Cathay Pacific, entre l’arbre et l’écorce

Que faire, dans le contexte politique actuel, lorsque votre siège social est à Hong Kong, mais que plus de la moitié de vos revenus proviennent de la Chine? C’est la position inconfortable dans laquelle se trouve à l’heure actuelle Cathay Pacific, l’un des fleurons de l’aviation civile asiatique. La ligne aérienne saura-t-elle tirer son épingle du jeu de cette situation difficile?

Un été de protestations

Le gouvernement chinois n’a pas fait dans la dentelle à l’encontre de Cathay Pacific, alors que la population prenait massivement d’assaut les rues de Hong Kong au cours de l’été afin de protester contre la volonté du gouvernement de cette région administrative spéciale d’extrader vers la Chine continentale pour y être jugées les personnes ayant commis un crime sur le territoire de Hong Kong. Cette législation, proposée par le gouvernement pro-chinois de Hong Kong, remet en question le principe « un pays, deux systèmes » qui prévaut dans la ville-État depuis la rétrocession du territoire par Londres en 1997. En somme, c’est l’indépendance de Hong Kong qui est ici en jeu. De fait, la réplique de la population, des centaines de milliers de personnes (une manif a même attiré deux millions de personnes!) ayant sorti leurs parapluies pour marcher et protester, a démontré à quel point ce sujet est sensible pour la quelque 7,5 millions d’habitants de Hong Kong.

La réplique de Beijing

Généralement peu enclin au compromis à propos du maintien de l’ordre public sur son territoire, le gouvernement chinois a sorti l’artillerie lourde, au propre et au figuré, afin de faire en sorte que la population et les entreprises de Hong Kong rentrent sagement dans le rang. Comme le rapporte Jill Disis dans son analyse[1] publiée sur le site Internet de CNN, Cathay Pacific s’est retrouvée bien malgré elle sur la ligne de front. Le 9 août dernier, les autorités chinoises avisaient la ligne aérienne que tous les employés ayant participé aux manifs estivales seraient bannis des vols à destination de, ou transitant par, la Chine. Le lendemain, Cathay Pacific annonçait son intention d’obéir aux injonctions de Beijing et congédiait, quelques jours plus tard, une vingtaine d’employés pris en flagrant délit de protestation.

Entre deux maux, il faut choisir le moindre…

Les dirigeants de la ligne aérienne hongkongaise pouvaient-ils faire autrement? Entre la vertu démocratique affichée par sa clientèle et ses employés, et la réalité du monde des affaires, y avait-il un autre plan de vol envisageable pour Cathay Pacific? Probablement pas, affirme l’excellent magazine britannique The Economist, dans un article[2] récent à ce sujet. L’avionneur possède en effet vingt-trois liaisons vers la Chine, qu’elle doit également survoler pour ses vols vers l’Europe. Par ailleurs, un coup d’œil au graphique ci-contre permet de constater toute l’importance du marché chinois pour Cathay Pacific, elle qui y réalise plus de la moitié de ses revenus annuels. Dernier élément à noter : Air China, la ligne aérienne nationale chinoise, possède 30 % des actions de Cathay Pacific. À défaut d’excuser la décision des dirigeants de la ligne aérienne, on la comprend mieux dans ce contexte…

L’État, encore et toujours

Quoi qu’il advienne de Cathay Pacific dans un futur proche, la situation démontre par A + B à quel point l’État demeure, dans la perspective stratégique qui est la nôtre, un acteur clé qu’il ne faut jamais négliger dans l’analyse des contextes d’affaires.[3] Et dans le cas chinois, cet acteur pèse lourd, très lourd… La volonté de raffermir le contrôle de la Chine sur Hong Kong se faisant de plus en plus insistante, il y a fort à parier que bon nombre d’entreprises y maintenant une place d’affaires auront, elles aussi, à éventuellement tenter de réaliser la quadrature du cercle, tiraillées entre les visées hégémoniques du président Xi Jinping et l’impérative nécessité de plaire à la fois à leurs employés et à leurs clients. Pas évident pour Hong Kong, le troisième plus important centre financier du globe…

 

 

 

 

[1] Jill Disis, « The week that Cathay Pacific surrendered to China ». CNN, 16 août 2019.

[2] The Economist, « Cathay Pacific’s fate rattles multinationals in Hong Kong ». 22 août 2019.

[3] Relire à ce sujet notre article « L’État, qu’on le veuille ou non… », publié en octobre 2018.

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