un gouffre financier) dans lequel son propriétaire engloutit annuellement des sommes importantes. Et le fait le plus paradoxal de cette situation, c’est que nombre d’études estiment que la voiture demeure immobile environ 95 % du temps! Bref, les propriétaires de voitures paient pour un bien qu’ils n’utilisent qu’en moyenne une heure par jour, qui se dévalue à chaque kilomètre roulé, et pour lequel ils investissent de manière récurrente afin de la maintenir en condition. Cherchez l’erreur…

La solution?

Pour Shelby Clark, la possession d’une voiture relevait pratiquement du non-sens économique. Qu’à cela ne tienne, le jeune entrepreneur lançait en 2010 la start-up RelayRides, rebaptisée Turo en novembre 2015. Qu’est-ce que Turo? Le modèle d’affaires de l’entreprise s’appuie sur l’économie collaborative, un modèle économique qui cherche à mettre à la disposition du plus grand nombre des ressources utilisées sporadiquement. C’est notamment le modèle qui fonde les activités d’entreprises aujourd’hui incontournables comme Airbnb, cette dernière offrant sur sa plateforme des espaces résidentiels (appartement, maison, etc.) aux visiteurs de passage dans une ville.

Dans le cas de Turo, la logique est la même. Le possesseur d’un véhicule peut ainsi mettre en location sa voiture sur la plateforme de Turo, et dégager d’intéressants revenus qui lui permettront d’en amortir le coût. Sur son site Internet, l’entreprise évalue les gains mensuels moyens des propriétaires de véhicules à 500 dollars. Quant aux locataires potentiels (ils seraient dix millions à être inscrits sur Turo, selon le magazine Quartz[1]), ces derniers ont l’embarras du choix, puisque Turo offre 850 modèles de voitures, allant de la plus triviale à la plus dispendieuse, pour un total d’environ 350 000 véhicules.

Des concurrents qui dérangent

De la même manière que Uber et son concurrent Lyft ont créé un tsunami dans le domaine du transport de passager, et plus précisément dans l’industrie du taxi, la croissance de Turo donne des sueurs froides aux acteurs du domaine de la location de voiture, dominé par les trois entreprises américaines Enterprise, Hertz et Avis. Certes, le marché de la location de voiture, évalué à environ 30 milliards USD en Amérique du Nord, est en croissance, un indice que le paradigme de la possession d’un véhicule est en voie de muer pour celui de l’utilisation d’un véhicule, un fait que nous soulignions dans notre article « Automobile : la fin d’un rêve? » (cliquez sur l’encadré). À ce titre, l’arrivée de nouveaux joueurs virtuels comme Turo a de quoi inquiéter. En effet, Turo n’a aucune flotte de véhicules à gérer, ses coûts sont ainsi minimes par rapport à ses concurrents directs qui, pour leur part, doivent entretenir des armadas de milliers de voitures. Qui plus est, Turo n’est pas astreinte à la lourde réglementation du secteur, ce qui accroît davantage sa marge de manœuvre. Les trois grands de la location font pression sur les autorités gouvernementales afin de s’assurer que Turo suive les mêmes règles. Mais, tout comme dans le cas de Uber et de Airbnb, le flou législatif joue pour l’instant en faveur du petit nouveau…

La réplique

Par ailleurs, la bataille ne se déroule pas que sur le plan juridique, et les grands joueurs du secteur sont à revoir leur modèle d’affaires afin de ralentir la croissance de Turo. Enterprise, par exemple, a lancé le service Commute, qui permet à un groupe d’employés de louer ensemble un véhicule de l’entreprise afin d’aller au travail et d’en revenir (voir la vidéo, en anglais, à ce sujet).

D’autre part, l’étoile montante du transport de passager Uber vient de s’associer, comme le rapporte une fois de plus le magazine Quartz[2], au concurrent virtuel de Turo, l’entreprise Getaround, afin de développer un service similaire à celui offert par Turo.

Une chose demeure : la révolution de l’automobile est bel et bien en marche!

 

 

 

 

 

[1] Alison Griswold, « Car-sharing company Turo is making a big play for international growth ». Quartz, 16 avril 2018.

[2] Alison Griswold, « Startups like Uber decimated taxi companies. Rental cars are next ». Quartz, 10 mai 2018.

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