Un verre de rouge chinois avec votre bavette?

Difficile d’imaginer que la Chine pourrait répéter l’exploit californien et rapidement devenir l’une des régions viticoles les plus en vue. Certains, et non les moindres, y croient, comme LVMH, la plus importante entreprise versée dans le luxe sur le globe.

On se l’avouera franchement, associer la Chine et le vin dans la même phrase ne va pas naturellement de soi. Et pourtant, comme dans bon nombre de secteurs d’activité économique au cours des deux ou trois dernières décennies, l’Empire du Milieu est en mode rattrapage par rapport aux grandes puissances viticoles de la planète.

La demande

Mentionnons tout d’abord que les Chinoises et les Chinois aiment le vin, un goût qui s’est par ailleurs développé avec l’ouverture du pays à l’économie mondiale et l’entrée du pays à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001. Les données comptabilisées par l’Organisation internationale de la vigne et du vin ne viennent que confirmer ce fait : la consommation chinoise de vin a plus que doublé entre 1997 et 2017, passant de 9,22 à 19,3 millions d’hectolitres[1]. Dans un marché en pleine croissance, ces chiffres ont leur importance pour tous les producteurs qui lorgnent de nouveaux marchés à l’Orient!

D’autre part, l’émergence d’une classe moyenne au sein de cet immense marché n’est certes pas étrangère à cette importante hausse de la consommation. Une certaine partie de la population peut donc maintenant jouir du bon vin, notamment du vin importé en terre de Chine. À cet égard, les importations de vin ont littéralement explosé en deux décennies, étant multipliées par près de 23 pour atteindre un peu plus de 7,5 millions d’hectolitres en 2017. Et les choses devraient continuer dans la même direction pour les années à venir. La banque d’affaires suisse Julius Bär, dans un rapport publié sur le marché du luxe en Asie, estime que d’ici la fin de l’actuelle décennie, la Chine deviendra, après les États-Unis, le second marché mondial en importance de l’industrie viticole. Les amateurs chinois seront alors entre 70 et 80 millions, dont près de 50 millions de jeunes œnophiles âgés entre 25 à 35 ans, un segment de consommateur qui croît à hauteur de 25 % par année.

L’offre

Si l’intérêt des Chinoises et des Chinois pour le vin est bien réel, il est tout à fait normal pour les producteurs étrangers (et sans doute bien avisé de leur part!) de s’intéresser à ce terroir, question à la fois de jouer la fibre nationale en produisant localement, de réduire les coûts de transport et également de se prémunir des impacts des conflits commerciaux entre la Chine et l’Occident.

Le magazine britannique The Economist révèle en effet, dans un papier[2] publié en septembre dernier, que certaines maisons prestigieuses ont récemment commencé à exploiter des vignobles en sol chinois, attirées par les revenus potentiels à tirer d’une certaine frange de la population chinoise bien nantie. À titre d’exemple, les Domaines Barons de Rothschild, propriété de la richissime famille Rothschild, n’ont pas hésité, il y a une décennie, à faire venir de France 250 000 vignes et à les planter sur trente hectares de la région du Shandong, avec un résultat fort satisfaisant. Avis aux connaisseurs : le Domaine de Long Dai 2017, a été qualifié d’exceptionnel par James Suckling, un critique américain reconnu. Le prix d’une telle bouteille? Environ 2 400 yuans, soit environ 450 CAD. À déguster lentement et avec soin!

D’autres grandes maisons ne sont pas en reste dans la conquête des palais, des portefeuilles et des terroirs chinois. Le conglomérat Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH), le plus important groupe mondial versé dans le luxe, a déniché ce qu’elle considère être un terroir idéal, dans la province méridionale du Yunnan, et y produit depuis 2013 le Ao Yun, un cabernet sauvignon dont les vignes poussent à plus de 2 000 mètres d’altitude. Mais le coût d’une telle bouteille, soit environ 2 800 yuans (530 CAD) pourrait laisser un goût plutôt âcre au palais des consommateurs chinois…

Quoi qu’il en soit, l’activité viticole chinoise est en plein décollage. La surface cultivée en sol chinois s’est agrandie d’un facteur cinq en deux décennies. La production annuelle connaissait, pour la même période, une croissance beaucoup plus lente (1,3 % annuellement) mais constante. Il faut dire que la production proprement nationale, et non celle pilotée par les producteurs étrangers, souffre encore d’une très mauvaise réputation. Mais les producteurs chinois espèrent que la présence de ces grandes maisons françaises contribuera à terme à hausser le niveau de toute l’industrie viticole chinoise.

La Chine saura-t-elle un jour s’imposer comme un producteur viticole incontournable? Tout comme pour le bon vin, la réponse ne viendra que dans bien des années!

 

 

 

 

[1] Un hectolitre équivaut à cent litres.

[2] « Château Lafite cracks open its first Chinese vintage ». The Economist, 26 septembre 2019.

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