Trop cool pour être vrai!

Le Segway devait être LA révolution dans le transport urbain… Mais c’est une révolution qu’on attend toujours! Nombre d’avancées technologiques (les lunettes Google, le réseau de satellites Iridium, etc.) avaient un immense potentiel commercial, mais n’ont jamais donné les fruits attendus. Pourquoi?

Dans le monde débridé des inventeurs et des bricoleurs de tout acabit, il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. Ces inventeurs de génie ne comptent souvent pas les heures, les mois et les années à mettre au point leurs prototypes, dans l’espoir de récolter la gloire, les honneurs et, bien entendu, les dollars au bout de tous les efforts déployés. Thomas Edison, l’un des plus grands inventeurs de l’Histoire (l’ampoule électrique, c’est lui!), n’a-t-il pas dit que « le génie, c’est 1% d’inspiration et 99% de transpiration »?

Le génie ne suffit pas!

Force est toutefois de reconnaître que malgré le brio technologique manifeste de ces inventions, il demeure parfois difficile de concrétiser les espoirs commerciaux placés en elles. Comment se fait-il que les inventions citées en tête d’article ont fait patate, alors que, au contraire, le célébrissime cube du professeur hongrois Ernõ Rubik, pour ne prendre que cet exemple, fut un succès planétaire au cours des années 1980? Qu’est-ce qui peut expliquer le succès de l’un et l’échec des autres?

Pour Kevin Maney, tel qu’expliqué dans son article[1] publié sur le site Internet du magazine strategy+business, la réponse à cette interrogation vient d’un simple fait : une idée, une technologie ou un produit peut être, de prime abord, révolutionnaire, mais il doit d’abord et avant tout répondre à un besoin ressenti ou exprimé par les consommateurs. À défaut d’une telle condition, ledit produit risque de ne jamais concrétiser les promesses et les espoirs placés en lui.

Mais ce n’est pas tout. Dans un second article[2] sur le sujet, Kevin Manley signale qu’une autre condition doit également être présente pour faire éclore tout le potentiel commercial d’une idée novatrice. Cette condition se rattache au degré de maturité des technologies qui sous-tendent l’idée révolutionnaire : les grandes avancées s’appuient sur des technologies souvent déjà existantes, et qui ont déjà été reconnues et acceptées comme telles. En somme, affirme Kevin Manley, c’est à la confluence de la maturité technologie et du besoin socioéconomique que se trouve la clé du succès, dans cette toute petite zone qu’il nomme le « possible adjacent », tel qu’illustré ci-contre.

Question de timing

Deux exemples illustrent à merveille cette hypothèse. Dans le cas des frères Orville et Wilbur Wright, généralement crédités du premier vol d’un « plus lourd que l’air » en 1903, ces derniers sont tombés pile dans cette zone du possible adjacent avec leur prototype judicieusement nommé Flyer : la technologie (le moteur à essence) et les connaissances scientifiques (l’aérodynamique) étaient déjà connues, voire maîtrisées, et la population s’attendait à l’arrivée éventuelle de l’avion, puisque des essais avaient eu lieu en ce sens depuis la décennie 1890[3].

Le premier vol des frères Wright, le 17 décembre 1903, à Kill Devil Hills (Caroline du Nord).

À l’inverse, fait valoir Kevin Manley, le cas des cryptomonnaies, comme le bitcoin par exemple, ne présente pas les deux conditions énoncées plus haut. Certes, la technologie à la base de ces monnaies virtuelles, à savoir la chaîne de bloc (blockchain)[4], existe et se raffine de jour en jour. Néanmoins, le besoin et l’engouement de la population sont encore loin d’être acquis à l’égard de cette nouvelle manière de transiger.

Voilà comment le bon stratège d’affaires peut faire valoir sa compétence : savoir reconnaître les conditions technologiques et sociales gagnantes afin de lancer son arme secrète au bon moment, et de remporter in fine la guerre contre ses adversaires!

 

 

 

 

[1] Kevin Maney, « Why cool technology sometimes flops ». strategy+business, 30 août 2019.

[2] Kevin Maney, « Why cryptocurrency’s not quite ready for takeoff ». strategy+business, 7 juin 2019.

[3] Lire à ce sujet l’entrée « Histoire de l’aviation », sur Wikipédia.

[4] Relire notre article « La chaîne de blocs : le futur en toute confiance? », troisième article de la série « La révolution numérique : le grand bouleversement ».

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