Nos employés sont notre plus grande force!

Au-delà du discours parfois creux que les entreprises et les organisations énoncent quant à l’importance de leurs employés, certaines d’entre elles apprennent à la dure que ceux-ci ont une voix et qu’ils entendent bien la faire entendre!

Cohérence, s’il vous plait!

Si vous avez suivi l’actualité américaine la semaine dernière, peut-être avez-vous entendu parler de la manifestation spontanée des employés de Wayfair, cette entreprise américaine de commerce en ligne spécialisée dans l’ameublement et les articles de maison. Comme le rapporte la journaliste Isabelle Massé dans son article[1] publié dans le quotidien montréalais La Presse, environ 2 000 employés de l’entreprise sont descendus, le mercredi 26 juin dernier, dans les rues de Boston, où se situe le siège social de Wayfair. Ces employés souhaitaient faire valoir haut et fort leur mécontentement à l’égard de leur employeur au sujet d’un contrat conclu avec le gouvernement américain pour l’ameublement d’un centre de détention de migrants, entente d’une valeur de 200 000 dollars. Ces centres, rappelons-le, sont les principaux vecteurs de la méprisable et inhumaine politique à l’égard des demandeurs d’asile mise de l’avant par l’administration Trump.

Il faut toutefois dire, comme le relate April Glazer dans son compte rendu[2] de l’événement publié sur le site Internet de Slate, que 547 employés de Wayfair avaient auparavant fait parvenir aux deux fondateurs de l’entreprise, Niraj Shah et Steve Conine, tout comme au conseil d’administration de l’entreprise, une lettre leur demandant de cesser toute collaboration avec le gouvernement américain pour ce contrat précis : « Nous croyons que les actions actuelles des États-Unis et de leurs sous-traitants à la frontière sud ne représentent pas un partenariat d’affaires éthique auquel Wayfair devrait être associé »[3], ont clamé les employés. La réponse de l’entreprise a été, aux yeux des signataires de la lettre, décevante, engendrant du coup la manif spontanée relatée en début d’article : « En tant que détaillant, il est pratique courante d’honorer les commandes pour tous les clients et nous croyons que c’est notre métier de vendre à tout client qui agit conformément aux lois des pays dans lesquels nous faisons affaire »[4] (voir l’ensemble de la réponse, ci-contre).

Des parties prenantes à considérer

Plusieurs situations similaires ont été rapportées dans les médias au cours des derniers mois. En octobre dernier, Google décidait de retirer sa candidature à un appel d’offres du ministère américain de la Défense, d’une valeur de dix milliards USD, sous la pression de milliers d’employés du géant de l’Internet qui jugeait que leur collaboration avec le Pentagone pourrait mener à des violations des droits de la personne[5]. Idem pour quelque 4 500 employés d’Amazon qui, en avril dernier, faisaient parvenir à leur patron Jeff Bezos une lettre invitant l’entreprise à cesser d’offrir des services d’infonuagique aux organisations actives dans les hydrocarbures[6]. Deux exemples parmi d’autres, qui traduisent un fait bien réel, à savoir la montée générale de l’activisme des employés.

Voilà qui ne manquera certainement de plaire à R. Edward Freeman, la tête pensante à l’origine de la théorie des parties prenantes (stakeholder theory) qui, dans son ouvrage Strategic Management: A Stakeholder Approach (1984), enjoignait à la fois les dirigeants d’entreprises et les chercheurs universitaires à considérer la stratégie d’entreprise davantage en termes de relations avec les parties prenantes, définies comme « […] les individus ou les groupes qui dépendent de l’organisation pour atteindre leurs propres buts et dont l’organisation dépend également »[7]. À ce titre, les employés sont, et seront toujours, des parties prenantes de premier ordre, avant même les actionnaires de l’entreprise ou les clients. Comment en effet générer des ventes ou un profit si les employés qui sont à l’origine du produit ou du service offert, sont en désaccord avec ce dernier, ou avec la manière dont leur employeur interprète ou applique les valeurs de l’entreprise? Poser la question, c’est y répondre en même temps…

Bravo aux employés de Wayfair et à tous ceux qui osent remettre en question les actions parfois douteuses et incohérentes des entreprises pour lesquelles ils travaillent!

 

 

 

 

 

[1] Isabelle Massé, « Affaire Wayfair : la montée des employés militants ». La Presse, 29 juin 2019.

[2] April Glazer, « The Wayfair Walkout Is a Different Kind of Tech Worker Protest ». Slate, 26 juin 2019.

[3] Notre traduction.

[4] Notre traduction.

[5] Lire à ce sujet l’article de Paresh Dave, « Google drops out of bidding for $10 billion Pentagon data deal ». Reuters, 9 octobre 2018.

[6] Voir l’article d’Emma Newburger, « More than 4,500 Amazon employees push for aggressive action on climate change ». CNBC, 10 avril 2019.

[7] Johnson, G. et al. (2017). Stratégique, 11e édition. Pearson Education, 661 p.

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