Viser la lune

Pendant que certains triment dur, jour après jour, dans les tréfonds de leur laboratoire à mettre au point les innovations de demain, d’autres voient plus grand, veulent aller plus vite et visent plus loin. Pas le temps d’attendre : les tenants de l’innovation moonshot souhaitent des résultats spectaculaires et rapides, pour le plus grand bénéfice de l’Humanité.

Le meilleur des exemples

Samedi dernier, 20 juillet, on célébrait partout sur Terre ce qui a constitué, il y a déjà un demi-siècle, le plus grand exploit technologique jamais réalisé par l’Homme : marcher sur la Lune. Neil Armstrong et Buzz Aldrin, en ce 20 juillet 1969, posaient en effet tous deux le pied sur notre satellite, dans le cadre de la désormais mythique mission Apollo XI.

Aussi spectaculaire et risquée que fût la mission, le plus grand risque (politique, il s’entend!) appartient sans aucun doute au président américain John F. Kennedy qui, dans un discours prononcé le 12 septembre 1962 (voir l’extrait en encadré), invitait le peuple américain à l’accompagner dans la conquête de la Lune avant la fin de la décennie 1960. À peine sept années plus tard, et 164 jours avant l’échéance symbolique fixée par le 35e président américain, c’était mission accomplie!

Persévérance versus audace

La conquête de la Lune représente sans conteste le meilleur exemple de ce qu’on appeler l’innovation moonshot (« tir vers la Lune », en français), une conception de l’innovation qui s’appuie sur un principe simple, qu’évoque Astro Teller dans un article[1] publié dans le magazine Wired : « Il est souvent plus facile de faire quelque chose 10 fois mieux que de le rendre 10 % meilleur ».

De fait, on nous enseigne depuis la plus tendre enfance qu’il faut persévérer : « Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage », a dit le poète français Nicolas Boileau dans L’Art poétique (1674). Mais advient toujours un moment où les améliorations incrémentales atteignent leurs limites. Il faut faire table rase et viser l’impossible rapidement : « L’innovation moonshot se situe entre les projets audacieux et la pure science-fiction », précise Astro Teller dans son article.

Trois ingrédients pour atteindre la lune

Que faut-il pour faire de l’innovation moonshot? Tout simplement énoncé, trois choses : un problème d’importance, une solution radicale et les moyens technologiques existants, ou à venir, afin de résoudre ledit problème. Et, j’oubliais, une bonne grosse pincée d’audace, ça va de soi!

Prenons justement le cas de deux audacieux excentriques, les milliardaires Elon Musk (Tesla, SpaceX, etc.) et Richard Branson (Virgin). Ces figures mythiques de l’entrepreneuriat sont associées au sein d’Hyperloop One, un projet de transport digne du nouveau millénaire. Le problème à résoudre? Le transport sur de longues distances, qui implique l’avion avec le coût et, surtout, les émissions de C02 qui y sont associés. La solution? Un nouveau mode de transport employant des capsules qui voyagent dans un tube sous vide, à plus de 1200 kilomètres/heure. Les moyens technologiques? La lévitation magnétique et le moteur à induction, deux technologies déjà connues depuis plusieurs décennies. Voyez par vous-même dans la vidéo qui suit :

Et si vous croyez que les projets moonshots sont l’exception, c’est loin d’être le cas! Google a mis sur pied en 2010 l’entreprise X, un laboratoire spécialisé dans ce type d’innovation, dirigé par ce même Astro Teller que nous évoquions plus haut. Parmi les projets les plus intéressants et les plus prometteurs de cette mystérieuse entité :

  • Le projet Loon. Comment faire en sorte de rendre l’Internet accessible dans les coins les plus reculés et les moins accessibles du globe? Un ballon lancé en haute altitude peut s’en charger. Le défi? Envoyer de l’équipement électronique à 20 kilomètres dans les cieux, là où les vents atteignent 100 kilomètres/heure et où le mercure plonge à -90 degrés Celsius;
  • Le projet Makani. Près de trois milliards de Terriens vivent à 100 kilomètres de l’océan ou moins, souvent loin des sources d’énergie électrique (barrage ou parc d’éoliennes). Makani propose l’utilisation d’immenses cerfs-volants de 26 mètres d’envergure pour harnacher ce potentiel hydroélectrique. Et à ce jour, ça fonctionne!

C’est à coups de rêves que l’on croyait impossibles que l’Humanité avance!

 

 

 

 

[1] Astro Teller, « Google X Head on Moonshots: 10X Is Easier Than 10 Percent ». Wired, 11 février 2013.

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