L’Allemagne qui chancelle

Plus importante économie d’Europe et cinquième économie du globe, l’Allemagne est aux portes d’une récession qui pourrait faire mal à l’économie mondiale et entraîner dans son sillage d’autres économies vers le bas. La menace est-elle réelle? Doit-on s’en inquiéter?

S’il est un élément de stabilité au sein de l’Union européenne, et ce depuis des années, c’est bien l’Allemagne. Pays le plus populeux du Vieux continent, ayant surmonté nombre d’épreuves depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la chute du mur de Berlin et la réunification avec la défunte République démocratique allemande n’étant pas les moindres, l’Allemagne vacille à l’heure actuelle. Les comptes économiques du troisième trimestre viendront confirmer ou infirmer dans quelques semaines si le pays entrera officiellement en récession, celle-ci étant définie par une contraction du PIB lors de deux trimestres consécutifs. De fait, si le PIB allemand s’était apprécié de 0,4 % lors de la période janvier-mars, ce dernier a reculé de 0,1 % au printemps. Un tel pourcentage, relativement anodin, n’est pas une catastrophe en soi, mais il envoie un signal clair qu’il y a du sable dans les engrenages de la machine allemande.

Victime à bien des égards

L’Allemagne est un modèle de bonne gestion des fonds publics et sa solide structure industrielle n’a pas eu à ce jour d’impacts réels devant les toussotements d’une économie mondiale qui tend à s’essouffler. Mais ce même contexte économique au ralenti est en voie de rattraper la réalité allemande, non sans générer de réelles inquiétudes à Berlin et dans les autres grandes capitales mondiales. Deux raisons, hors du contrôle et de la volonté de l’Allemagne, peuvent expliquer le ralentissement économique constaté au dernier trimestre.

  • La guerre commerciale sino-américaine. La puissance de l’économie allemande repose notamment sur son secteur manufacturier, au sein duquel l’automobile (Volkswagen, Daimler, BMW) occupe une place prépondérante. Économie largement exportatrice (1,43 trillion USD) et affichant une balance commerciale positive de quelque 300 milliards USD, l’Allemagne est toutefois à la merci de la vigueur de ses principaux partenaires commerciaux que sont les États-Unis (8,8 % des exportations allemandes), la France (8,2 %) et la Chine (6,8 %). Il va sans dire que le conflit commercial délibérément déclenché avec la Chine par l’occupant de la Maison-Blanche frappe de plein fouet les deux pays, et les effets retors d’une telle situation font de l’Allemagne une victime collatérale de l’affrontement entre Beijing et Washington. Et rappelons au passage que les constructeurs automobiles ci-haut mentionnés possèdent d’importantes infrastructures de production dans ces deux pays. Ceci explique cela…
  • La menace d’un Brexit sans accord entre l’Europe et le Royaume-Uni. Le PIB allemand contribuant à un peu plus de 20 % du PIB total des 28 membres de l’Union européenne, on comprendra que Berlin suit de très près l’évolution des négociations, à ce jour difficiles et infructueuses, entre Londres et Bruxelles. Dans une entrevue[1] accordée au réseau américain CNBC, Claus Michelsen, directeur des politiques économiques et des prévisions au German Institute for Economic Research (DIW Berlin), y allait d’une prédiction pas trop rassurante : « […] un Brexit désordonné aurait également des coûts : il ferait en sorte que le produit intérieur brut allemand, en lui-même, serait 0,4 % plus bas que prévu pour l’année à venir, que s’il y avait une sortie ordonnée [du Royaume-Uni de l’Europe]. »[2]

Quelques as dans la manche

Bien malin celui qui saura prédire la suite des choses pour l’économie allemande. Mais devant la tempête qui se profile à l’horizon, la chancelière Angela Merkel, véritable force politique en soi et gage de stabilité depuis 2005, possède quelques précieux atouts qu’elle pourrait jouer, si la situation le commandait. Comme le fait valoir Mike O’Sullivan dans son billet[3] publié dans Forbes, le faible taux de chômage du pays (3,8 %), tout comme la dette nationale remarquablement basse, celle-ci avoisinant la marque des 60 % du PIB, font en sorte de rendre une potentielle intervention pécuniaire de l’État tout à fait réaliste et réalisable, si jamais le besoin de soutenir l’économie nationale devait se faire sentir à brève ou à moyenne échéance.

Dans un cas comme dans l’autre, l’Europe et le monde ont besoin d’une Allemagne vigoureuse et en santé!

 

 

 

 

 

[1] Elliot Smith, « German Economic Forecasts Plunge As Global Industrial Recession Fears Mount ». CNBC, 2 octobre 2019.

[2] Notre traduction.

[3] Mike O’Sullivan, « The German Paradox – Recession Now, Stimulus, Cars And The Green Economy Later ». Forbes, 24 septembre 2019.

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